Liberté d'éditer, financements, fiscalité : politiques du livre en Afrique

Nicolas Gary - 25.04.2018

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#salondulivregeneve – Dans le cadre des Assises du livre d’Afrique, l’Alliance internationale des éditeurs indépendants présentait un bilan mi-parcours des politiques du livre. Présenté par Laurence Hugues directrice de l’Alliance et Serge Dontchueng Kouam, Presses universitaires d’Afrique (PUA), elle brosse un premier tableau, mais lance également un appel. 


Politiques publiques en Afrique
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Considérant que les éditeurs indépendants sont les premiers acteurs de la bibliodiversité, « il est nécessaire qu’ils contribuent à la réflexion sur les politiques publiques dans leur pays », indique Laurence Hugues. Le projet de cartographie s’est ainsi appuyé sur trois phases, permises par les relais locaux des éditeurs de l’Alliance. En juin 2019, la cartographie sera complétée — les trois phases achevées : collecte, analyse et cartographie.

 

C’est une liste de 11 pays qui a servi de base d’expérimentation, avec 178 structures (professionnels, institutionnels et acteurs gouvernementaux) et 35 réponses fournies, principalement en provenance du Cameroun. Dans tous les cas, ce sont essentiellement les professionnels qui ont répondu, les acteurs gouvernementaux ne représentant que 6 % des réponses.
 

Sept points d'analyse pour les politiques publiques

 

En sept axes, ce prébilan permet un regard global. Premier point, autour de la liberté d’éditer, qui affiche une certaine progression, malgré une censure insidieuse qui persiste — bien qu’en net retrait face à ce qu'il se passait dans les années 60. 50,6 % des répondants affirment qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’une autorisation de publier, ce qui laisse une certaine marge.

 

Cependant, le public ne dispose pas de suffisamment d’informations sur la politique de son pays — ce qui peut freiner une partie de la production éditoriale. Des citoyens mieux informés pourraient s’intéresser à une plus large gamme éditoriale.

 

Autre élément, les soutiens financiers : trop rares et mal connus, ou mal présentés, ils sont au cœur d’une réelle problématique, globalement reconnue. En effet, 63 % des réponses indiquent qu’il n’existe pas de soutien pour accompagner les maisons. De même, 82 % expliquent que les prêts bonifiés n’existent pas : les éditeurs sont traités comme toute autre industrie. Enfin, 75 % soulignent que le soutien par des préachats n’existe pas. 

 

« Comment un pays peut-il se développer si la lecture n’est pas au centre des politiques ? Un pays où la population ne lit pas ne peut pas bénéficier de l’intelligence qui résulte de la pratique », souligne Serge Dontchueng Kouam. 

 

Fiscalement, bien que le sujet soit technique, on déplore que les accords de Florence de 1950, pas plus que le protocole de Nairobi de 1976, n’ont été mis en œuvre. Ces derniers ont pourtant pour vocation de favoriser la diffusion du livre, mais les États tardent, étrangement, à les instaurer.

 

Concernant l’identification, les normes internationales sont respectées avec l’ISBN, la traçabilité bibliographique nationale fait encore défaut. Ainsi, la Côte d’Ivoire ne dispose que d’une identification restreinte, qui classe les livres dans la section francophonie, sans identifier strictement le pays.

 

Dernier point, la propriété intellectuelle : celle-ci dans les différents pays sollicités semble active. Un dispositif d’encadrement pour l’ensemble des territoires existe, bien que pour le numérique des lacunes persistent.
 

Politique ou action publique ?

 

Le problème réel que soulève ce prébilan reste que beaucoup de pays confondent en réalité politique du livre, et action publique. Cette dernière intervient ponctuellement, indique Serge Dontchueng Kouam, sans avoir de profondeur ni d’évaluation. Et c’est précisément sur ce point que les territoires doivent intervenir : « 68 % des acteurs professionnels ne sont pas associés aux initiatives, on constante qu’il n’existe ni observatoire, ni enquête, ni éléments statistiques. Rien qui permette de quantifier l’activité des pays et les perspectives. » Et le manque de formation reste un élément fondamental, pour apporter une plus grande professionalisation des métiers.

 

Et c’est ici que l’Alliance lance son appel : « Cette cartographie, nous avons aussi besoin que d’autres nous soutiennent et s’en emparent, notamment les pouvoirs publics », indique Laurence Hugues. Les données de l’étude sont à retrouver ci-dessous.

 

 

 




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