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Lettres : le coup de gueule de Lennon contre Linda et Paul McCartney

Clément Solym - 11.10.2012

Edition - Les maisons - John Lennon - Paul McCartney - lettres


Du plus lointain dont on se souvienne, les Beatles sont bien quatre garçons aux cheveux dans le vent. Le livre réunissant les lettres de John Lennon, publié aux éditions Lattès et traduit par Jean-Pierre Simard regorge de petites perles. L'icône du rock s'y retrouve au fil de 250 documents, reproduits en fac-similés : une véritable plongée dans la vie intime de Lennon. 

 

 

 

 

Et l'une d'entre elles fait tout particulièrement jaser, alors que le musicien apostrophe furieusement le couple Linda et Paul McCartney, dans un courrier daté de 1971. Avec l'aimable autorisation de l'éditeur français, nous reproduisons l'intégralité de cette lettre, à pas piquer des vers...

 

C'est que durant l'année 71, note l'éditeur, toute la relation entre les deux hommes est largement développée. Les deux hommes se sont rencontrés en 1956, cela est connu. 

Leur amitié, l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre, leur collaboration même avait déjà des éléments de rivalité, de compétition et de jalousie. Deux caractères opposés, avec chacun des éléments forts, du talent et des croyances propres ; ce qui fait qu'il est surprenant qu'ils soient restés si proches et que cela ait marché si bien et si longtemps. John trouvait que Paul avait tendance à être trop complaisant, superficiel, charmeur et désinvolte. Et Paul trouvait que, parfois, John était trop brutal, cruel et injuste. À dire vrai, les deux pouvaient intervertir leurs traits de caractère.

 

C'est clairement avec le conflit Apple que la situation dégénéra entre eux deux, puisque c'est à grand renfort d'avocats qu'ils décidèrent de régler la situation. 

 

Le plus fascinant des courriers, celui que nous décidons de publier, est une réponse faite par John à Paul et Linda, qui restera dans les annales comme « le coup de gueule de John». Mais surtout, cette lettre a dû être volée, sans que l'on ne sache si une version définitive fut envoyée. « Il semblerait que celle-ci soit une réponse à une lettre écrite par Linda de la part de Paul, ulcéré par les remarques proférées par John à leur encontre, à propos de leur titre de M.B.E., de la raison de leur séparation, de la nature des Beatles.

 

John semble clairement embarrassé d'avoir accepté au premier chef cet honneur et de s'être laissé persuader de ne pas révéler sa volonté de quitter le groupe. Il est aussi clair qu'il a été blessé par la manière dont Yoko et lui ont été traités, par tout le monde – pas seulement par Linda et Paul. En fait, il est furieux de tant de choses que la lettre bouillonne de rage. Plus que tout autre document, cette lettre jette un éclairage sur ce que cela faisait de vivre la vie de Beatles, leurs relations internes et en fin de course sur la gloire et l'argent », explique l'éditeur. 

 

À coups de chansons interposées, dans l'album Ram de McCartney puis dans Imagine, avec la chanson How Do You Sleep, les deux artistes avaient poursuivi leur affrontement...

 

 

 

Lettre 142 : À Paul et Linda, 1971 ?

 

Chers Linda et Paul,


Je lisais votre lettre en me demandant quelle sorte de fan malade des Beatles d'âge moyen avait bien pu l'écrire. Et j'ai résisté à la tentation d'aller en voir la signature pour le découvrir. Je me demandais encore qui pouvait bien être l'auteur. Queenie ? La mère de Stuart ? La femme de Clive Epstein ? Alan Williams ? C'est quoi ce délire – c'est Linda !

