Les syndicats unis contre un ministère de la Culture qui "s'évapore"

Antoine Oury - 12.12.2013

Edition - Bibliothèques - Ministère de la Culture - service public - syndicats


Tous les syndicats (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FAFPT, FSU, Solidaires et UNSA) se sont entendus, à l'exception de Force Ouvrière : ce 12 décembre, il fallait se rassembler devant le ministère de la Culture et de la Communication pour défendre les emplois du service public. L'inquiétude grimpe, alors que la précarité et l'absence de possibilité d'évolution dans les carrières minent le service public, et surtout ceux qui l'assurent.

 


Valérie Renault, secrétaire générale de la CGT Culture, prend la parole devant les fonctionnaires

 


Ne pas se fier à la joie des participants, heureux de se retrouver dans l'action collective : le moral est bas, l'ambiance morose au sein des administrations publiques rattachées au ministère de la Culture. Les emplois et les perspectives d'évolution au sein des services du ministère comprennent plusieurs corps de catégories, de A à C, elle-mêmes échelonnées par des grades, de 1 à 4. Ces différents niveaux de qualification décident en théorie de la rémunération, ainsi que des indemnités retraite.

 

Pour passer d'une catégorie ou d'un grade à l'autre, un agent du service public doit se soumettre à des examens, et afficher des qualifications plutôt élevées. Seulement, « les taux de promotion au sein du ministère sont extrêmement bas, et les agents ont des difficultés pour passer d'un grade à l'autre, ou même d'un corps à l'autre, notamment en raison des quotas », explique Vincent Krier, secrétaire national de la CGT Culture. Ces quotas pro/pro (pour promu/promouvable) aboutissent à des situations où 16 agents sont promus, quand 6 places seulement sont disponibles. Ainsi, le ministère affiche des taux de promotion extrêmement bas, inférieurs à 1 %.

 

Le ministère emploie, en raison notamment de ces difficultés d'évolution, un grand nombre d'agents de catégorie C : plus de 70 % des agents titulaires de la fonction publique appartiennent ainsi à la catégorie C, estime Krier. La négociation au sein de la fonction publique porte désormais sur la revalorisation des salaires de catégorie C, qui commencent à l'indice 309, correspondant au niveau du SMIC. L'indice terminal, lui, se situe autour de l'indice 390.

 

L'indice 309, minimum syndical, est régulièrement revalorisé pour correspondre au niveau minimal de rémunération, le SMIC. Cependant, l'indice maximal, lui, n'est jamais revalorisé, ce qui provoque « un écrasement des salaires », explique le secrétaire national de la CGT Culture. Les indices de base des catégories C rejoignent ainsi ceux des catégories B, limitant ainsi l'intérêt de faire carrière dans la fonction publique.

 

 

L'État qui ne respecte pas ses propres règles

 

 

Une situation déplorable, qui se poursuit et s'intensifie depuis près de 15 ans : un agent de catégorie C aurait ainsi perdu de 2000 € à 3000 € de rémunération sur un an, soit beaucoup plus qu'un mois de salaire. « Les agents en poste voient ce salaire figé compensé par des régimes indemnitaires, qui ne sont pas pris en compte dans le calcul de la retraite, où seule la valeur indiciaire (entre 309 et 390) compte. » Beaucoup d'agents titulaires se retrouvent ainsi avec des retraites inférieures à 800 €.

 

 

 

 

Une précarité en hausse, qui touche les agents de catégorie C, souvent affectés à l'accueil et à la surveillance des musées et autres établissements culturels. « Ces agents sont souvent des contractuels qui travaillent sur un temps incomplet, à 50, 60 ou 70 % d'un temps plein, la plupart du temps des étudiants avec des rémunérations autour de 400 ou 450 €. Seulement, une fois leurs études terminées, ces agents restent au même poste, toujours en temps incomplet », explique Vincent Krier.

 

Ainsi, près de 3000 agents seraient concernés par ces emplois précaires, avec des rémunérations inférieures au SMIC. Une fonctionnaire, présente devant le Ministère, s'émeut d'ailleurs que l'État « impose un SMIC aux entreprises privées qu'il ne respecte même pas lui-même », et nous invite à observer les annonces d'emploi sur Biblioemplois pour mesurer la gravité de la précarité.

 

Ces restrictions de titularisations et d'embauche aboutissent à des situations où les visiteurs d'un musée national, ayant pourtant payé un billet plein tarif, ne peuvent accéder à certaines salles, fermées faute de surveillants. « Ce n'est pas la Joconde, bien sûr, mais la situation arrive très fréquemment », souligne Vincent Krier. 

 

Par ailleurs, les syndicats sont également particulièrement inquiétés par l'acte 3 de la décentralisation, qui annonce la suppression des DRAC, qui représentent pourtant l'État et sa politique culturelle dans les régions. « Après les suppressions de poste, les DRAC ont perdu environ 10 % de leurs 3000 agents », détaille Krier. Tous ceux rassemblés au milieu des colonnes de Buren craignent un ministère de plus en plus effacé, absent du territoire national. « Dans ce cas, les inégalités entre les régions riches et pauvres se creuseront, en terme d'accès à la culture », assure le secrétaire national de la CGT Culture.

 

La situation est d'autant plus douloureuse que le président Hollande avait assuré, dans ses promesses électorales, la « sanctuarisation » du budget de la Culture. Finalement, il rejoint Mitterrand dans sa sape du budget de la Culture, encore réduit dans la loi de Finances 2014. Au centre des revendications, malgré cette inquiétude générale pour la politique culturelle, figurent les revalorisations des carrières, un passage des corps de catégorie de 4 grades à 2 grades (pour une promotion plus rapide), ainsi que des promotions en fonction de l'ancienneté.

 

Des revendications portées avec d'autant plus de vigueur que le ministère de la Fonction publique, de son côté, a reconduit le gel des points d'indice déterminant le salaire des fonctionnaires, ce qui limite toute possibilité de hausse de la rémunération. L'ensemble de la situation, ainsi que les revendications générales sont rappelés dans le fichier audio ci-dessous, une intervention de Valérie Renault, secrétaire générale de la CGT Culture, pendant le rassemblement sous les fenêtres du ministère.

 

Une délégation de représentants syndicaux a été reçue en début d'après-midi au sein du ministère.