Les talibans tueront les libraires vendant le livre de Malala Yousafzai

Nicolas Gary - 17.10.2013

Edition - International - Malala Yousafzai - Pakistan - talibans


L'adolescente pakistanaise Malala Yousafzai, que les talibans avaient tenté d'assassiner, n'a pas fini de subir leur colère. Selon Dawn, les libraires seraient même menacés de représailles, s'ils commercialisaient les mémoires de la jeune fille. Son ouvrage, Moi Malala, je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans, a été publié par Calman Lévy en France. Mais au Pakistan, sa diffusion est particulièrement surveillée.

 

 

Crédit Pat Bagley

 

 

Le Mouvement des Talibans du Pakistan, principale mouvance extrémiste dans le pays, a directement menacé la semaine passée tous ceux qui seraient pris en train de commercialiser le livre. Un porte-parole assurait que, pour les ennemis de l'islam, qui avaient apporté leur soutien à l'adolescente, il n'y aurait pas de pitié. « Malala a abandonné l'islam pour la laïcité, qui lui vaut d'être récompensée. Les talibans ne perdont pas une occasion de tuer Malala Yousafzai et ceux qui seront découverts en train de vendre son livre », expliquait Shahidullah Shahid. 

 

Et les libraires du pays prennent cela très au sérieux. Instiller la peur suffit parfois, et dans la ville de Peshawar, située au nord du Pakistan, une grande librairie a choisi d'annuler la vente du livre. De fait, la déclaration de mort des talibans était parue dans la presse la semaine passée, faisant monter la peur d'un degré supplémentaire. 

 

Le libraire de la ville a décidé d'annuler sa commande de 20 exemplaires, et recommande maintenant à ses clients de contacter les librairies d'Islamabad pour se procurer l'ouvrage. Or, même là-bas, plusieurs établissements ont décidé de retirer le livre de leurs tables. « Nous ne pouvons pas prendre de risque vis-à-vis de la population, après la menace des talibans », assure un libraire. Une sorte d'omerta a plongé les vendeurs de livres dans l'angoisse de représailles, et la menace croissante se maintient sur les populations. 

 

C'est que le danger porte non seulement sur les vendeurs, mais évidemment, sur les lecteurs qui seraient pris en pleine lecture. Une cliente de Peshawar implore : « S'il vous plaît, ne vendez pas ce livre ici, nous ne voulons pas être tués dans un attentat. »

 

Malala vient de recevoir le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit du Parlement européen le 10 octobre dernier. Une récompense qui n'a évidemment pas plu aux talibans, dont la déclaration de mort est survenue le lendemain même.