Liberté d'expression : Pour Rushdie il faut tolérer une part d'irrespect

Julien Helmlinger - 23.06.2014

Edition - International - Salman Rushdie - Liberté d'expression - Fatwa


Ce week-end en Irlande, à l'occasion du Dalkey Book Festival, l'auteur des Versets sataniques, sous le coup d'une fatwa depuis plus de 25 ans, participait à un débat animé au sujet de la liberté d'expression. La discussion était présidée par l'écrivaine et journaliste irlandaise Olivia O'Leary, qui partage avec son pair d'origine indienne une certaine expérience des menaces de mort, elle-même ayant été ciblée par l'IRA. L'occasion d'évoquer le terrorisme, l'autocensure, Edward Snowden, la branche politique Sinn Féin, ou encore la série TV Father Ted.

 

 

 

CC by SA 2.0 par  Whistling in the Dark

 

 

La semaine dernière, Sir Salman Rushdie a été récompensé du Prix PEN/Pinter en l'honneur de son engagement pour la liberté d'expression. Au sein de la mairie de Dalkey, celui qui fait désormais figure d'expert en la matière a expliqué qu'il était nécessaire « d'accepter un certain niveau d'irrespect ». Selon lui, si les comédies et satires politiques fonctionnent auprès du public, c'est justement grâce à leur grossièreté. Il ne croit pas qu'une caricature politique puisse être respectueuse. 

 

S'il ne nie pas le caractère offensant des caricatures et autres comédies, il explique qu'il y a une distinction à faire entre ces offenses et les véritables crimes comme un appel à la fatwa. 

 

Rory Sutherland, président de la célèbre agence de pub Ogilvy, a quant à lui évoqué une certaine « industrie de l'indignation » qui serait en pleine croissance et ferait des Sienne de manière trop récurrente. Pas seulement en littérature. Lui pointe un cas d'annonce publicitaire ayant dû être abandonné parce qu'elle était susceptible d'irriter les personnes souffrant d'allergie aux piqûres d'abeilles. 

 

Pour Salman Rushdie, « la liberté est indivisible... vous en bénéficiez ou non ». Par ailleurs, il estime que même les idées répréhensibles ne disparaissent pas quand on les juge illégales, mais qu'on peut tout au plus les nourrir en les mettant sur le tapis voire en faire un tabou. Sutherland rebondit en soutenant que pendant des années il serait devenu impossible de parler d'immigration sur la BBC de peur d'offenser le public. Il regrette qu'ainsi « certains débats qui devraient être multi-facettes sont réduits à l'économie ».

 

Quand Olivia O'Leary lui demande s'il aura finalement vendu davantage d'exemplaires des Enfants de minuit grâce au buzz de la fatwa, Rushdie répond : « Non, je vends toujours 10 millions d'exemplaires de mes livres. »