Préserver la SFL : "Il en va de la survie de votre filiale. ​Il en va de la survie de nombreux éditeurs"

La rédaction - 07.07.2015

Edition - Librairies - SFL - Alexandre Bompard - Fnac


La semaine passée, les salariés du groupe Fnac, et plus précisément ceux de la filiale Société française du livre, initiaient une grève-surprise. « Ces heures de grève sont lourdes sur le salaire, mais c'est un investissement pour l'avenir. Ce qui a été fait est remarquable : presque la totalité des salariés en grève, solidaires, dans une bonne ambiance, à l'écoute de chacun », notait un représentant du personnel.

 

 

Soucieux de rester solidaires, devant une direction dont ils soupçonnent qu’elle cherche à les « opposer les uns aux autres », les employés viennent de faire parvenir une lettre ouverte, que nous reproduisons ici dans son intégralité.

 

SFL grève Fnac

La SFL en grève (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Nous voulons attirer votre attention sur une situation alarmante celle de la SFL (Société Française du Livre), filiale de la FNAC depuis 1999. La SFL est grossiste en librairie. A ce titre, la SFL répond aux appels d’offre des Marchés Publics (Bibliothèques municipales, marchés scolaires, etc). La SFL travaille en compte avec des librairies indépendantes plus ou moins importantes.

 

Mais la SFL traite aussi le 3e flux FNAC ce qui signifie qu’elle prend en charge tous les éditeurs en deçà des 50 plus gros fournisseurs sur le marché du livre en France ce qui représente des distributeurs encore très importants et une multitude de moyens et petits (ce qui va d’éditeurs indépendants non négligeables et parfois historiques dans le paysage de l’édition française à la micro édition c’est-à-dire l’auto-édition) : au final des dizaines de milliers d’éditeurs différents traités chaque année.

 

La FNAC est le premier libraire de France.

 

M. Bompard, nous voulons croire que suivant vos engagements, la représentativité du plus grand nombre d’éditeurs en librairie FNAC signifie encore quelque chose à vos yeux. Vous savez qu’il en va de la vitalité de vos librairies. Car si on ne trouvait plus dans une librairie FNAC que ce qui se trouve dans une grande surface, les clients s’en détourneraient par la force des choses. Nous savons aussi que ces librairies ne peuvent recueillir toutes les références et qu’il est nécessaire que Fnac.com (en passant par la SFL) puisse prendre les commandes et les servir le plus rapidement possible.

 

Ici commence l’inquiétude des salariés SFL.

 

Car la Direction de la SFL engage sa société vers une impasse et fait courir un immense danger sur le traitement des moyens et petits éditeurs. Car la Direction SFL préconise un déménagement précipité de la Société du siège de Saint-Denis vers un des entrepôts logistiques de la FNAC à Wissous. Tous les salariés comprenaient la nécessité de déménager : l’activité Marchés Publics et grossiste étant en baisse mais le projet proposé est irréalisable sauf à faire courir un risque fatal à l’entreprise.

 

Les salariés mettent en garde M. Bompard sur les points suivants : 

 

La date choisie :

 

- Fin septembre ou fin octobre ce qui est la période d’activité la plus importante de la SFL. C’est aussi le pic d’activité à Wissous.

- Matériel informatique et de logistique hors d’âge à Saint-Denis qui risque de ne plus marcher à l’arrivée dans une période de forte activité.

 

Le lieu choisi : 

 

- la surface réservée à Wissous pour la SFL est réduit de plus des 2/3

- réduction importante des espaces de travail qui conduira à une dégradation significative des conditions de travail. 

