Libraire, éditeur, auteur : un outil commun pour mesurer les ventes de livres

Nicolas Gary - 18.01.2019

Edition - Société - comptabiliser ventes livres - auteurs éditeurs relations - données ventes livres


Les organisations d’auteurs réclamaient un outil depuis plusieurs années, qui puissent leur indiquer les ventes d’ouvrages. De quoi aplanir les relations avec les éditeurs, et disposer d’informations précises. La littérature, d’accord, mais de temps à autre, il est bon de parler d’argent. Et pas simplement pour les auteurs.

Cultura 4 Temps - La Défense
(photo d'illustration - ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

L’outil n’a pas encore de nom à proprement parler, et, de toute manière, les discussions se poursuivront jusqu’à une présentation plus globale à l’été prochain. Lors des vœux présentés au Syndicat national de l’édition, le président Vincent Montagne a cependant officialisé la mise en route de ce chantier. 
 

Un outil “au bénéfice de tous”


« Nous avons, avec Electre et Dilicom en particulier, des outils performants qui doivent favoriser une meilleure connaissance de la vente réelle de nos livres », expliquait Vincent Montagne. Une solution permettant de mesurer les ventes se ferait évidemment « au bénéfice de tous ». Éditeurs, bien entendu, « mais aussi des libraires. Des auteurs également, qui pourront avoir ainsi accès à une information fiable. C’est un chantier prioritaire, qui avance, et qui doit aboutir avant la fin de l’année 2020 ».

Si le SNE initie donc le projet, avec son directeur général Pierre Dutilleul pour coordonner les avancées et négociations, il ne s’agit pas là d’une main mise. « Nous avons dans un premier temps observé les usages en Allemagne, au Canada ou en Angleterre. Des systèmes existent avec plus ou moins de succès, pour disposer d’un niveau précis des ventes de livres », explique le directeur général à ActuaLitté.
 

La spécificité territoriale à prendre en compte


Immédiatement, les divergences apparaissent, face aux spécificités que présente l’industrie du livre française. Pour le Canada, par exemple, l’outil BookNet offre des perspectives intéressantes, mais avec des remontées de 60 % des points de vente du territoire. Incomplet, et obligeant à extrapoler.

Pour l’Angleterre, Nielsen fait également un travail appréciable, mais le territoire compte moins de librairies indépendantes. Finalement la solution allemande, Mediacontrol, serait inspirante : le réseau d’outre-Rhin est assez proche du modèle français. Qui plus est, le boersenverein des buchhandels, syndicat professionnel allemand, regroupe libraires et éditeurs. Là encore, de quoi fluidifier les échanges. 

« Dans tous les cas, il y aura toujours une part d’extrapolation », poursuit Pierre Dutilleul, « mais nous souhaitons qu’elle soit conscrite le plus possible ». 
 

Faire remonter les données, ou le pacte


À ce jour, différents partenaires existent, comme Electre ou Dilicom, ainsi que l’incontournable GfK. « Il faut œuvrer de concert avec les solutions existantes, et parvenir à collecter des données qui garantiront un maximum de fiabilité », insiste le directeur général du SNE.

La perspective est donc de faire remonter les informations en sortie de caisse – une fois que le livre est acheté pour de bon. Ce sont, après tout, ces ventes réelles qui donneront une plus juste estimation aux auteurs sur leur rémunération. 

L’ambition est grande : obtenir les chiffres de vente des uns et des autres n’est pas chose aisée. Il faut d’abord convaincre de ce que l’outil est non seulement vertu pour tous, mais plus encore, fournira en retour des données utilisables par chacun. 

C’est ici que la collaboration avec les libraires indépendants, et notamment l’outil mis en place par le Syndicat de la librairie française, L’Observatoire de la librairie, sera essentielle. « L’Observatoire va beaucoup plus loin dans son traitement des ventes que ce que nous cherchons à obtenir. Il élabore des statistiques sur les performances par rayon ou catégories, par exemple. »
 

Utopie : un monde où Amazon partagerait ses chiffres ?


La perspective d’un outil interprofessionnel devrait motiver l’ensemble des parties à collaborer. « Les chiffres de ventes passeront par un logiciel statistique qui cumulera les données. Avec, évidemment, un aspect technique qui nécessitera des développements. Les équipes d’Electre et de Dilicom sauront s’y employer, peut-être avec un soutien extérieur. De ce point de vue, les questions budgétaires sont résolues. »

Envisager que l’ensemble des points de vente joue le jeu de la transparence peut donner le vertige. Entre les librairies de premier niveau, les enseignes comme Fnac ou le nouveau regroupement que forme désormais le groupe Decitre — Furet du Nord, le stock de données sera considérable. Encore faut-il convaincre. Et sans même parler des acteurs américains – et des ventes numériques.

Amazon vient immédiatement à l’esprit : comment obtenir de cette société parmi les plus discrètes quant à ses résultats de partager leurs résultats ? « Ils ne le font pas en France, pour des raisons historiques, mais dans d’autres pays il existe des accords. C’est de toute manière un partenaire comme d’autres. Nous devrons nous parler davantage et voir comment collaborer. Je reste très optimiste : pourquoi n’y arriverions-nous pas ? »

Pour l’instant, la filiale française n’a pas opposé de fin de non-recevoir, sans pour autant faire des bonds d’allégresse à l’idée d’ouvrir son grand livre des ventes...
 

Apaiser les relations entre auteurs et éditeurs


Pour garantir l’autonomie du projet, qui devrait être développé et achevé à l’horizon de l’été 2020, on suggère de définir un tiers de confiance, qui saura préserver la confidentialité. Émanera-t-il de l’interprofession ? Pour l’instant la question est en suspens. Dans tous les cas, il veillera à ce que ne soit diffusé que ce qui relève de l’intérêt général, avec l’accord de tous.

Il en va de même pour le modèle économique : work in progress. « Nous devons aboutir à un coût abordable pour qu’éditeurs, et donc auteurs, y aient accès. Cette redistribution de l’information obtenue et traitée est à la base des échanges que nous avons avec les associations d’auteurs. Personne n’ignore qu’il persiste une certaine défiance à l’égard des éditeurs : des éléments chiffrés sont au moins un moyen d’apaisement, voire de disparition de cette défiance. »

Et d’évoquer les discussions avec le Conseil permanent des écrivains, regroupant 18 organisations – la Ligue des auteurs professionnels venant de l’intégrer. 

Mesures précises des ventes pour les éditeurs et les auteurs pour leur reddition de droits, solution d’analyse pour les libraires, l’outil de booktracking a tous les aspects d’un projet collectif dont l’industrie a bien besoin. L’année 2018 a accusé le coup de résultats économiques en berne : la chaîne devra resserrer ses maillons, incontestablement.


Commentaires
Voilà une très bonne initiative ! Beaucoup de gens y compris dans le cinéma oublient que sans les auteurs ils n'auraient pas de boulot. Et ce sont souvent les auteurs qui sont les moins bien payés.
Ha, ce problème éternel du suivi des ventes… Mais comment fait l'industrie du disque ou le cinéma qui ne semblent pas connaître ce souci ?
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