Les Tolkien inspirés par la bataille de la Somme pour leurs écrits

Orianne Vialo - 02.07.2016

Edition - International - Simon Tolkien JRR Tolkien - Simon Tolkien No Man's Land - ouvrage Tolkien parution


Simon Mario Reuel Tolkien, petit-fils de l’illustre J.R.R. Tolkien a suivi la « tradition familiale » en devenant lui aussi, à l’image de son père et de son grand-père, auteur. Auteur de quatre romans — The Stepmother (éd. Penguin, 2002), The Inheritance (éd. Minotaur Books, 2010), The King of Diamonds (éd. Minotaur Books, 2011) et Orders from Berlin (éd. Harper, 2013) , Simon Tolkien a décidé de rendre hommage à son grand-père dans son dernier ouvrage No Man’s Land (éd. HarperCollins Publishers). Il s’inspire de l’expérience de son aïeul dans la bataille de la Somme, dont on célébrait le centenaire ce vendredi. 

 

tolkien

 

 

L’offensive de la Somme représente l’une des batailles les plus meurtrières de l’Histoire. Opposant d’un côté le Royaume-Uni, la France, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Union d’Afrique du Sud et le Dominion de Terre-Neuve ; et de l’autre l’Allemagne, cette bataille causa de lourdes pertes humaines. 

 

Ayant demandé à rejoindre les rangs des soldats à l’office de recrutement d’Oxford, J.R.R. Tolkien a fait son entrée dans l’Armée peu de temps après, à l’âge de 24 ans. En juin 1916, il a été envoyé en France en tant que second lieutenant dans le Corps expéditionnaire britannique et a servi quatre mois comme officier des transmissions du bataillon avec les 11es Fusiliers Lancashire dans la région Picardie. Celui qui deviendra par la suite l’un des plus grands écrivains du XXe siècle a participé à la grande bataille de la Somme, entre juillet et octobre 1916, avant d’être rapatrié dans son pays en octobre, car il souffrait de la Fièvre des tranchées. 

 

La bataille de la Somme : source d'inspiration pour Simon Tolkien... 

 

« Ses expériences sont restées gravées dans mon esprit » a expliqué Simon Tolkien au Guardian. « Il est mort quand j’avais 14 ans, et enfant j’ai toujours été passionné par la Première Guerre mondiale. Si vous lisez le Seigneur des Anneaux, qui est un vrai roman de guerre, il est clair qu’il [J.R.R. Tolkien, NdR] a été inspiré par ce qu’il a vécu dans la Somme, même s’il n’en parlait jamais ». 

 

Inspiré par les aventures de son aïeul, l’auteur a donc toujours voulu écrire un manuscrit portant sur la Première Guerre mondiale, mais ne se sentait pas prêt à écrire quelque chose d’aussi gros au début de sa carrière.

 

« Une partie inconsciente de moi savait que je souhaitais absolument aborder ce sujet, mais pas avant d’être prêt. Je suis content de ne pas l’avoir fait il y a 10 ans […]. Je pense souvent à l’expérience de ces jeunes hommes, comme mon grand-père, qui ont échangé le monde qu’ils connaissaient contre les horreurs des tranchées, où ils ont fait face à la perspective de leur propre mort. » Rajoutant : « Je pense que mon grand-père aurait été très satisfait que j’écrive cet ouvrage. Je sais que mon père l’est. » 

 

« Des bidonvilles de Londres à la richesse d’une maison de campagne édouardienne, de la noirceur d’une mine de charbon du Yorkshire à l’horreur des tranchées, le voyage d’Adam Raine, du garçon à l’homme, est défini dans le contexte d’une société entrant violemment dans le monde moderne. Adam Raine est un garçon poursuivi par la malchance. Son enfance pauvre dans les bidonvilles de Islington touche à sa fin lorsqu’une tragédie le conduit au nord de Scarsdale, la ville minière de charbon où son père trouve du travail en tant qu’organisateur syndical. Mais peu de temps après, des tensions éclatent entre les mineurs et leur employeur Sir John Scarsdale, engendrant ainsi de terribles conséquences. Par un concours de circonstances, Adam rencontre Miriam, la jolie fille du recteur. Il déménage avec elle dans Scarsdale Hall, un paradis opulent comparé à la vie qu’il a menée jusqu’à présent. Mais le fils de John Scarsdale, Brice Scarsdale, devient son ennemi, qui le soumet à de petites cruautés sans fin, pour avoir osé s’aventurer dans sa ville. Finalement, alors que l’amour et les portes d’Oxford semblent ouvrir leurs portes à Adam et que le jeune homme sent que pour une fois, tout commence enfin à bien se dérouler pour lui, le déclenchement de la guerre menace sa petite vie de voler en éclats. » 

 

 

Né le 12 janvier 1959, Simon Tolkien est le fils unique de Christopher John Reuel Tolkien, qui avait dessiné les cartes originales de la Terre du Milieu pour l’ouvrage de son père, The Lord of the Rings. Après avoir exercé le métier de barrister (avocat plaidant) pendant quinze ans, il décide, tout comme son père et son grand-père, de se consacrer à l’écriture en 2000, juste avant la parution de son premier roman, The Stepmother (éd. Penguin, 2002).

 

... et son grand-père, J.R.R. Tolkien

 

Autre surprise : HarperCollins, maison d’édition qui a édité certains romans des trois générations, a aussi déclaré que J.R.R. Tolkien avait grandement été influencé et marqué par la mort de ses amis durant la bataille de la Somme, et que ces événements lui avaient inspiré l’écriture de The Book of Lost Tales (éd. George Allen & Unwin, 1983-1984). 

 

D’après l’historien britannique Martin Gilbert, J.R.R. a trouvé un exutoire à tous ces souvenirs funestes dans l’écriture des premières ébauches de sa mythologie à propos de la Terre du Milieu en 1917. Alors qu’il se remettait de sa Fièvre des tranchées, Tolkien composa une série de contes impliquant des gnomes, nains et orcs engagés dans une grande lutte pour leur royaume.

 

Ainsi, les descriptions des scènes de bataille dans Le Seigneur des Anneaux semblent être inspirées de faits réels, vécus par Tolkien lui-même. On ne peut que faire le rapprochement entre les orcs de Tolkien, creusant sans relâche de profondes tranchées, et celles qui ont été creusées par les soldats britanniques sur le front. Autre point d’attache : l’odeur nauséabonde qui règne à l’entrée de Mordor — le fief du Seigneur des Ténèbres lui-même, le célèbre Sauron —, dans le Marais des Morts. Tolkien avait déclaré que la description de cet endroit fictif lui avait été inspirée par son expérience à la bataille de la Somme.

 

 

 (via The Guardian , The Oxford Times, Wikipédia, The New York Times