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Libraire et locataire : le difficile commerce du livre en centre-ville

Clément Solym - 03.04.2017

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La hausse des loyers dans les centres-villes est l’une des difficultés les plus souvent mises en avant par les libraires. Comment parvenir à développer son commerce, quand on doit faire face à des frais fixes particulièrement lourds ? L’équation miraculeuse existe-t-elle ? Michel Deshors, spécialiste de la librairie, revient avec nous sur ces questions.

 

Librairie La Friche

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les deux noms communs se ressemblent, commencent par la même lettre et ont la même terminaison. Mais sont-ils compatibles ? Depuis longtemps, les loyers de centre-ville ne cessent de progresser. Depuis longtemps, les marges des librairies ne cessent de stagner.

 

Et la question qui se pose aujourd’hui : comment faire cohabiter, sans mal, libraire et locataire ? Bien sûr, qu’on crée son établissement en région, en ville moyenne ou dans les grandes agglomérations, les loyers sont très différents.

 

Pour exemple, deux créations récentes sur une même surface de 60 m2 utilisables : le loyer de la première installée dans une ville moyenne de 15 000 habitants s’élève à 950 € HT, le loyer de la seconde installée au cœur de Paris s’élève à 3300 € HT.

 

Dans une période où les grands diffuseurs font preuve d’une sévère frilosité dans l’attribution des remises et décident donc de la marge commerciale de leurs clients, le loyer devient une véritable épine dans la gestion des librairies.

 

Certes, l’adjonction d’autres produits comme la carterie, les jeux et loisirs créatifs, la papeterie ou encore un salon de thé permet une amélioration de la marge.

 

Mais revenons aux loyers. Les spécialistes de la gestion affirment qu’un loyer ne saurait dépasser 7 % du chiffre d’affaires. Avec une marge brute de 33 %, des charges externes à 15 % (hors loyer), le loyer à 7 %, des impôts et taxes à 1 % et une masse salariale à 18 % qui sont des pourcentages normés, le déficit atteint 8 % du CA.

 

Alors où sont les sources d’amélioration ? Dans un premier temps, il faut améliorer la marge. Dans notre exemple l’équilibre serait atteint avec une marge brute de 41 % : impossible pour les petites et moyennes librairies et quasiment inatteignable pour les grandes !

 

Alors où sont les sources d’économie ? Rogner sur les charges externes, mais cela ne sera pas significatif. Diminuer la masse salariale, ou même ne pas se payer — comme c’est le cas dans mon deuxième exemple — sont des hypothèses malheureusement trop fréquentes.

 

Alors comme le monde de la librairie n’est pas celui de la fringue, de l’optique ou de l’esthétique, où les marges sont très importantes, il ne peut supporter des loyers prohibitifs. Combien ont mis la clé sous la porte à cause de cela ?

 

Pour conclure, je conseillerais aux créateurs de librairies de ne pas transiger sur le montant du loyer porté sur le bail qu’ils vont signer, même si on leur a répété que l’emplacement n° 1 était la priorité. Ce montant ne pourra être revu.

 

Et j’inviterais les bailleurs à faire preuve de raison, s’ils ont quelque amitié pour le monde de la culture, du livre et des librairies, ces âmes indispensables à nos centres-villes.

 

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