"Les romans sont la vie, ou ils ne sont rien", affirme le Booker Prize

Nicolas Gary - 23.10.2014

Edition - International - Australie histoire livres - Booker Prize Londres - Richard Flanagan


Lauréat plutôt inattendu du prix Booker Prize, Richard Flanagan est un Australien plutôt fier de ce que son pays peut produire. En matière de livres et de talents créatifs. Lors de la soirée de remise du Prix, qui se déroulait à Londres, l'auteur de The Narrow Road to the Deep North, originaire d'une petite ville minière de la Tasmanie, a parlé d'écriture : « Les romans sont la vie, ou ils ne sont rien. »

 

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Mosman Library, CC BY SA 2.0

 

 

La réflexion semble ne pas aller bien loin, mais pour l'universitaire Julianne Schultz, la récompense accordée à un auteur australien – un compatriote, elle enseigne sur l'île – est un signe des temps. Cette Australie si lointaine, qui garde sa part de mystère, explique-t-elle, a aujourd'hui une histoire assez riche et profonde pour apporter sa part de réponses aux questions existentielles. L'identité, la culture, la place dans le monde, autant de sujets passionnants, dont les auteurs  s'emparent.

 

« Je n'aime pas l'idée d'une tradition littéraire », assenait Flanagan, durant la cérémonie. Avant de glisser : « Je ne partage pas le pessimisme de l'âge du roman. Ils sont l'une de nos inventions les plus spirituelles, esthétiques, intellectuelles. En tant qu'espèce, c'est l'histoire qui nous distingue, et le roman, c'est l'une des expressions suprêmes de l'histoire. Les romans ne sont pas des contenus. Ils ne sont pas un miroir de la vie, ni une explication ou un guide. 

 

Les romans sont la vie, ou ils ne sont rien. »

 

Dans l'ensemble du discours qu'a prononcé Flanagan, et peut-être plus spécifiquement dans ce passage, Julianne Schultz, remarque que les Australiens sont face aux limites des mythes qui les ont portés. Et que de nouvelles histoires arrivent, comme un point d'inflexion, qui fera basculer vers de nouvelles significations, la vie des Australiens ! 

 

Bien entendu, cette victoire au Booker Prize est une fierté, incontestablement : elle récompense une personne, certes, ainsi que toute une société, qui renforcera d'une certaine manière les liens. Pourtant, le livre de Flanagan montre également que les Australiens ont un problème persistant avec l'histoire, poursuit l'universitaire : « Nous avons oublié de nous souvenir, sans réussir à nous raconter des histoires, trop désireux de vivre dans un présent permanent et de nous chamailler sur des détails et des interprétations. »

 

Le livre, la récompense, tout cela encouragerait à un plongeon dans le grand bain de l'histoire, pour ne pas couper les ponts avec le passé, l'histoire, les petites histoires qui ont fait la grande – et forgé avec le temps les valeurs de l'Australie. Au risque de se retrouver noyés dans « le tsunami mondial des personnes, des idées, du divertissement et du commerce »

 

Le pays ne manque pas de travail.