Les services secrets russes libèrent le plus grand roman du XXe

Nicolas Gary - 28.07.2013

Edition - International - Vassili Grossman - services secrets - Russie


Les services de sécurité russes viennent de publier un ouvrage présenté comme le Guerre et Paix du XXe siècle, plus de 50 ans après qu'il a été confisqué à son auteur, Vassili Grossman. Écrit durant la Seconde Guerre mondiale, le livre fut un classique qui avait été relégué dans les archives secrètes du KGB. Achevé en 1960, le livre fut interdit dans toute l'Union soviétique, jusqu'à la fin des années 80. Aujourd'hui, il est considéré comme le plus grand roman russe de cette époque. 

 

 

Vassili Grossman

 

 

Le Service fédéral de sécurité de la Fédération Russe, FSB, l'ancien KGB, a cette semaine confié le manuscrit aux archives du pays, où désormais, les chercheurs et universitaires pourront le consulter. Et dans un communiqué, le FSB assure qu'en raison « du caractère unique et de la valeur de ce livre » son chef, Alexandre Bortnikov, « a décidé de confier définitivement » ce livre aux Archives littéraires russes. 

 

C'est tout une cérémonie qui s'est déroulée ce jeudi, en présence de Bortnikov, mais également de Vladimir Medinsky, ministre de la Culture. Un véritable symbole de résurrection estiment les observateurs, alors que le pays attendait de longue date le retour de ce chef d'oeuvre, presque inconnu. « Les critiques occidentaux considèrent que ce roman est l'une des oeuvres les plus remarquables du XXe s - présentant toute notre histoire, compliquée, héroïque et étonnante, au travers de toute une génération », précisait le ministre de la Culture, cité par l'agence RIA Novosti.

 

Le FSB détenait le manuscrit original, des versions dactylographiées, des photocopies de l'auteur avec ses notes. Au total, plus de 10.000 pages, véritable mine d'or pour les chercheurs. Il n'a cependant pas précisé si le manuscrit présenté était l'original, mais les chercheurs devraient très rapidement s'en rendre compte. 

 

Exposant les failles et les erreurs du régime politique soviétique des années 30, le roman s'était attiré les foudres des autorités, faisant état des purges staliniennes, autant que de la répression subie par les citoyens eux-mêmes. On y salue autant l'héroïsme russe que s'y trouvent condamnés les crimes de Staline ; un travail qui occupa l'auteur durant une décennie entière, jusqu'à ce qu'en 1961, les services secrets lui confisquent. Un fonctionnaire, dans une histoire devenue légendaire autour du livre, lui aurait répondu que le livre ne serait publié que dans 200 ou 300 ans.

 

Pourtant, grâce à un ami suisse, Grossman parvient à en diffuser une édition russe, parue en 1981, suivie rapidement d'une traduction en français. Et en 1988, une édition abrégée fut publiée en ex-URSS, faisant grandir la réputation de l'auteur, jusqu'à cette sérialisation, l'an passé, dans une adaptation pour la télévision d'État russe. Pour la fille de Vassili, Ekaterina : « Aujourd'hui sera une fête radieuse pour le retour de ce Iivre. Il a été libéré, et ce qui était auparavant interdit, est désormais autorisé. » 

 

Avec plus de 150 personnages, Vie et Destin brosse un tableau qui est probablement le panorama le plus vaste de toutes les classes et sociétés qui vécurent les cauchemardesques années staliniennes.

 

Les oeuvres de Vassili Grossman furent publiées chez Robert Laffont