Libr'Aire : le choix du collectif pour la librairie

Auteur invité - 20.06.2019

Edition - Librairies - collectif librairie - collectif libraires - Hauts France


L’association des libraires indépendants des Hauts-de-France n’a cessé de grandir depuis sa création. Fondée en 1996 par quelques libraires lillois désireux d’organiser un événement commun — Passions d’avril — elle compte aujourd’hui une cinquantaine de membres sur l’ensemble du territoire régional des Hauts de France.
 
par Alexandra Oury

ouverture de la soirée Passion d'avril


« En s’unissant, les fondateurs souhaitaient initialement promouvoir la librairie indépendante et sensibiliser les lecteurs et les pouvoirs publics à la fragilité de leurs entreprises », rappelle Nolwenn Vandestien, déléguée de l’association Libr’Aire. La librairie est en effet un commerce de détail à la rentabilité faible (1,35 % selon le Baromètre de la librairie en région publié par la FILL en 2017, contre une moyenne située entre 3 % et 17 % pour les autres commerces de détail).

L’association s’est élargie au Nord Pas de Calais en 2006 et à la région Hauts-de-France en 2016. Aujourd’hui, 34 de ses membres sont implantés dans le Nord, 4 dans le Pas-de-Calais, 3 dans l’Aisne, 4 dans la Somme et 5 dans l’Oise. Une représentation cohérente par rapport à la répartition des librairies sur le territoire. 

Les activités de l’association, financée à 90 % par les collectivités, s’organisent selon trois grands axes. Le premier concerne l’accompagnement des professionnels. Libr’Aire les représente au niveau régional en adhérant à l’AR2L Hauts-de-France (Agence régionale du Livre et de la Lecture), et au niveau national comme membre du SLF (Syndicat de la Librairie française). Des formations techniques leur sont proposées sur des thèmes tels que la saisie comptable, les réseaux sociaux, les normes de sécurité, leslibraires.fr...

Nolwenn Vandestien répond à leurs questions au quotidien et une lettre d’information sur l’actualité de la filière (aspects sociaux ou juridiques, réglementation, marchés publics...) leur est envoyée régulièrement. L’association met aussi à la disposition de ses adhérents du matériel technique et coûteux comme des terminaux mobiles afin de faciliter leurs inventaires. Président de Libr’Aire depuis mars 2018 et gérant de Cap Nord, librairie d’Arras spécialisée en bande dessinée, Frédéric Beauvisage tient à dynamiser l’économie du livre au sein de l’association.
 
Déjà administrateur du groupe Canal BD, réseau national de libraires qui travaille beaucoup sur ces sujets, il souhaite en faire son cheval de bataille. « Nous sommes en train de développer des outils d’analyse qui vont permettre la mise en place des premières actions. Il s’agit de sortir les libraires de la précarité et d’optimiser la rentabilité de leurs entreprises, indique-t-il. Je crois que l’on serait tous d’accord pour mieux gagner notre vie ! » 



 
La communication est le deuxième axe sur lequel travaille l’association qui dispose depuis 2014 d’un site internet collectif de vente en ligne. Tous les adhérents y sont référencés. Libr’Aire crée en outre des outils mutualisés (sachets, marque-pages, affiches...). L’élaboration d’un catalogue de fin d’année, en partenariat avec l’association des éditeurs des Hauts-de-France, fait partie des projets initiés par les membres du nouveau bureau.

Diffusé uniquement dans les librairies indépendantes, il regroupera environ quatre-vingts chroniques rédigées par les libraires sur des ouvrages de la région. « Voilà qui va donner un coup d’accélérateur à la réflexion sur la diffusion-distribution du livre régional en Hauts-de-France, se réjouit Frédéric Beauvisage. C’est un sujet sur lequel les éditeurs avancent seuls depuis plusieurs années. Le catalogue sera une première pierre à l’édifice pour tenter de trouver des schémas de travail. » 

L’animation des territoires
 
Les actions culturelles constituent le dernier des trois axes qui structurent la vie de l’association. Libr’Aire organise chaque année trois festivals. Depuis 2013, « Haut les livres ! » se déroule au mois de mars en collaboration avec l’association des éditeurs des Hauts-de-France. Un libraire et un éditeur s’associent le temps d’un événement (lecture, débat, exposition...) consacré à une œuvre éditée dans la région. Le mois suivant, à l’occasion de « Passions d’avril », le jour de la Sant Jordi qui correspond à la Fête européenne de la librairie indépendante, les libraires mettent à l’honneur le livre ou l’auteur de leur choix avec le soutien de l’association. 

