Les statuts Facebook, plus faciles à retenir qu'un extrait de livre

Nicolas Gary - 16.01.2013

Edition - Société - Facebook - lecture - cerveau


La mémoire, c'est ce qui reste quand on a tout oublié, pourrait-on dire. Dans Fahrenheit 451, c'est d'ailleurs par la mémoire que les femmes et hommes livres parviennent à perpétuer la vie des ouvrages, condamnés aux flammes par la société. Pour dire que, la mémoire, c'est tout de même assez important. Les chercheurs des universités de Warwick et California, à San Diego se sont d'ailleurs creusé la tête sur ces affaires de mémoire...

 

 

Got Brain - Brain Damage

DBDimitrov, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Les conclusions font sortir les yeux de leurs orbites : soit deux groupes de personnes qui ont été soumises à une série d'expérimentations, et plus spécifiquement, de lecture. Leur ont été soumis des statuts Facebook mis à jour ainsi que des extraits aléatoirement choisis dans les nouveautés fiction ou non fiction, d'Amazon... verdict : les participants retenaient à plus de 50 % les statuts mis à jour, plutôt que les extraits de livres. 

 

La revue Science Daily, qui rapporte cette étude, explique également que la mémoire des participants et leur attention aux messages Facebook sont une fois et demie supérieure à la mémorisation d'extraits de livres. La mort de l'écriture est donc encore lointaine, celle des propriétés nutritionnelles pour l'intellect des choses que l'on peut lire, en revanche...

 

De fait, les scientifiques sont arrivés à conclure que le cerveau a naturellement une tendance à retenir toute forme d'écriture qui se rapproche d'une diction naturelle : simplement plus facile à assimiler, une écriture orale aurait plus de chance de capter l'attention. Les chercheurs poursuivent en estimant que toute l'approche éducative, pédagogique, communicante et publicitaire pourrait être modifiée, en vertu de ces conclusions. Puisque l'on sait mieux comment le cerveau se connecte au réel, et quels sont les outils pour le captiver, pourquoi s'en priver ?

 

Cerveeeeeelle

 

Le professeur Christine Harris suggère ainsi que les résultats n'ont finalement rien de très étonnant, en regard de l'importance que la mémoire a pu avoir pour l'homme, au fil des temps. « Nous apprenons à connaître les bienfaits et les menaces venant de l'extérieur. Il est donc logique que nos esprits soient à l'écoute, pour être particulièrement vigilants aux activités et les pensées des gens, et de se souvenir des informations qu'ils véhiculent. »

 

Les cinq mille dernières années, ont été assez laborieuses ajoute Nicholas Christenfeld, autre chercheur, mais « les technologies modernes permettent à la langue écrite de s'approcher au mieux d'un genre commun, donner un style personnel d'une communication ‘pré-littéraire' ». En somme, nous avons créé de nouveaux outils, pour nous exprimer, et le clavier d'un ordinateur rend plus aisée l'expression personnelle que le stylet et la tablette d'argile. 

 

Pour revenir à Facebook, il faut prendre en compte que les statuts sont remis à jour environ 30 millions de fois par heure, il est donc facile de distinguer la énième complainte de maman débordée d'un message profond et important, perdu cependant entre des échographies et autres photos de chats. Le cerveau trie spontanément, et finalement, va retenir les choses primordiales, et oublier sur l'instant ce qui est banal. 

 

En fait, on rechercherait bien une expression facile d'accès, véhiculant toutefois un message important, ou du moins, à même de mieux capter notre attention. « Bien sûr, nous ne proposons pas des manuels scolaires écrits intégralement avec des tweets, ni n'affirmons que les éditeurs sont devenus inutiles. Mais les auteurs de manuels ou les professeurs utilisant PowerPoint profiteraient certainement d'un discours simplifié pour véhiculer des informations », précise la professeure Laura Mickes.