Les salons littéraires ne profitent-ils qu'à quelques librairies ?

Antoine Oury - 31.01.2018

Edition - Librairies - salons littéraires libraires - librairies festival littéraire - librairies CNL


Les salons littéraires sont-ils la chasse gardée de quelques libraires ? C'est la question que se posent plusieurs professionnels, regrettant que le Centre National du Livre ne se soit pas penché sur la question à l'occasion de son étude sur les manifestations littéraires. La présence dans les salons assure en effet un chiffre d'affaires significatif aux libraires présents, avec un impact sur l'activité économique des absents.


Festival Le Livre à Metz
Le stand d'une librairie au Festival Le Livre à Metz (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


L'étude que le Centre national du Livre (CNL) a consacrée aux salons littéraires évoque le cas de librairies, mais lorsque ces dernières ont la chance de participer à ces événements cruciaux pour leur chiffre d'affaires. Pour les autres, qui ne disposent pas d'un stand dans les festivals littéraires, la situation est difficile, souligne Marc Le Deunff, cogérant de la librairie Mots d'ici et d'ailleurs, à Landivisiau.

 

Pour le libraire, toutes les enseignes devraient avoir accès aux salons littéraires de leur région, à partir du moment où ces derniers bénéficient de fonds publics, et notamment ceux du CNL. « Quand on reçoit des financements publics, on est tenu de respecter un minimum de concurrence, il ne peut pas y avoir d'abonnement », souligne Marc Le Deunff, ancien fonctionnaire.

 

Or, selon lui, « certaines librairies accèdent systématiquement aux salons, qui profitent donc aux mêmes ». En effet, un salon littéraire peut faire autant de mal que de bien aux affaires d'une librairie : « À partir du moment où un salon est gratuit, c'est un énorme avantage pour une librairie. À l'inverse, être absent lors d'un salon coûte cher : nos clients nous demandent pourquoi nous n'y étions pas, et nous informent même qu'ils ont acheté tel ou tel titre là-bas ! »

 

D'après le libraire, d'autres collègues souffrent des mêmes difficultés : accéder au salon serait délicat pour les jeunes librairies comme Mots d'ici et d'ailleurs, ouverte en 2014. « Certaines librairies sont sous la gouttière, et accèdent systématiquement aux salons, alors qu'il faudrait obliger à faire des roulements. Certes, on ne change pas une équipe qui gagne, mais, d'un autre côté, cela s'apparente à du copinage et à une aide déguisée pour les librairies choisies. »
 

Un système qui favoriserait les grosses librairies

 

Selon Marc Le Deunff, les candidatures des jeunes librairies sont rejetées au prétexte que les librairies déjà présentes sur le salon refusent leur entrée, ou encore par manque de garanties quant à leur capacité à tenir un stand en salon : « Or, si on ne nous laisse pas la possibilité de participer au salon, nous ne saurons jamais si nous en sommes capables », observe le libraire. « L'argument récurrent de la bonne collaboration avec les librairies actuelles ne tient pas en droit public. »

 

Le libraire explique avoir sollicité la Sofia pour expliquer la situation : « Nous nous faisons exclure de salons financés par la Sofia alors que nous sommes contribuables », déplore Marc Le Deunff. Le système d'« abonnement » dénoncé par le libraire « est d’autant plus pervers qu’il revient souvent à favoriser des librairies prospères, parmi les plus importantes de la région, au détriment de TPE telles que la nôtre. Or, les fonds publics devraient favoriser, même indirectement, les entreprises les plus modestes et non renforcer les entités les plus solides », indique-t-il dans un courrier signé par Gaëtane Le Deunff, cogérante, et lui-même, qui sera prochainement envoyé à des financeurs de salons littéraires.

 

Rémunérer les auteurs sans nuire aux festivals littéraires :
l'équation qui dérange

 

Sollicité, le Syndicat de la Librairie française admet que le sujet est « récurrent », mais estime qu'il « ne semble pas pertinent d’édicter des règles générales qui seraient de toutes les manières très complexes à appliquer ». Vincent Monadé, président du Centre nationale du Livre, précise tout d'abord que le soutien apporté par le CNL aux festivals concerne « l'activité littéraire, et non la vente de livres ».

Et d'ajouter : « Le CNL exige qu'il y ait une ou plusieurs librairies indépendantes associées aux festivals, mais le libre choix de l'organisateur s'applique ensuite. Nous ne pouvons pas nous immiscer ainsi dans la libre administration d'un festival. »




Commentaires

Que dire des auto-éditès systématiquement exclus des salons organisés par les CRL. Se retrouvent en être-eux les plus grosses librairies qui choisissent leurs auteurs.
et que dire des organisateurs de salon dont des bibliothèques, dont certains déclarent soutenir la petite édition alors qu'ils ne font appel qu'à des librairies (toujours les mêmes, on est d'accord) qui ne promeuvent que les maisons d'édition représentées par la grande distribution: ainsi c'est toujours en circuit fermé que l'économie du livre fonctionne : les maisons d'édition auto-diffusées restent toujours dans l'ombre.
Il me semble que ça s'appelle l'économie de marché. Pour ou contre telle n'est pas la question. On est dans ce type d’économie et les salons sont des structures privées (associatives ou non). Si l'organisateur est une collectivité, cas rare, se pose éventuellement la question d'un appel d'offres (comme l'a fait la Région IDF pour sons stand au salon du livre de Paris). Sinon la question ne se pose pas.
Justement non, car ces salons sans être organisés par les collectivités sont énormément subventionnés par les institutions (pour les frais de fonctionnement par exemple). La survie de ces salons est directement conditionnée par ces fonds publics. Il y a donc une aide publique indirecte mais indéniable. "L'économie de marché" n'est pas respectée puisque le favoritisme dont font preuve certains organisateurs subventionnés entraîne une distorsion de concurrence.

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.