Les Russes aiment lire, simplement ils achètent moins de livres imprimés

Clément Solym - 11.02.2016

Edition - Economie - Russie marché livre - lecture ventes exemplaires - industrie édition


La publication de livres en Russie a diminué de 5,4 % sur l’année 2015, annonce la Chambre du livre, qui a publié les statistiques sur ce marché en début de semaine passée. Avec 459 millions de livres et brochures diffusés, le marché est en recul par rapport à 2014. Et pourtant, le nombre d’ouvrages publiés est exactement identique.

 

Собор Василия Блаженного - St. Basil's Cathedral

Коля Саныч, CC BY ND 2.0

 

 

112.647 titres ont été publiés au cours de l’année 2015, soit une légère hausse de 0,5 % : 94.000 livres, contre 92.000 en 2014 et 18.000 brochures, contre 20.000. La Chambre du livre, fondée en 1917, est chargée de recensée et de suivre l’évolution des titres, en fournissant les ISBN aux éditeurs, mais également par la distribution de livres auprès des bibliothèques.

 

Le marché semble s’être légèrement rétracté, la faute peut-être à un manque de best-seller : seuls 319 ouvrages se sont écoulés à plus de 100.000 exemplaires, contre 340 l’année passée. 

 

Roman Sentchine, romancier contemporain, porte toutefois un regard assez optimiste sur la diversité dans la production contemporaine. « Comme la Russie est immense et diverse, la production littéraire contemporaine est à multiples facettes. Il faut que les lecteurs fassent l’effort de la découverte plutôt que de se nourrir uniquement de la littérature commerciale des auteurs fortement médiatisés. »

 

Un marché numérique en croissance

 

C’est que la consommation de médias en Russie semble avoir pourtant augmenté au cours des trois dernières années. Mais principalement du fait des médias numériques. Les utilisateurs passeraient plus d’argent dans les livres numériques, jeux vidéo ou internet globalement. Presse traditionnelle, radio et télévision sont des outils quelque peu délaissés, et les Russes considèrent que les médias internet sont plus utiles.

 

Entre 2012 et 2015, donc, une augmentation de la consommation de médias a été mise en exergue par le groupe Deloitte. La plus forte croissance est assez logiquement portée sur internet, 61 % puis les livres numériques à 31 %. Le jeu vidéo ne progresse que de 10 %.

 

La plus forte perte est enregistrée sur la presse écrite, qui accuse un recul de 17 % quand le livre imprimé, lui, perd 9 points. La radio chute de 7 % et la télévision de 5 %. 

 

Selon les résultats de l’enquête, 88 % des répondants de 16 à 19 ans affirment s’être ouverts aux livres numériques – le groupe social le plus actif sur ce secteur. La société Eksmo, l’un des grands acteurs de l’édition dans le pays, envisageait d’ailleurs que, fin 2015, le marché de l’ebook finisse par peser pour 660 millions de roubles (7,42 millions €).

 

En juin 2015, le groupe FOM annonçait des résultats beaucoup moins engageants pour la lecture numérique, qui n'intéressait alors que 9 % des répondants. Par ailleurs, pas sûr que les éditeurs profitent de cet engouement soudain pour le support numérique, dans la mesure où le piratage serait toujours important dans le pays. 

 

Pourtant, si le marché accuse un certain repli, la demande en livres resterait forte chez les lecteurs russes. Pour preuve, le marché des chaînes de librairies suit une croissance assez nette. L’enseigne Chitai-Gorod a ainsi prévu plusieurs ouvertures de magasins, à travers le pays, au cours de l’année 2016. 

 

(via Kommersant, Pro-books)