Les risques de l'audace en Inde : auteur, un métier dangereux

Clément Solym - 11.02.2016

Edition - International - risques Inde - publication livre - fondamentalistes extremistes


Les maisons sont partagées, voire tiraillées : la publication du livre de l’universitaire Wendy Doniger, The Hindus : An Alternative History, connaît un réel succès. Et surtout, il vient de faire son retour dans les librairies d’Inde. Mais l’auteure elle-même, fière de cette réussite, n’est pas vraiment rassurée. Venir parler de son livre, en Inde ? Hmmm... non.

 

 

 

Début 2014, Wendy Doniger fait l’objet d’un procès, avec une assignation à comparaître présentée aux États-Unis. Une demande que l’auteure, âgée de 75 ans, a royalement ignorée – raison pour laquelle elle a été accusée d’outrage à la cour. Soit. Le problème est que le procès venait d’Inde, et il n’existe pas de procédure d’extradition entre l’Amérique et l’Inde pour un cas semblable. 

 

Quant à avoir des ennuis juridiques avec l’Inde, directement, l’auteure s’y est résignée. 

 

The Hindus fut originellement publié par l’ancien responsable de Penguin India, Ravi Singh, qui s’était chargé des 750 pages du livre. Ayant créé sa propre maison, Speaking Tiger, il a accepté de prendre les risques de cette parution. Une traduction en tamoul et en telugu fut par ailleurs programmée. Une première pour Wendy Doniger, qui n’avait jamais été traduite par le passé. 

 

Bien entendu, l’ouvrage n’a pas été favorablement accueilli par les fondamentalistes, en général. Alors qu’une réédition du livre est amorcée, l’auteure considère que le procès intenté en 2014 est une tentative de la part de l’État de la censurer. Mais avec cette nouvelle version, peut-être les choses pourraient-elles changer. Ses éditeurs se sont montrés particulièrement nerveux, reconnaît-elle, de même que d’autres éditeurs en Inde : tout ce qui pourrait offenser les foules hindoues est en permanence mesuré avec prudence.

 

Parce que la susceptibilité locale est grande.

 

Speaking Tiger est une petite maison, et les conséquences financières d’une action en justice seraient évidemment douloureuses. Wendy Doniger a même accepté de ne pas percevoir de droits d’auteurs avant cinq ans, pour s’assurer que l’argent économisé servirait dans tous les cas à payer les frais idoines.

 

Plus encore que la censure des extrémistes, c’est la phobie gouvernementale qui est désormais à craindre ? (via Economics Times)

 

Le pays est toujours âprement divisé sur les questions de liberté d’expression. On se souviendra qu’il a fallu 27 ans pour qu’un ancien ministre indien adresse finalement son soutien à Salamn Rushdie et ses Versets sataniques. « Je n’ai pas peur de dire que l’on a eu tort d’interdire le livre de Salman Rushdie », a alors expliqué Palaniappan Chidambaram à l’occasion d’un salon littéraire organisé par le quotidien The Times of India. « Si vous me l’aviez demandé il y a 20 ans, je vous aurais dit la même chose ».