Lettre à mon Quartier latin : Florence Berthout coupe court à la communication

Nicolas Gary - 29.02.2016

Edition - Société - Florence Berthout - libraires éditeurs - Souvenirs Quartier latin


Exclusif : La maire du Ve arrondissement, Florence Berthout, vient d’adresser un courrier à l’éditeur-libraire Pippa. Brigitte Peltier, sa fondatrice, s’était émue de ce qu’une opération menée conjointement par la Fondation La Poste et la mairie « venait court-circuiter » une assez similaire, qu’elle avait montée l’an passé. Dans son courrier, la maire semble soucieuse de de désolidariser de l’opération...

 

Quartier latin, Paris
Le Quartier latin - Stanislav Georgiev, CC BY ND 2.0

 

 

Résumé des épisodes précédents... En 2015, Pippa lançait donc un concours d’écriture, "Souvenirs du Quartier latin". Pour ce faire, elle sollicitait le soutien de la Fondation La Poste, mais cette dernière déclinait, considérant que le projet ne portait pas sur l’ADN de ses aides : les lettres. Soutenu par la mairie à l’époque, "Souvenirs du Quartier latin" était alors financièrement assumé par la seule maison d’édition. 

 

Quelques mois plus tard, voici qu’un nouvel appel à texte, cette fois porté par la Fondation et la mairie, se retrouve à solliciter des textes, avec une thématique très proche. Dans les critères, il s’agissait cette fois de missives écrites pour partie par des auteurs installés, ainsi que par des inconnus. De la sorte, les conditions d’engagement de la Fondation étaient réunies. 

 

Pour autant, Pippa et ses différents soutiens considéraient que leur projet venait « de se faire “pirater” par les instances municipales de notre arrondissement ».


Un Quartier latin, au sang chaud

 

Dans un courrier antérieur à notre article, Florence Berthout prend « connaissance des griefs » formulés par Brigitte Peltier contre Lettre à mon Quartier latin, proposé par la Fondation. Elle rappelle également qu’il faut « dissocier cette opération de collecte de textes du concours intitulé “Souvenirs du Quartier latin” que vous aviez organisé en 2015 ». 

 

Elle souligne par ailleurs que le porteur du projet, Jean-Pierre Guéno, avait « pris ses fonctions à la Fondation La Poste en septembre 2015. Lorsqu’il est venu me proposer un appel des personnalités du monde de la pensée, des lettres et des sciences pour écrire une lettre à leur Quartier latin, il n’avait alors pas connaissance de ce refus ».

 

Comprendre : le refus opposé originellement par la Fondation à Pippa, lors de sa demande d’aides au financement pour le concours de 2015. 

 

La maire veut alors croire à « la bonne foi de chacun dans cette affaire qui se rapproche plus du mauvais concours de circonstances que d’une démarche malveillante des uns ou des autres ». Elle n’en décide pas moins de demander à l’association Vivre Livre, qui organise la manifestation où s’inscrit le projet de la Fondation La Poste, de « mettre fin à la communication ».

 

Croyez bien que je prends cette décision avec regret. J’ai en effet fortement accompagné, comme vous le savez sans doute, la création de l’association Vivre Livre en 2014 pour soutenir l’écrit dans la Quartier latin, la mairie du Ve ne disposant pas de moyens humains et financiers suffisants pour défendre comme il se doit les libraires et les éditeurs de notre arrondissement, et donc, a fortiori, tel que Quartier du Livre qui ne dispose d’aucun subside de la municipalité parisienne.


 

Ouvrant la porte plus largement, elle espère alors pouvoir « travailler de concert l’an prochain autour de nouvelles, de lettres ou de toute autre forme littéraire qui nous permettrait de valoriser, ensemble, notre merveilleux Quartier latin ». 


Rassembler divers acteurs culturels
 

Brigitte Peltier s’étrangle : « Tout vient d’une indélicatesse [...] : Florence Berthout (Mairie du 5e), l’an dernier, a envoyé vers nous sa collaboratrice Alexandrine Becker pour recueillir les projets des éditeurs et libraires qui pourraient “nourrir” la première édition de son opération “Quartier du livre”, qui avait a priori pour but de soutenir les commerces culturels du 5e arrondissement (arrondissement où elle venait d’être élue). »

 

L’appel à texte portant sur de courtes nouvelles avait alors été relayé par la mairie. « Effectivement ce concours n’a rien d’original, mais il a le mérite de rassembler divers acteurs culturels du Quartier latin pour faire quelque chose ensemble et animer la vie de notre quartier », estime Brigitte Peltier. 

 

Et de déplorer que la nouvelle opération, portée par la mairie avait détourné la formulation choisie, « pour récupérer la subvention de la Fondation la Poste qui nous avait été refusée à juste titre, car notre concours de nouvelles n’était pas strictement épistolaire ». On pouvait ainsi lire : 

 

La deuxième édition du « Quartier du livre » animera le Ve arrondissement de Paris du 21 au 28 mai

2016. La Fondation La Poste s’associe à la Mairie du Ve arrondissement pour créer un événement

unique : « Lettre à mon Quartier latin ».

... Cette lettre prendra l’allure d’une nouvelle

Les plus beaux textes seront ainsi publiés aux Éditions de l’Archipel

 

 

Et l’éditrice de conclure : « D’où cette levée de boucliers ! Les acteurs culturels en ont assez d’être régulièrement court-circuités et concurrencés par des élus qui ne cherchent qu’à faire rayonner leur mairie ! »

 

Sollicité par ActuaLitté, Jean-Pierre Guéno regrette que l’action de terrain soit ainsi annulée. « Il était prévu des chemins culturels dans les brasseries, avec des lectures, ainsi qu’un parcours dans les bibliothèques. C’est quelque chose auquel Florence Berthout tenait beaucoup. »

 

La Fondation va aviser, mais lui-même trouve « très dommage que l’on soit dans cette hostilité. Les auteurs qui ont répondu pour notre ouvrage ont chacun engagé du temps dans leurs textes ». D’autant plus qu’originellement, seuls des auteurs connus devaient prendre part à ce recueil : c’est par la volonté de la mairie qu’il fut ouvert à tous.  

 

« Le projet éditorial part d’une dimension locale, mais avec une visée nationale, c’est aussi la raison pour laquelle nous avons mis en concurrence des éditeurs. Nous ne pouvions pas solliciter des auteurs sans leur garantir que leur travail bénéficierait d’une large diffusion. »