 

Vous croyez vraiment que la presse nous soutient vous comme moi ? Vraiment ? Qui pensez-vous que nous soyons vous comme moi ? Quant au passage sur « Notre ami auto-complaisant qui ne s'aperçoit pas du mal qu'il provoque » – j'espère que tu te rends compte de la merde dans laquelle toi et mes gentils et désintéressés amis nous avez mis Yoko et moi, depuis que nous sommes ensemble. Ça n'a pas manqué d'être un petit peu plus subtil ou devrais-je dire petit-bourgeois – mais pas souvent. Nous sommes souvent passés outre – et avons su vous pardonner tous les deux – donc, la moindre des choses serait que vous le fassiez pour nous – nobles gens. Linda – si ce que je dis ne t'intéresse pas – ferme-la ! – laisse donc Paul s'exprimer par écrit – ou autre.

Quand on m'a demandé ce que je pensais au départ du M.B.E (sa Légion d'honneur), etc.
– j'ai répondu autant que je me souvienne – et je me souviens d'avoir été embarrassé – pas toi Paul ? – ou alors tu crois encore à toutes ces conneries – comme je le crains ?


Je pardonnerai à Paul d'avoir encouragé les Beatles à l'accepter – s'il me pardonne aussi
– pour avoir été – totalement « honnête avec moi et trop impliqué » ! Mais bordel Linda, tu n'écris pas dans le fan book des Beatles !!!

 

Je n'ai pas du tout honte des Beatles – (c'est moi qui ai lancé le groupe) – mais j'ai honte de toute la merde que nous avons endurée pour devenir si énorme – je croyais que nous en avions tous souffert à divers degrés – visiblement non.

 

Tu crois pouvoir affirmer que l'art d'aujourd'hui est apparu à cause des Beatles ? – Je ne te crois pas aussi cinglé – Paul – tu penses vraiment cela ? Quand tu arrêteras de le croire, tu te réveilleras ! N'avons-nous pas toujours dit que nous étions une partie du mouvement – et non pas le mouvement dans son entier ? Bien sûr que nous avons changé le monde – mais il serait temps d'essayer de le suivre – DESCENDS DE TON DISQUE D'OR ET APPRENDS À VOLER !

Et puis, ne me ressors pas les conneries de tante Gin [réécrit par-dessus « anti gin »] sur
« Dans cinq ans je ne serai plus le même » – ne vois-tu pas que c'est exactement ce qui arrive maintenant. Si j'avais su ALORS ce que je sais MAINTENANT – on dirait que tu as raté le coche sur ce point...

 

Excuse-moi si je me sers de l'« espace Beatles » pour parler de ce qui me préoccupe – évidemment, si l'on continue à me poser des questions à ce sujet – et j'y répondrai – en occupant autant d'« espace John & Yoko » que possible – et si l'on me pose des questions au sujet de Paul, alors j'y réponds aussi bien que possible sachant que certaines ont un tour personnel – mais que tu le croies ou pas – j'y réponds aussi franchement que je peux. Bien sûr, ils en utilisent les parties les plus scabreuses – je n'en veux pas à ton mari, je suis désolé pour lui. Je sais que les Beatles sont des gens charmants, j'en ai fait partie, mais ce sont aussi de gros bâtards comme tous les autres, alors descends de ton piédestal !

 

Et au fait, nous avons tous trouvé plus de stimulation intellectuelle dans nos nouvelles activités depuis un an que pendant toute la période des Beatles. 

 

Enfin, en ce qui concerne le fait de n'avoir dit à personne que j'avais quitté les Beatles – c'est PAUL et Klein qui ont tout fait pour me convaincre, me demandant de ne rien dire, affirmant tous deux que cela serait « nuisible au Beatles » – et « laissons cela s'éteindre petit à petit » – tu te souviens, non ? Alors fais rentrer ça dans ton joli petit esprit pervers, madame McCartney – ces sales connards m'ont obligé à me taire sur mon départ. Bien sûr, il y a la question de l'argent – importante pour nous tous – spécialement après le merdier semé par ta famille et ta belle famille de cinglés – et si DIEU NOUS VIENT EN AIDE, PAUL – d'ici deux ans, tu en seras sorti.

 

Alors, malgré tout,

 

Je vous aime tous les deux.

 

De notre part à nous deux

 

PS : Alors, tu comprendras qu'adresser ta lettre à moi seul – faut que ça cesse... !!!