Les ventes numériques stagnent au Canada – ou se stabilisent ?

Clément Solym - 23.09.2014

Edition - Economie - livre numérique - édition Canada - ventes chiffres


Les ventes de livres sont moroses, vous expliquera n'importe quel éditeur. Comprendre : je voudrais bien vendre plus. Mais les ventes numériques, elles, continuent de grimper – ou pas. Au Canada, Noah Genner, de la société d'analyse BookNet, explique que les études ont été arrêtées, parce que le marché semble stagner. 

 

 

Canada Water Kids Library

Barney Moss, CC BY 2.0

 

 

Les données émanant des maisons seraient à l'arrêt, ou stabilisées, si l'on est plus optimiste. Des chiffres autour de 17, 18 ou 20 % sont répétés, et plusieurs éditeurs internationaux, installés sur le territoire, ont le même discours. Pour Brad Martin, de Penguin Random House, les ventes n'ont pas augmenté, certes, mais surtout, n'ont pas suivi les courbes prévues par les analystes. « Les ebooks ont atteint un plafond, l'année passée, et se maintiennent cette année », explique-t-il. 

 

Selon les estimations de son groupe, 15 % du chiffre d'affaires seraient numériques au Canada. Avec des variations qui sont parfois impressionnantes selon les genres : fiction, jeunesse, ou lifestyle restent essentiellement vendus en papier. « Nous avons vendu environ 100.000 exemplaires de Gone Girl et environ 100.000 du Dan Brown, mais on n'est qu'à 15 %, parce que nous vendons beaucoup de livres à 200 exemplaires en numérique. »

 

Et de conclure que ceux qui prévoyaient un taux d'équipement faramineux dans le public, et la fin de toute impression, se sont passablement trompés.

 

Sollicitée par Publishers Weekly, Margaret Atwood, pourtant à la pointe quand on parle de la chose ebookienne explique que plusieurs raisons neurologiques justifient l'absence d'engouement total pour ce format. La difficulté viendrait de ce que la lecture en profondeur n'est pas aussi efficace sur écran qu'avec un livre traditionnel. « En France, on n'est qu'à 3 %. Ce n'est pas du tout en train de conquérir le monde », assure-t-elle. 

 

Pour Noah Genner, il est encore bon de rappeler que 80 % des ventes se font en format papier, et que le point de bascule est encore loin à atteindre. « Mais je pense qu'un certain nombre de choses sont toujours à l'œuvre », souligne-t-il en insistant sur les arguments d'Atwood. « La première est que vous ne savez jamais ce que la technologie va réellement apporter. » 

 

Certes. Mais surtout, une réalité du marché est à prendre en compte, et sérieusement. Le prix de vente unitaire des ebooks a augmenté, tout à la fois aux États-Unis et au Canada. Et s'il n'augmente pas, du moins ne diminue-t-il pas, pour preuve le conflit entre Amazon et Hachette Book Group actuellement. « Alors, la différence de prix n'est plus assez grande pour inciter les gens à acheter des livres numériques », conclut Glenner.