“Libération immédiate” d'Asli Erdogan et Necmiye Alpay

Antoine Oury - 26.11.2016

Edition - International - Asli Erdogan - Necmiye Alpay - Turquie Erdogan censure


L'annonce de la libération, même conditionnelle, de l'auteure turque Asli Erdogan et de la traductrice Necmiye Alpay, le mercredi 23 novembre, était trop surprenante pour être vraie. Et ce fut le cas : malgré une ordonnance de libération, les deux femmes restent emprisonnées après l'intervention d'un autre tribunal. Les éditeurs et libraires du monde entier réclament l'abandon de toutes les charges qui pèsent contre elles.

 

Asli Erdogan et Necmiye Alpay

 

 

Réunie à Strasbourg ce jeudi 24 novembre, la Fédération des éditeurs européens (FEE) souligne son inquiétude vis-à-vis de la détention prolongée d'Asli Erdogan et de Necmiye Alpay, ainsi que du nouveau chef d'accusation qui pèse sur les deux femmes, désormais accusées d'« intelligence avec une organisation terroriste ».

 

L'organisation somme, de manière conjointe avec l'Union internationale des éditeurs et la Fédération européenne et internationale des libraires, le gouvernement turc d'abandonner toutes les charges contre Asli Erdogan et Necmiye Alpay et de leur rendre immédiatement leur liberté, « ainsi qu'aux personnes détenues en Turquie simplement pour avoir exercé leur droit fondamental à la liberté d'expression ».

 

La FEE réitère son appel aux instances européennes pour une condamnation ferme et claire du comportement de la Turquie. Ce jeudi, le Parlement européen de Strasbourg a voté le gel des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, ce qui n'a pas manqué de déclencher la colère du président Erdogan. Ce dernier a menacé d'ouvrir les frontières de la Turquie avec l'Europe aux quelques 2,7 millions de réfugiés syriens qui ont trouvé refuge dans le pays, son principal moyen de pression sur l'Union européenne.

 

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Emprisonnées depuis le 19 août pour Asli Erdogan et le 31 août pour Necmiye Alpay, les deux femmes étaient accusées d’association avec une organisation terroriste. Un tribunal turc, le 23 novembre, avait décidé d'une libération conditionnelle pour les deux femmes, en attendant un procès le 29 décembre, mais, dans la foulée, un autre tribunal a déposé un nouveau chef d'accusation contre elles, prolongeant leur détention.

 

Le sort des deux femmes est d'autant plus préoccupant qu'Asli Erdogan souffre d'une santé fragile, tandis que Necmiye Alpay est âgée de 70 ans.

 

« La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie », écrivait Asli Erdogan depuis la prison pour femmes de Barkirköy, à Istanbul, début novembre.

 

 

 

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