Liberté d'expression : le blog de l'écrivain américain Dennis Cooper effacé par Google

Antoine Oury - 15.07.2016

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Dennis Cooper est sans aucun doute l'un des écrivains américains contemporains les plus respectés : il est même considéré comme l'un des chefs de file du queercore, mouvement dérivé du punk dans les années 1980. En 2002, Cooper décide d'investir Internet comme espace de création en ouvrant un blog sur la plateforme Blogger : il y publie articles, photographies, contributions d'autres artistes, et le site se fait un nom dans le milieu de l'art contemporain. Depuis le 27 juin dernier, toutefois, le site est introuvable, supprimé par Google.

 

Humboldt Bibliothek, Berlin

Humboldt Bibliothek, Berlin (charlotte henard, CC BY-SA 2.0)

 

 

C'est en tentant de se connecter à son compte Blogger que Dennis Cooper a eu la vilaine de surprise de découvrir que son blog avait été supprimé, purement et simplement. « Nous sommes désolés, le blog à l’adresse denniscooper-theweaklings.blogspot.com a été supprimé » indique simplement la page de la plateforme Blogger.

 

Ce service d'hébergement gratuit de blogs a été racheté dès 2003 par Google, et c'est bien le géant du web qui gère, depuis, les comptes et sites créés à travers la plateforme. Comme c'est le cas dans nombre de situations du même genre, Dennis Cooper n'a toujours pas, à ce jour, obtenu d'explications sur les raisons qui ont poussé le service à suspendre, voire supprimer, son site.

 

« Toujours pas de réponse de Google. Aujourd'hui, un avocat français m'a proposé son aide et essaiera d'obtenir une réponse de leur part », écrivait Cooper sur sa page Facebook le 8 juillet dernier. En lien avec une représentante juridique de Google, ledit avocat français aurait réussi à négocier l'ouverture d'une enquête interne chez Google, pour déterminer les raisons de la suppression du blog.

 

Avec les quelques articles publiés sur le sujet, la balance pourrait pencher en faveur de Cooper, des journalistes ayant appris que les employés de Google « étaient au courant » de la disparition du blog de l'auteur. Celui-ci évoquait la possibilité d'une action en justice pour récupérer les contenus de son site, une hypothèse qui, évidemment, ne l'enchantait guère.

 

Le PEN, association internationale d'écrivains, a manifesté son soutien à l'auteur en contactant les services de Google de son côté, et « devrait publier un communiqué dans la journée », indique l'auteur sur sa page Facebook.

 

La liberté d'expression pourra être invoquée par l'écrivain pour sa défense et la récupération des données de son blog, mais même le premier amendement de la Constitution américaine ne garantit pas ce droit, dans ce cas. « [Il] ne protège que contre la censure publique », estime Pati Hertling, avocate spécialisée dans le domaine de l'art, auprès du Guardian. « Parce qu'il s'agit de Google, d'une société privée, c'est un royaume privé dans lequel ils peuvent faire ce qui leur chante. »

 

Dennis Cooper n'a pas évoqué de contenus susceptibles d'avoir provoqué la suppression de son blog : il pourrait donc s'agir d'un contenu jugé offensant, ou en infraction avec le droit d'auteur...

 

En France, les livres de Dennis Cooper sont principalement publiés par P.O.L., dans des traductions de Frédéric Boyer, Elsa Boyer, Jean-René Étienne, Bernard Hœpffner ou encore Catherine Goffaux.