Liberté de publication malmenée : Hong Kong cristallise les angoisses

Clément Solym - 18.01.2016

Edition - International - Hong Kong - éditeur disparition - librairies livres


La disparition de cinq employés d’un groupe éditorial de Hong Kong a rapidement conduit à demander des comptes à la Chine. Le dernier homme à avoir quitté les radars est Lee Bo, libraire et propriétaire de Causeway Bay Books, associée à Mighty Current Publising. Et l’interventionnisme chinois est de nouveau pointé. 

 

Hong Kong Umbrella Revolution #umbrellarevolution #UmbrellaMovement

Pasu Au Yeung, CC BY 2.0

 

 

Une déclaration publique d’un politicien hongkongais a fusé en fin de semaine passée. Lam Woon-Kwong a expliqué sur une chaîne de télévision : « S’il y a effectivement des organisations responsables [de ces disparitions, NdR], elles doivent comprendre que les relations entre la région administrative et le continent seront affectées aussi longtemps que la vérité sur cette affaire ne sera pas connue. »

 

Depuis Beijing, un fonctionnaire promet que le gouvernement central chinois obéit strictement aux accords entre le pays et Hong Kong. (via SCMP)

 

Disparition d'un ressortissant britannique

 

Une autre partie du problème va venir de ce que Lee Bo disposait d’un passeport britannique. Il serait parti de Hong Kong vers la Chine, sans documents d’identité ni avoir été signalé aux agents de l’immigration. Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, aurait d’ailleurs confirmé à demi-mot la participation de son gouvernement dans la disparition de Lee.

 

En effet, questionné sur cette étrange situation, il a réaffirmé que « la personne en question est d’abord, et avant tout, un citoyen chinois... il n’est pas utile que qui que ce soit fasse des spéculations sans fondements ». Hong Kong jouit pourtant, du fait de la Loi fondamentale, d’un régime politique propre, lui accordant une relative autonomie, par rapport à la Chine. Et ce jusqu’en 2047, date à laquelle le transfert de souveraineté serait effectif. (via Guardian)

 

Il n’en reste pas moins qu’à la voix des organisations de défense des Droits de l’Homme s’est jointe celle des professionnels de l’édition, à travers le monde.  L’American Booksellers Association (ABA), l’Association of American Publishers (AAP), l’Authors Guild (AG) et le PEN American Center (PEN) avaient diffusé un communiqué de presse, rejoints par la Fédération européenne et internationale des libraires et l'International Publishers Association (IPA). « L’enlèvement de ces hommes engagés dans la publication et la vente de livres serait une sérieuse violation de la liberté de la presse et aurait un effet néfaste sur la liberté d’expression à Hong Kong », signaient-elles.

 

Tous demandent des explications : « Le gouvernement chinois n’a ni confirmé ni démenti que ces hommes se trouvent en Chine. Cependant, le Global Times, une publication du parti communiste, a récemment fait paraître un éditorial accusant Mighty Current Publishing "d’attiser les tensions sur le continent". »

 

Le Foreign Office du Royaume-Uni a d’ailleurs confirmé que Lee Bo disposait d’un passeport britannique et exprime son inquiétude. « Nous avons demandé d’urgence à Hong Kong et aux autorités continentales une assistance pour s’assurer que l’individu est en bonne santé. »

 

L'angoisse qui monte et provoque l'autocensure

 

Mais en attendant que tout soit résolu, un éditeur hongkongais a préféré jouer la prudence. Un ouvrage prévu sur Xi Jinping, actuel secrétaire général du parti communiste chinois, a été annulé. Rédigé par un dissident chinois, Yu Jie, le livre exprime diverses critiques contre le régime – mais ce second ouvrage ne verra pas le jour. Pas tout de suite en tout cas. 

 

Jin Zhong, éditeur chez Open, la maison qui avait publié China’s Godfather, le premier livre, insiste sur les pressions qui s’exercent actuellement. « La difficulté à publier des livres politiques à Hong Kong est déjà manifeste sur la scène internationale. Les gens de l’industrie ressentent une grande crainte et une pression : ils veulent rester loin des ennuis pour ne pas être le prochain [à disparaître] », précise-t-il.

 

« J’ai reçu beaucoup d’appels d’amis et de famille qui ont tenté de m’en persuader. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de suspendre la publication de vos travaux. »

 

Pour l’instant, il ne se sent pas en mesure « de faire face aux conséquences énormes » qu’impliquerait la publication de ce nouveau livre. Son auteur comprend la position délicate, d’autant plus qu’il réside actuellement aux États-Unis. Une publication interviendra à Taiwan en février prochain, et reste encore à savoir si le livre parviendra jusqu’aux librairies de Hong Kong. Taiwan, devenu « le dernier phare de la liberté de publication pour les personnes originaires de Chine »...