"Les salariés de Hachette ne subventionneront pas ceux de Chapitre"

Nicolas Gary - 03.11.2013

Edition - Librairies - Chapitre - Actissia - offres de rachat


Les librairies du groupe Chapitre devaient être mises en vente cette année, une opération qui marquait la fin du plan de sauvegarde de l'emploi originellement envisagé. Le président de Chapitre, Michel Rességuier, vient d'assurer que le dépôt limite des offres de reprise était fixé au 2 décembre. 

 

 

 

 

Mais la nouvelle est quelque peu obscurcie par la décision de certains groupes d'édition, qui ont préféré ne pas approvisionner les magasins en livres. « Le projet est assombri par la décision des principales maisons d'édition de bloquer les livraisons des librairies pour Noël, refusant jusqu'à maintenant toutes les garanties proposées par les pouvoirs publics et l'actionnaire de Chapitre, Actissia », précise-t-il.  

 

Pourtant, tout a été mis en place pour assurer le règlement des commandes réalisées pour Noël. Et Chapitre entre dans une certaine urgence, bien que les discussions avec les éditeurs ne soient pas fermées. Ainsi, Flammarion et Gallimard ont apporté leur soutien aux librairies sur cette question, mais Hachette, aurait préféré ne pas s'engager.

 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre le groupe pour obtenir une réaction ou une explication à leur choix.

 

Le PSE qui était envisagé visait la fermeture de 12 établissements et la suppression de 271 emplois. 

 

Cité par l'AFP, le président, explique : « On ne peut pas laisser la clientèle quitter nos librairies parce qu'ils ne trouvent pas les produits qu'ils viennent chercher. Au bout d'un moment cela n'aura plus de sens, il n'y aura plus de repreneur parce qu'il n'y aura pas de reprise possible. »

 

La mise en vente des librairies du réseau avait été annoncée début octobre : « Nous avons réalisé un business plan pour chaque librairie, et déterminé quels étaient ses atouts et ses faiblesses. Nous pouvons collaborer au mieux avec un repreneur, et pour ce faire nous nous sommes donnés un an. C'est un délai suffisant », nous précisait alors la direction.  

 

De Noël à l'étable - de librairies

 

Joint par téléphone, Michel Resseguier a précisé à ActuaLitté que la réaction de Hachette l'avait déçu. « Ils nous ont opposé des arguments darwiniens, véritablement. Dans l'esprit, il n'est pas problématique pour eux que certains de nos magasins ne soient pas achalandés. En fait, les librairies renaissent de leurs cendres, elles le feront sans Hachette, et celles qui devaient mourir, dans tous les cas, la situation n'auraient pas changé. » En somme, très évolutionniste... 

 

Des arguments « doublement absurdes », pour le président de Chapitre, pour qui l'éditeur d'un côté, va perdre le chiffre d'affaires des ventes de Noël, « même si nous ne représentons que 3 % du CA du groupe ». Mais surtout, c'est priver les clients de livres et les libraires d'une offre. « C'est affreux de dire à un client que l'on n'a pas le livre qu'il souhaite, à cause de la décision d'un éditeur. C'est notre travail qui perd de sa raison d'être. D'autre part, il y a certains livres que l'on n'achète pas si l'on ne se rend pas en librairie : Astérix, par exemple, c'est parce qu'on le voit sur les tables que l'on va se le procurer. Ce n'est pas un achat naturel, c'est provoqué par la présence dans l'établissement. »

 

Alors, bien évidemment, les éditeurs pourraient se montrer frileux, surtout que l'an passé, c'était l'ensemble du réseau Virgin qui, à la même époque, annonçait une faillite. Une situation qui a provoqué quelques trous dans les finances d'éditeurs, qui n'ont jamais vu l'argent pour leurs livres vendus. « Dans notre cas, cela ne pouvait pas se produire », soutient Michel Rességuier.

 

« J'avais organisé une réunion avec les éditeurs, pour leur exposer notre projet. Si nous étions livrés et qu'il n'y avait pas de ventes, les livres repartaient, comme des retours très classiques. S'il y avait une vente, l'argent de cette trésorerie était bloqué de telle sorte qu'il ne soit pas possible de l'utiliser.  J'ai du respect pour les employés des maisons d'édition, et je crois à une morale dans les affaires. Il n'était pas du tout question de planter tout le monde. On ne demandera pas aux salariés de Hachette de subventionner ceux de Chapitre ! »

 

 

Mise à jour 18h15 :

Le groupe Hachette Livres a tenu à expliciter sa position :

L'expérience Virgin, qui s'est soldée par une perte considérable pour les éditeurs français, montre qu'augmenter les encours juste avant Noël sans apporter de garanties crédibles aux éditeurs est une solution vouée à l'échec.  Si de telles garanties avaient été effectivement proposées, Hachette Livre les auraient examinées attentivement, ainsi sans doute que les autres fournisseurs.

De son côté, Najafi, l'actionnaire américain d'Actissia, n'a pas jugé bon de jouer son rôle d'actionnaire. Or ce n'est pas aux fournisseurs de se substituer à lui.

Il faut noter que la plupart des éditeurs et distributeurs présents à la réunion au CIRI à Bercy ont été unanimes pour adopter cette position.