Liberté d'expression : Rushdie, de l'Inde à l'Iran, encore tant à faire

Clément Solym - 13.10.2015

Edition - International - Salman Rishdie - Inde Francfort - liberté expression


La 67e Foire du livre de Francfort s’ouvrira avec pour thématique la liberté d’expression. Et pourtant elle est déjà malmenée : l’Iran a confirmé le boycott de la manifestation sous prétexte de l'invitation de Salman Rushdie. Le ministère de la Culture et de l’orientation islamique a officialisé ce que tout le monde avait entendu. La seule présence de Rushdie est insultante...

 

La France accepte l'invitation de la Foire de Francfort - Ministère de la Culture

Juërgen Boos - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Francfort, ses professionnels, ses start-ups, ses échanges... « C’est le rôle de la littérature de décrire l’état du monde et de remettre en cause les choses que nous tenons pour acquises », assure Juergen Boos, son directeur. « D’ailleurs, voilà un point que nous observons à travers notre réseau international : il n’existe aucune idée supérieure à une autre ni de culture supérieure. Au contraire, notre devoir est de susciter le respect, des uns pour les autres. C’est vrai autant pour les auteurs que pour les éditeurs. »

 

Avec 7200 exposants, venus de 104 pays, Francfort représente le Saint Graal des professionnels, venus pour négocier des droits – et goûter aux charmes de la bière allemande. Cette année, le thème de Frontières à explorer fait également écho aux vagues migratoires de réfugiés, particulièrement médiatisées ces derniers mois, après de longs silences. 

 

Sionistes et anti-musulmans à l'honneur, selon l'Iran

 

Mais voilà, cette foire, que Salman Rushdie doit inaugurer, a occasionné une réaction de la part de l’Iran. Le message est désormais officiel : « La Foire de Francfort, qui est considérée comme l’une des plus grandes au monde, a malheureusement invité Salman Rushdie, l’auteur athée des Versets sataniques, et l’une des figures les plus haïes du monde musulman. »

 

Une présence, « sous couvert de la liberté d’expression » et qui doit fournir « l’occasion de faire un discours autour de son dernier ouvrage, qui est aussi une attaque directe contre les idéologies et les croyances religieuses ». Et de poursuivre, sur la même veine : « Il est regrettable que les organisateurs de cette manifestation se soient mis au service des sionistes et des anti-musulmans, et choquent les sentiments des musulmans à travers le monde sous prétexte de liberté d’expression. »

 

L’Iran réaffirme son respect de cette liberté, tout en protestant contre « cet acte contre-culturel ». L’invitation de Rushdie « est une sorte de jeu politique avec les valeurs humaines et religieuses, qui donnent une excuse à la violence et aux groupes extrémistes contre l’islam, pour atteindre leurs objectifs par des moyens illégitimes ». Ambiance.

 

En Inde, un autre écrivain assassiné

 

Or, Rushdie, avant ce départ pour l’Allemagne, s’est encore lancé dans la défense des victimes de l‘intolérance, en interpellant le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi. Une montée de violence survenue dans le pays est actuellement passée sous silence, dénonce le romancier.

 

« Il y a des attaques portées contre les libertés ordinaires, le droit à se réunir, celui à organiser un événement où les gens peuvent parler de livres et de leurs idées librement, et sans hostilité. » Tout cela « semble être véritablement en danger en Inde aujourd’hui ». 

 

Il rappelle également n’être pas particulièrement politisé ni soutenir de parti politique. En revanche, il s’associe pleinement à Nayantara Sahgal et de nombreux autres écrivains qui ont décidé de rendre leur prix Sahitya Akademi, en protestation. Traducteurs, romanciers, tous ont souhaité ainsi manifester leur désapprobation vis-à-vis de l’académie fondée par Nehru, sur le modèle de l’Académie française, et qui est chargée d’aider les littératures en langues indiennes.

 

Sauf qu’elle dépend du ministère de la Culture. Et que devant les violences perpétrées, que le gouvernement n’a pas même pris la peine de dénoncer, les auteurs ont préféré se détacher de leur récompense. 

 

En effet, l’auteur indien Kalburgi a récemment été assassiné, pour de simples rumeurs colportées : on le soupçonnait de manger de la viande de bœuf. Un sacrilège, en Inde, mais qui ne mérite certainement pas la mort...

 

(via IBNA, IBTimes)