Liban : entre révolution et coronavirus, la double peine

Auteur invité - 10.04.2020

Edition - International - chroniques âme peuples - vie coronavirus pays - révolution coronavirus Liban


CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES – Le Liban est en proie à une crise économique sans précédent, liée à la récente révolution et à la crise actuelle. 45 % de la population libanaise vivrait sous le seuil de pauvreté, et 22 % de la population serait même en état de pauvreté absolue. Depuis le début de la thawra (révolution) en octobre dernier, la quasi-totalité des habitants était dans la rue pour demander le renouvellement tout entier de la classe politique et obtenir de nouveaux droits sociaux. 

par Stéphanie Baz 

Tyr (Liban) la vieille ville
ville de Tyr - tongeron CC BY SA 2.0

 
Et voici qu’après plusieurs mois de cette révolte populaire, le pays est entré dans une crise économique majeure. Avec la tempête du Covid-19, la coupe est pleine. Si bien que de récentes manifestations partout dans le pays ont bravé le confinement imposé pour exprimer une terrible souffrance. Ceux qui sont descendus dans la rue ont affirmé « préférer mourir du coronavirus que de faim ». N’oublions pas que l’État n’a rien de social au Liban et que dans ce genre de crise, c’est l’action citoyenne et associative qui parvient à apporter une aide aux plus démunis.

Dans un pays où règne le plus souvent une douce fawda (gentil bordel), force est de constater que l’imposition des gestes barrières contre le coronavirus fonctionne plutôt bien. Distanciation sociale, port du masque, rapatriement impeccable et même prise de température des clients aux entrées des supermarchés ! Avec la peur, les Libanais seraient-ils devenus disciplinés ? 

Le peuple libanais, qui a subi les atrocités d’une guerre civile de quinze ans, est habitué aux drames inattendus. Le confinement rappelle douloureusement les heures sombres du conflit en bousculant le quotidien des gens. Les réflexes sont là : stocker la nourriture, l’essence, se barricader, vivre dans les maisons en attendant des jours meilleurs...

Alors au Liban, comme ailleurs, quoi de mieux que cette situation inédite pour révéler véritablement l’âme d’un peuple ? Le Libanais est un battant et il saura relever le défi. En ce moment tout le monde réinvente son quotidien dans une morosité teintée parfois de touches de lumière. 

Au-delà des situations dramatiques vécues par certains, on retiendra la formidable envie de vivre qui caractérise si bien ce peuple méditerranéen. Face à l’épreuve et aux angoisses, les exemples de solidarité dans le quotidien pleuvent. Ainsi autrefois, pendant la guerre, les Libanais s’approvisionnaient souvent en jetant un panier rattaché à une corde de leur balcon jusqu’à la rue : l’épicier du coin ou le voisin en mesure de le faire le remplissait de denrées alimentaires. Aujourd’hui, les nouvelles technologies ont remplacé les paniers en osier. 

Le 21 mars dernier, jour de la fête des Mères, des centaines de fleuristes ont montré l’exemple. Confinement oblige, la plupart des Libanais ont boudé les magasins de fleurs qui sont pourtant traditionnellement dévalisés à cette date, tant cette fête est suivie au pays des cèdres. Qu’à cela ne tienne ! De jeunes fleuristes ont livré les bouquets de fleurs aux mères de famille à l’aide de drones ! 

Le Liban est un grand village et les relations sociales y sont primordiales. Si l’exode est massif, la cellule familiale est préservée parmi ceux restés au pays. Alors, même confinés, les Libanais trouvent des moyens de partager des moments en famille, la plupart du temps autour de la table. Cela va de la mère qui envoie à son fils son repas du dimanche dans des boites en plastique à la voisine qui s’improvise cuisinière pour l’immeuble tout entier. On se contente de ces attentions quotidiennes en attendant de se retrouver pour de vrai.
 
Confinés certes, mais ce n’est pas pour autant que les Libanais s’arrêtent de vivre. Bien au contraire. Ce peuple qui aime la vie plus que tout n’a pas forcément perdu son sens de la fête et du partage. Grâce aux réseaux sociaux et aux applications, ils socialisent à outrance et arrivent à parler et danser par téléphones interposés. La récente révolution, qui a finalement révélé l’âme de ce peuple, se poursuit à distance.
 
Au Liban encore plus qu’ailleurs, il faudra sortir de ce confinement et surmonter la crise du coronavirus avec l’affirmation d’une unité sans faille, plus que jamais nécessaire pour sortir de l’impasse. 



Stéphanie Baz, franco-libanaise résidant à Paris, après avoir vécu longtemps à Beyrouth, est autrice de Liban, Debout malgré tout (Editions Nevicata). Elle est conseillère et consultante en communication. Spécialisée en politique française et européenne, elle conseille différents organismes internationaux et personnalités publiques. 


Dossier : Chroniques anti-isolement à travers L’Âme des peuples


Commentaires
Malgré la présence de quelques vérités, cet article se révèle bien léger. Il est l'œuvre selon moi d'un membre de la diaspora libanaise assez déconnecté des réalités du pays de par son lieu de résidence et sa position sociale. Je ne pense pas que les pauvres émaciés et édentés apparus sur les écrans de télévision libanais au moment de la "thawra" parleraient de "douce fauda" pour qualifier leur sort. De même pour les habitants de Tripoli qui selon mes sources meurent quasiment littéralement de faim en ce moment. Bref, ce pays est corrompu jusqu'à la moelle et l'admirable peuple libanais dont vous faites l'éloge a une immense part de responsabilité. Un peuple indiscipliné, incivique et globalement égoïste hors du cadre de son "assabiya". Un peuple qui s'est soumis au système clientéliste et qui vote à répétition pour d'anciens chefs de guerre et des mafieux. Un peuple qui laisse faire le système de la "kafala" qui envoie au cimetière environ 2 domestiques étrangères par semaine. Certes comme vous je félicite certaines initiatives de la société civile notamment dans cette période de crise économique et de confinement dû au Covid-19. Néanmoins cela reste une goutte d'eau dans un océan tant que le vrai mal dont souffre le Liban (la mentalité féodale d'une grande partie de la population) ne sera pas traité.
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