Les rites d'initiation remplacés par la littérature jeunesse

Clément Solym - 23.03.2011

Edition - Société - littérature - adolescents - rites


Vendredi dernier se tenait une conférence au Salon du livre (au stand du Syndicat national de l'édition plus précisément) intitulée « Nouvelles lectures pour grands ados ».

Elle était animée par Hélène Wadowski (éditrice) et les invités étaient Lauren Oliver (auteure de Delirium), Colin Thibert (auteur du Bâtard de l'espace), Jérôme Baschet (historien et co-auteur des Enfants de tous les temps, de tous les mondes), Pierre Bordage (qui n'a pas pu être présent) et Érik L'Homme (auteur de A comme association).


Tout d'abord Hélène Wadowski a précisé quelques chiffres sur la littérature jeunesse (s'adressant donc à public de 0 à 18 ans). L'année dernière 5000 nouveautés ont été éditées pour 60 millions d'exemplaires vendus. Elle a souligné qu'en 2010 un livre sur cinq était un livre jeunesse. Elle a ensuite invité Jérôme Baschet à mieux cerner le terme adolescence.

Adolescence, littérature et rites d'initiation

Selon l'historien, il est apparu vers 1900 et a pris de l'importance un peu plus tard dans le XXe siècle. Il s'agit donc de la transition entre l'enfance et l'âge adulte (autour de 12/14 ans) qui remplace les rites d'initiation. Il a estimé que si l'adolescence se prolonge de plus en plus avec l'apparition d'une nouvelle classe - l'adulescence, 18/25 et plus... - c'est parce qu'il est de plus en plus difficile de trouver sa place en tant qu'adulte dans la société.

Pour Érik L'Homme la littérature jeunesse comblerait le manque créé par l'absence de rite initiatique. Les ados vivraient leur quête par procuration au travers des histoires racontées dans les livres jeunesse.

Lauren Oliver, a noté que depuis une dizaine d'années, on ne prend plus l'adolescence pour un simple passage rapide et on a une littérature qui se focalise sur cette période de la vie. Elle a aussi affirmé que la littérature jeunesse permet de poser des questions d'ordre moral et d'interroger le système de valeur des lecteurs. Elle permettrait aussi d'évoluer dans un monde plus chaotique que celui des adultes.

Écrire pour la jeunesse ou les adultes : quelle différence ?

De son côté, Colin Thibert, qui écrit aussi des polars pour adultes, a expliqué qu'il n'y avait pas vraiment de différence pour lui dans l'écriture de livre jeunesse ou adulte. Il essaie juste de ne pas trop s'appesantir sur les descriptions (concédant au passage qu'il ne s'y attarde pas non plus quand il écrit pour des adultes).


Chose que Lauren Oliver n'arrive pas à faire. C'est probablement une question de style mais elle a avoué avec un léger rire que ses descriptions étaient plutôt longues. Cela dit, elle rejoint Colin Thibet sur le fait que les différences entre écriture pour adultes et ados s'effacent ce qui explique selon elle l'intérêt des adultes pour la littérature jeunesse. La seule différence qui pourrait encore exister serait l'absence de rédemption (ou d'espoir) dans la littérature pour adulte alors qu'elle est essentielle dans la littérature jeunesse.

En ce qui concerne l'ouvrage Les enfants de tous les temps, de tous les mondes, la situation est un peu plus particulière puisqu'il s'agit d'une somme écrite par une trentaine d'historiens sur l'enfance dans le monde et le temps. Même s'il a indiqué qu'il a bien fallu adapter un peu l'écriture pour les enfants et ados, Jérôme Baschet a affirmé qu'il n'a voulu occulter aucun sujet (comme la mort, la violence, la guerre, la découverte du corps sexué). Il lui aura fallu 7 ans de travail pour mettre au point ce livre.

Hélène Wadowski a terminé sur un petit paradoxe assez amusant : les ados affirment toujours ne pas trop aimer la littérature mais les éditeurs jeunesse n'ont jamais autant vendu que ces dix dernières années.