Liberté d'expression en Turquie : les auteurs interpellent David Cameron

Antoine Oury - 16.01.2016

Edition - International - Turquie édition - David Cameron Davutoğlu - English PEN


Les relations diplomatiques s'affranchissent parfois douloureusement des questions morales : David Cameron, Premier ministre britannique, rencontrera son homologue turc Ahmet Davutoğlu la semaine prochaine. Des écrivains se sont joints à l'English PEN, organisme défenseur de la liberté d'expression, pour exhorter le résident de Downing Street à aborder la « crise » actuelle en Turquie, où les opposants au régime en place sont menacés et incarcérés du seul fait de leur opinion.

 

PM and Recep Tayyip Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et David Cameron, en 2011 (Number 10, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Les organisations PEN d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Écosse cosignent une lettre ouverte à David Cameron, avec les dédicaces de 25 écrivains en renfort : « En tant qu'écrivains, journalistes et membres du PEN au Royaume-Uni, nous vous écrivons pour exprimer nos graves préoccupations au sujet de la répression sans précédent contre la liberté d'expression en Turquie. Nous vous demandons d'aborder cette question avec le Premier ministre Ahmet Davutoğlu lors de sa visite à Londres la semaine prochaine, en tant que sujet crucial », commence la missive.

 

Depuis près de six mois, désormais, faire état de son opposition au régime turc est de plus en plus délicat : l'affrontement entre les rebelles kurdes, partisans de l'indépendance, et les nationalistes et partisans d'Erdogan semble clairement avoir viré à la chasse aux sorcières. Et la majorité obtenue par le parti du président turc aux dernières élections législatives, en novembre 2015, n'a fait que renforcer le sentiment d'insécurité des opposants.

 

Le monde de l'édition s'est retrouvé à son tour menacé dans sa liberté d'expression avec la mise sous tutelle du groupe éditorial turc Kaynak Holding et de ses filiales, décidée par le Parquet de la République d’Istanbul : officiellement, Kaynak Holding est soupçonné de « financement illégal » d'une organisation étatique parallèle, l'Organisation Terroriste Guleniste (FETO), mais la profession, en Turquie comme à l'international, craint que l'accusation en soit qu'un motif pour réduire libertés d'opinion et de publication.

 

Les craintes des uns et des autres se sont étendues à la société civile, avec la mise en examen d'un médecin turc accusé d'outrage au président, pour avoir diffusé des caricatures le comparant à Gollum, la créature du Seigneur des Anneaux. Autre outrage à la liberté d'expression, le retrait de plusieurs ouvrages des librairies du pays, au seul motif que ces titres auraient été retrouvés aux domiciles de militants de partis politiques interdits.

 

Dans leur courrier, les auteurs britanniques attirent notamment l'attention de David Cameron sur les cas de Can Dündar et Erdem Gül, deux journalistes concernés par ces retraits d'ouvrage, et inquiétés dans l'exercice de leur métier pour avoir révélé des « documents confidentiels ». « Les attaques contre les journalistes, les écrivains et les éditeurs diminuent la liberté de la société turque dans son ensemble », souligne le courrier.

 

L'évocation du sujet leur semble d'autant plus essentielle que le Premier ministre turc est l'un des rares membres du gouvernement à s'être exprimé en faveur de la liberté de la presse, et les militants du PEN attendent désormais que les actes suivent la parole.

 

Parmi les auteurs signataires, on compte notamment Ian Rankin, Elif Shafak, Owen Sheers, Ali Smith, Tom Stoppard, Sarah Waters, William Boyd, Drew Campbell et Gillian Clarke.