- c’est un emplacement sans cloison (nuisance sonore accrue juste à côté de la réception FNAC)

- sans possibilité réelle de stockage : or la quasi-totalité des clients de la SFL (notamment les gros clients privés en compte, les écoles etc) nécessite du stockage d’une semaine à parfois plusieurs semaines

- si la SFL devait revenir au traitement des retours pour la FNAC des éditeurs moyens et petits ce qui serait une bonne chose, la place manquerait encore plus, car cela nécessite encore du stockage (impossible et contre productif de réexpédier livre à livre)

- la SFL avait vocation à rester prêt de Paris car une très grande quantité des éditeurs y sont implantés et beaucoup livrent en direct le site de Saint-Denis 

- De plus, les coursiers SFL ramassent déjà beaucoup sur Paris mais et - c’est une proposition des salariés de la SFL - le travail avec une plate-forme comme Prisme par exemple permettrait de rassembler énormément d’envois de Province et d’être traités dans de meilleurs délais

- enfin et surtout, comme tous les salariés de SFL Saint-Denis habitent majoritairement le nord de Paris, la plupart d’entre eux ne pourront suivre : les salariés ont estimé le délai de trajet pour aller à Wissous : plus de 3h supplémentaires par jour en moyenne. Ainsi la SFL et la FNAC perdraient une expertise et savoir-faire reconnus.

 

Pour toutes ces raisons, nous avons une réelle crainte que l’expertise préconisée par le CHSCT SFL et actuellement en cours ne fassent apparaître de nombreuses lacunes, pointent de nombreux dangers dans ce déménagement précipité pour les salariés comme pour l’entreprise.

 

Les salariés de la SFL sont attachés à leur entreprise mais ont aussi bien conscience d’appartenir à un Groupe pourtant ils ont la désagréable impression d’être les laissés pour compte de la FNAC et avoir été oublié dans les engagements que vous prenez publiquement : 

 

pas de statut FNAC alors qu’apparaît sur leur fiche de paie le logo FNAC depuis 2 mois seulement

salaires à minima, bloqués depuis des années : presque tous les salariés touchent la garantie ancienneté ce qui donne une idée du niveau des salaires

les salariés SFL sont passés de 100 employés il y a 10 ans à un peu moins de 50 aujourd’hui. 

 

Ce chiffre symbolique signifie beaucoup pour eux car ils ont l’impression que la Direction SFL a fait en sorte de passer à pas de loup et avec beaucoup de manœuvre pour qu’il en soit ainsi privant les salariés qui ne pourront matériellement pas suivre d’un PSE. C’est très déplaisant pour des salariés qui ont en moyenne entre 10 et 20 ans d’ancienneté et qui se retrouveraient licencier  dans des conditions inacceptables.

C’est aussi très dur de penser que les salariés qui ruineraient leur vie dans les transports se voient si peu récompensés.

 

De plus, il faut reconnaître qu’il n’y a eu aucun investissement de la part de la FNAC pour la SFL depuis des années : 

  • direction très largement absente,
  • presque aucun investissement depuis des années ou quand il y en a très inapproprié, 
  • compression des effectifs (SI, logistique, service clients, appro, commerciaux et libraires)
  • suppression de service

 

De fait, la SFL a subi une restructuration ce qu’une ancienne Présidente indique noir sur blanc sur son CV en ligne. Cette restructuration n’a pas été concertée et aujourd’hui, elle prend un tournant qui s’apparente à une fin de vie programmée.

 

M. Bompard, nous ne pouvons pas croire que vous puissiez tolérer une telle situation. Nous vous demandons de prendre en compte les éléments que nous apportons et qui n’étaient peut-être pas très clairs dans votre esprit. 

Il en va de la survie de votre filiale. Il en va de la survie de nombreux éditeurs qui malgré tout veulent continuer à travailler avec la FNAC (de préférence à tel autre géant américain qui lui s’adapte et trace son chemin avec des méthodes très particulières). Nous voulons croire que vous ne voulez pas employer les mêmes.

 

Les salariés SFL ont cet espoir tenace. Vous ne pouvez pas les décevoir et ne pas considérer de plus près les éléments présentés ici.

 

Nous vous prions de bien vouloir accepter nos plus sincères salutations, M. Bompard, ainsi que l’ensemble du monde culturel, des pouvoirs publics, à qui nous faisons parvenir cette lettre ouverte.

 

A Saint-Denis, le 6 juillet 2015, 

Le collectif des salariés SFL