Les tensions entre Egypte et Israël cristallisées autour d'un simple livre

Cécile Mazin - 12.02.2016

Edition - International - Egypte Israël - tensions politique - livre traduction Foire


Lors de la Foire du livre de Caire, en Égypte, l’ouvrage de Jacky Hugi, analyste business pour Army Radio, Arabian Nights.com, a fait l’objet d’une vive polémique. L’ouvrage est présenté comme une introduction au discours social, culturel et politique pour les lecteurs israéliens, soucieux de comprendre le monde arabe. Problème, le livre est rédigé par un Israélien, et un parlementaire égyptien en a pris ombrage.

 

Amada Desert

Mark Fischer, CC BY SA 2.0

 

 

Paru en hébreu en 2011, et récemment traduit en arabe par Amr Zakaria, en vue de la Foire, l’essai de Jacky Hugo passe très mal. Le parlementaire, Mohamed Al-Massoud, du Parti des Égyptiens libres, a pesté contre la sortie du livre : selon lui, il serait scandaleux qu’un personnage travaillant pour une radio militaire, puisse jouir d’une pareille audience. 

 

« Si nous ne traduisons pas les livres hébreux, comment saurons-nous ce qui y est écrit, nous concernant ? Ce livre, en particulier, porte sur notre société. Combien de temps allons-nous nous cacher la tête dans le sable », s’étrangle le traducteur, pris à parti ?

 

Et de poursuivre : « Si la situation continue de la sorte, l’État devrait abolir les départements hébreux des universités. Chaque année, ils produisent 2000 diplômés. » 

 

Le commissaire général de la Foire, le Dr. Haitham El-Hajj Ali, s’est également exprimé sur le sujet, sollicité par la télévision TEN. Il rappelle que le ministère de la Culture égyptien insiste pour que l’on procède à la traduction d’œuvres en hébreu. « Nous devons traduire les livres, pour nous familiariser avec leur culture et apprendre à composer avec eux, mais nous ne pourrons pas signer de contrats avec eux », estime-t-il.

 

L’auteur, directement concerné par ce qui ressemble à une campagne de dénigrement, voit toute cette affaire comme absurde. « Lors que vous empêchez un citoyen égyptien d’accéder à de la littérature hébraïque, ou regarder un film israélien, le boycott se tourne contre lui. Il est étrange que les gouvernements israéliens aient observé le régime égyptien assécher les relations depuis 30 ans, mais avale cette injure sans un iota de protestation. »

 

En effet, la semaine passée, le ministère de la Culture égyptien a annulé la projection du film The Band’s Visit. Il semblerait qu’en dépit du traité de paix signé en 1979, les Egytiens gardent d’Israël un sentiment étrange : il serait le voisin « le plus hostile », révèle un récent sondage. 

 

Quant au livre, il fallait vraiment chercher la petite bête, parce que la Foire du Caire propose chaque année près de 3 millions de livres à découvrir, répartis sur 850 stands et 34 pays présents. 

 

 

 

Toutefois, cette affaire montre à quel point la question de la normalisation des échanges avec Israël est cruciale, autant que sensible. L’historien Maged Farag avait en effet appelé les populations à l’apaisement, considérant que, « [d]epuis 70 ans, la cause palestinienne n’a rien apporté à l’Égypte et aux Égyptiens si ce n’est du tort, des dommages et des dépenses. Nous devrions réfléchir avec un esprit scientifique et ouvert, en gardant les yeux rivés vers le futur ».

 

Or, le traducteur du livre de Jacky Hugi en personne, estime qu’au sein des institutions littéraires du pays, traîne une véritable préoccupation d’être identifié comme une personne qui soutient cette normalisation. Tout ouvrage issu de l’hébreu peut devenir une tentative de manipulation. « Si je reçois un appel en provenance d’Israël, et que je suis dans les transports publics, je ne réponds pas. De même, je ne me promène pas avec des ouvrages hébreux dans les lieux publics », précise-t-il.  

 

(via Israel international news, Memri)