Les ventes du livre de Nabilla, un cas d'école sur l'édition

Nicolas Gary - 03.08.2013

Edition - Economie - Nabilla - livre - diffusion distribution


Promis, c'est le dernier papier sur le sujet. Qui en soit n'en est pas un. Encore que, sociologiquement, c'est assez révélateur. Mais voilà : Nabilla, star de la télé-réalité, a publié une série de photos agrémentées de phrases de sagesse personnelles de type « Allo, non mais allo quoi », suivies d'une comparaison nabillesque. Genre : « T'es journaliste et tu pars pas en Syrie. » Encore que...

 

 

Mentions de Nabilla au kiosque à journaux de la gare de Chantilly

pixeltoo, CC BY 2.0

 

 

Depuis quelques semaines, Toute La Télé avait levé le lièvre : 1168 exemplaires vendus en deux semaines, c'était assez maigre. Rapidement, Le Figaro, chevalier blanc parti à la défense des Editions Privé, propriété de la maison Michel Lafon, assurait avoir eu de l'éditeur le chiffre de 35.000 exemplaires vendus, sur un tirage de 40.000 ex. La vérité était donc quelque part entre en 1168 et 35.000 ventes. 

 

Toute La Télé a remis les mains dans le cambouis, et vérifié les chiffres de vente de cette troisième semaine d'exploitation. Ce n'est toujours pas brillant.

 

On est en effet passé à 1689 ventes sur trois semaines selon Edistat. Mais alors qu'est-ce que ces 35.000 exemplaires représentent ? Tout simplement le nombre d'ouvrages qui ont été placés en librairie. L'éditeur peut donc assurer qu'il dispose de 35.000 titres dans les lieux vendant du livre, mais selon Edistat, les ventes réelles sont bien de 1689. 

 

Évidemment, comme le rappelaient des lecteurs dans nos colonnes, il ne s'agit que d'un chiffre avancé par un panel, qui n'a pas la vérité vraie, mais représente avec une certaine fidélité ces ventes. C'est d'ailleurs, avec GfK ou Datalib, l'un des outils dont disposent les éditeurs pour vérifier leurs ventes en temps plus ou moins réel. Ces chiffres représentent d'ailleurs les ventes authentiques, celles pour lesquelles le livre est passé par la caisse. 

 

Toutefois, les éditions Privé avançant 35.000 ventes ont raison, mais oublient de préciser un petit point : ces 35.000 ventes ont été effectuées auprès de revendeurs, qui seront en mesure de renvoyer les titres, et de se faire rembourser. Il existe donc bien un volume de 35.000 exemplaires que le distributeur de la maison a vendus à des points de vente, mais qui n'ont rien à voir avec des ventes effectives. Il faut en effet distinguer :

 

1/ la mise en place dans les rayons du livre - 35.000 exemplaires

2/ les ventes définitives auprès de vrais gens - 1689 après trois semaines selon Edistat (et GfK, autre panel ne dit pas autre chose d'ailleurs) 

 

Et surtout ne pas confondre les ventes que le distributeur fait au libraire, et celles qui sont opérées auprès du client. La réalité du bouquin de Nabilla, on ne la connaîtra que dans un an, grosso modo, puisque les librairies disposent d'un délai d'une année pour renvoyer les livres. Et qu'en renvoyant le livre, l'achat est remboursé. C'est à ce moment-là que l'on pourra faire le différentiel entre ventes auprès des revendeurs et ventes auprès des clients.

 

 

 

 

Les mises en place n'ont en réalité pas de grande valeur, sinon d'avancer du chiffre volumineux. Évidemment, un Harry Potter 7 mis en place à 400.000, c'est significatif. Mais avec un coup marketing comme Nabilla, c'est au petit bonheur la chance. En outre, les taux de retour augmentent considérablement, et chez certains éditeurs, cela peut monter jusqu'à 80 % pour des nouveautés. Et c'est ici, précisément, que le serpent s'engloutit la queue.

 

Pour payer son diffuseur, qui a incité à une grosse mise en place, l'éditeur, avec ses retours, va devoir publier un prochain livre, qui lui permettra de régler sa dette - et c'est ainsi que commence la logique de surproduction. Reste que pour en finir avec Nabilla, un libraire nous confie : « Il n'y a même pas un détail croustillant sur sa vie sexuelle. Aucune chance. »

 

Parole de libraire, donc...