Libraires et éditeurs enlevés à Hong Kong : la Chine accepte de parler

Orianne Vialo - 28.06.2016

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Relâché voilà moins de deux semaines après 8 mois de séquestration, Lam Wing-kee, directeur général de la maison d’édition Mighty Current publishing enlevé et maintenu en détention par les autorités chinoises depuis le mois d’octobre, s’est exprimé dans la foulée lors d’une conférence de presse organisée à Hong Kong. Le 14 juin dernier, il avait pourtant demandé aux autorités de Hong Kong de clore le dossier relatif à sa disparition et assuré ne pas avoir besoin d’aide du gouvernement. Aujourd’hui, la Chine a accepté de répondre aux accusations formulées par Lam Wing -kee, lors de sa disparition.

 

 

 

Disparu depuis le 24 octobre 2015 le professionnel du livre avait été accusé de trafic de livres par les autorités chinoises. Était en cause la diffusion de 4000 exemplaires en Chine auprès de 380 lecteurs malgré l’interdiction en vigueur. Pour faciliter le passage des ouvrages, leurs couvertures avaient été modifiées et les livres avaient été emballés dans des sacs en nylon pour tromper les machines à rayon X.

 

Il avait alors été contraint en mars dernier de confesser ses torts à la télévision chinoise. « Je reconnais pleinement ma faute. Je suis prêt à être puni », avait-il alors déclaré. Lors de sa libération, Lam Wing-kee, 61 ans, avait annoncé avoir été saisi après avoir kidnappé alors qu’il traversait la ville de Shenzhen. Là, on lui avait bandé les yeux puis gardé dans une cellule, sous interrogation, sans qu’il puisse entrer en contact avec sa famille, ou avoir recourt à un avocat.

 

Leung Chun-ying, chef de l’exécutif de Hong Kong, qui avait été accusé de ne pas avoir été assez réactif dans cette affaire de kidnapping, a annoncé la semaine dernière qu’il avait écrit à Pékin pour relayer les préoccupations locales, en réponse à la montée de l’anxiété des civils concernant cette affaire. (via Channel New Asia)

 

Aujourd’hui, Leug Chun-ying a annoncé, dans une brève déclaration que les autorités chinoises ont décidé de sortir de leur silence, et qu’elles étaient prêtes à entamer une discussion concernant la mise à jour du système de communication existant entre les deux pays depuis dix ans. D’après le ministre de la Sécurité publique de Pékin, les discussions devraient avoir lieu le plus tôt possible. Leug Chun-ying a exprimé sa gratitude au gouvernement chinois pour cette réponse positive. 

 

Le ministère a indiqué qu’il avait invité les services compétents du gouvernement de Hong Kong à former une délégation pour se rendre bientôt à Pékin pour discuter de la question.

 

5 éditeurs et libraires concernés par ces kidnappings 

 

Il n’était pas le seul employé de la maison d’édition Mighty Current, installée à Hong Kong à avoir été porté disparu, et être passé à la télévision chinoise. Quatre autres employés, libraires, sont soupçonnés d’avoir été kidnappés par le gouvernement chinois – et avoir publié des ouvrages dissidents ou jugés irrespectueux envers le régime. Ils sont tous réapparus brièvement dans les mêmes circonstances.

 

Une vague d’inquiétude s’était propagée aux quatre coins du globe par rapport à ces disparitions suspectes, inquiétude renforcée par le silence du gouvernement chinois à ce sujet. Une manifestation populaire avait même réuni une vingtaine de personnes dans les rues de Hong-Kong quelques jours après la disparition le 1er janvier dernier de Lee Bo, libraire chez Causeway Bay Books. Parmi les manifestants, Raphaël Wong, vice-président de la ligue des sociaux-démocrates, a commenté : « La liberté des gens est inviolable, si le gouvernement central arrête un résident de Hong-Kong et l’emmène en Chine continentale, ceci constitue une menace pour notre liberté d’expression. » 

 

 

 

Même son de cloche le 10 janvier, qui a réuni cette fois-ci près de 6000 personnes. Les manifestants y dénonçaient l’influence de la Chine sur Hong Kong, qui a pourtant un statut de semi-indépendance depuis 1997, ce qui empêche aux autorités chinoises d’intervenir dans le pays depuis cette date. 

 

Plusieurs organisations de défense des Droits de l’Homme se sont jointes à celle des professionnels de l’édition, à travers le monde. L’American Booksellers Association (ABA), l’Association of American Publishers (AAP), l’Authors Guild (AG) et le PEN American Center (PEN) avaient diffusé un communiqué de presse, rejoints par la Fédération européenne et internationale des libraires et l’International Publishers Association (IPA). « L’enlèvement de ces hommes engagés dans la publication et la vente de livres serait une sérieuse violation de la liberté de la presse et aurait un effet néfaste sur la liberté d’expression à Hong Kong », signaient-elles.

 

Tous demandaient des explications : « Le gouvernement chinois n’a ni confirmé ni démenti que ces hommes se trouvent en Chine. Cependant, le Global Times, une publication du parti communiste, a récemment fait paraître un éditorial accusant Mighty Current Publishing “d’attiser les tensions sur le continent”. »