Enfin, depuis 2015, novembre est le mois de « Passions d’automne », un festival dont le coup d’envoi, est donné par une soirée au cours de laquelle les libraires lisent à voix haute, accompagnés par des comédiens. À partir de l’édition 2018*, pour mieux promouvoir la bibliodiversité, la manifestation sera consacrée aux pépites des librairies, des ouvrages qui ne sont pas forcément récents, mais que les libraires ont envie de défendre. « L’idée est de sortir des autoroutes de l’information et des prix littéraires pour faire émerger les coups de cœur des libraires, quelque peu noyés en cette période », explique Nolwenn Vandestien. 



 
L’association Libr’Aire s’emploie aussi depuis 2008 à promouvoir la lecture auprès des scolaires avec l’opération « Jeunes en librairie », menée en partenariat avec le rectorat de Lille. Elle vise à faire découvrir la chaîne du livre du point de vue économique à des élèves de la 4e à la Terminale. La librairie indépendante est choisie comme point d’entrée de cet écosystème encore largement méconnu.

Une telle approche est d’ailleurs plus aisée que l’approche littéraire pour les enfants en difficulté avec la lecture. Elle permet de présenter les atouts de la librairie, et de rappeler que depuis la Loi Lang de 1981, le prix d’achat du livre est le même dans tous les points de vente, et sur Internet. 

Ces rencontres sont animées par un libraire, mais d’autres acteurs (auteur, éditeur, imprimeur...) peuvent intervenir. En fin de parcours, les élèves reçoivent un bon d’une vingtaine d’euros pour l’achat d’un livre dans la librairie partenaire, en dehors de toute prescription scolaire. Il s’agit d’encourager une démarche autonome des élèves.

Rappelons que selon l’étude Ipsos publiée par le Centre national du Livre en 2016, 27 % des jeunes de 7 à 19 ans ne se rendent jamais en librairie, et que passé le collège, ils ne sont que 69 % à lire dans le cadre de leurs loisirs. Dès septembre 2018, le dispositif « Jeunes en librairie » sera étendu à de nouveaux établissements scolaires en partenariat avec le rectorat d’Amiens. 

L’union fait la force 

Les librairies (3 300 points de vente en France) constituent toujours le premier circuit de vente de livres, mais les difficultés du secteur, qui doit notamment faire face à la concurrence des grandes surfaces et des géants d’Internet, restent importantes. Pourtant à proportions égales, la librairie indépendante représente une activité qui génère dix-huit fois plus d’emplois que la vente en ligne, selon la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) !


Enrique Serna Librairie Pages d'Encre pour Passions d’avril

 
Dans ce contexte, se regrouper au sein d’une association régionale, au plus près du terrain et des élus locaux, est une option intéressante. « Nous sommes ensemble pour estimer notre valeur et la faire connaître, insiste Frédéric Beauvisage. Je crois qu’il y a une grande méconnaissance de ce que représente la librairie indépendante en termes d’emploi, de chiffre d’affaires, de qualité de service, de maillage des territoires. Nous allons nous organiser pour nous faire entendre. Plus on est nombreux plus on est écouté ! » 

Pour Nolwenn Vandestien, force est de constater que la librairie a déjà résisté à de nombreux assauts. Divers modèles ont émergé, mais elle s’est chaque fois adaptée pour améliorer ses services, l’accueil des clients, et pour promouvoir la diversité éditoriale.

Face aux enjeux de notre époque, Frédéric Beauvisage est catégorique : « Je pense que le centre-ville et la librairie ont de l’avenir. Je suis absolument convaincu que le tout voiture, le tout centres commerciaux, le tout Amazon ne sont pas viables à partir du moment où les règles du jeu seront équitables. » Pour les adhérents de l’association Libr’Aire, il n’est pas question de s’envisager comme des victimes programmées du système. L’heure est au contraire à la mobilisation et à la défense de leurs spécificités. 

 

Crédits photos Libr'aire



Commentaires
J'habite dans le département de l'Aisne et j'aimerais savoir quels sont les 3 courageux libraires qui font partie du réseau ?

Merci.
Vous devriez trouver votre bonheur sur leur site. https://www.libr-aire.fr/nos-librairies/
Merci pour cette information.
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