Liberté de publier : gouvernements et réseaux sociaux poussent à la censure

Antoine Oury - 22.10.2020

Edition - International - liberte editeurs - liberte publication - rapport edition


Quelle liberté pour les éditeurs de textes, en 2020 ? Bien entendu, la situation diffère selon les pays et les régimes politiques, mais l'Union internationale des éditeurs (IPA, International Publishers Association) propose dans un rapport un état des lieux de la situation. Si la censure reste majoritairement l'apanage des gouvernements autoritaires, les usages, sur les réseaux sociaux, font émerger une forme d'autocensure.

Place de la liberté d'expression


Coutumière du sujet, l'Union internationale des éditeurs a bâti un rapport sur les menaces envers la liberté de publier, dans le monde entier, en se basant sur ses propres recherches et celles de différentes organisations non gouvernementales. L'objectif premier étant la définition des lois, organismes gouvernementaux ou groupes de pression qui peuvent aller à l'encontre de la liberté des éditeurs de publier sur tous les sujets souhaités, dans le cadre de la loi.

Un questionnaire a été transmis aux différents membres de l'Union internationale des éditeurs, pour obtenir des éléments sur la situation dans un maximum de pays du monde. « Toutefois, un certain nombre de pays n'a pas participé, possiblement les pays où les violations de la liberté de publication sont les plus importantes », signale l'organisation.

Aussi, les données relevées par le PEN International, Reporters sans Frontières et d'autres organisations dont l'action porte sur la liberté d'expression ont été utilisées. Elles établissent un rapport sur la situation dans un certain nombre de pays, de l'Argentine à l'Italie, de la Grèce aux États-Unis, en passant par les Émirats arabes unis et la Suède.
 

Censure gouvernementale et pression sociale


D'après les relevés de l'IPA et d'autres organisations, les principales violations de la liberté de publier restent le fait des gouvernements. La censure en est la forme la plus « simple », mais des lois sur la diffamation ou l'outrage peuvent aussi être utilisées – ainsi que la pression économique ou physique, l'instauration d'un monopole étatique dans le secteur scolaire, et enfin l'interdiction d'un ouvrage paru.

De nouvelles violations de la liberté de publier émergent, à la faveur des progrès technologiques, indique toutefois l'IPA. La pression des utilisateurs des réseaux sociaux, et le harcèlement qui peut en découler, ainsi que la surveillance numérique des gouvernements, ont des conséquences graves pour la liberté de publier. Par ailleurs, une forme d'autocensure peut amener les éditeurs à renoncer à des ouvrages sur certains sujets.

Sur ce dernier point, des thèmes relatifs à la politique, à la religion ou à la sexualité sont particulièrement sensibles, note l'IPA.
 
Pour résister et alerter sur les velléités de censure, l'IPA invite à mettre en place des actions de sensibilisation des lecteurs et du public. Il s'agit par exemple d'informer sur la censure locale de certains livres, de rappeler celle d'ouvrages, par le passé, des régimes totalitaires, ou encore de refuser la censure de livres au sein des bibliothèques, publiques ou scolaires. Enfin, la censure numérique, opérée par les sélections d'Apple, d'Amazon et d'autres plateformes, doit aussi être pointée du doigt.
 

Chine, Russie et Turquie en ligne de mire


Si la censure et les violations de la liberté de publier se trouvent dans de nombreux pays, l'Union internationale des éditeurs a identifié quelques territoires où elle est plus fragile que d'autres. Le Bangladesh, la Chine, la Turquie, le Vietnam et l'Égypte sont des pays où un éditeur risque sa liberté, et parfois sa vie, lorsqu'il diffuse certains livres. L'arrestation de Pham Doan Trang, au Vietnam, l'a encore récemment prouvé...

En Russie, en Thaïlande ou en Corée du Sud, l'interdiction d'évoquer des sujets précis est ou a pu être inscrite dans la loi, conduisant de fait les éditeurs à s'autocensurer. Le corps, la sexualité, les extrémismes religieux ou politiques, sans tomber sous le coup de la loi, peuvent aussi être difficiles à aborder dans certains pays, notamment l'Allemagne, la France, le Mexique ou les États-Unis.

En France, l'IPA cite ainsi le cas de l'auteure Cy, dont le livre Le Vrai sexe de la vraie vie (éditions Lapin) avait été censuré par Amazon, qui signalait des éléments « pornographiques » dans cette bande dessinée...

En Islande, Hongrie et dans les Émirats arabes unis, l'IPA s'inquiète enfin d'un contrôle gouvernemental trop important sur les publications scolaires, débouchant sur une décision unilatérale quant à « ce qui doit être lu, et vu, pour donner une idée du passé ».
 
Le rapport réserve aussi une place spéciale aux États-Unis, s'inquiétant des initiatives du gouvernement et notamment du ministère de la Justice pour intimider ou censurer des éditeurs d'ouvrages sur Donald Trump ou son entourage... D'autres études sur le sujet devraient être produites par l'IPA à l'avenir, pour évoquer la diffamation, notamment. Par ailleurs, la crise Covid laisse craindre que les lois d'exception mises en place à cette occasion « soient utilisées pour restreindre un peu plus la liberté de publier », dans certains pays...

Le rapport complet est disponible à cette adresse.

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
coucou a l instant encore la censure qui agit

Même sur des œuvres artistiques

Exemple sur face.. impossible de placer cette vidéo musicale



https://youtu.be/jAX5zUMZhbE



Faite vous votre idée c est normalement votre’liberté

Sachant que c est reprise musicale de cette artiste n est pas forcément anxiogène. ?
Je m'étonne que le seul exemple proposé pour la France concerne le sexe et la censure d'Amazon. On connaît la pudibonderie assez hypocrite des Américains pour se rendre compte que chez eux, il s'agit de culture.

En France, dire que la censure (l'autocensure ?) concerne le sexe, la religion et la politique me parait assez grossier : elle n'existe que lorsque les idées ne sont pas politiquement correctes. Le dernier livre « Moi, les hommes, je les déteste », qui est un livre politique hautement politiquement correcte d'une féministe, a trouvé un grand éditeur. L'auteur n'est en rien une sommité (et sur le sujet, il est difficile d'avoir des experts universitaires, mais bon, on peut penser qu'on peut en trouver).

En revanche, Bernard Lugan, le plus grand spécialiste français de l'Afrique, peut-être le plus grand expert du monde, cité comme expert auprès du TPI pour le procès du génocide du Ruanda, a dû publier à compte d'auteur son livre sur l'esclavagisme africain, sujet hautement politiquement INcorrect.

Bref, la censure n'existe vraiment que dans un sens en France, à l'image des médias très majoritairement à gauche. On rappelle qu'un sondage il y a quelques années donnait 94Þ journalistes à gauche ou l'extrême-gauche !
"Bref, la censure n'existe vraiment que dans un sens en France, à l'image des médias très majoritairement à gauche. On rappelle qu'un sondage il y a quelques années donnait 94Þ journalistes à gauche ou l'extrême-gauche !" --> 90Þ la presse française est détenue par 9 des familles les plus riches de France, loin d'être de gauche... Et cette information n'est pas difficile à vérifier, contrairement aux mensonges de l'extrême-droite.
Vous remarquerez que cette presse est détenue

1) par des patrons mondialistes, pro-LGBT, féministe, etc (Lagardère, Niels, Berger, etc.) donc de GAUCHE

2) par des patrons qui ne sont jamais mis en cause par cette presse (à l'époque où Niels était la cible des médias, on lui a dit que pour avoir la paix, il fallait acheter un journal : il a acheté Le Monde et maintenant, il n'a plus un seul article contre lui, surtout des journalistes du Monde).

Bref, non seulement 94Þs journalistes sont de gauches, mais en plus ils sont achetables...

Un proverbe arabe dit : on ne mord pas la main qui vous donne à manger. Les grands patrons (de gauche) l'ont bien compris.
Merci pour cet article ; l'IPA fait un travail remarquable. Sur ce sujet justement, permettez-moi de vous signaler la parution de "Interdiction de publier - La censure d'hier à aujourd'hui", de Jean-Yves Mollier, qui alerte sur le grand retour de la censure (sous plusieurs formes) de l'écrit dans nos sociétés.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.