"Libraires et éditeurs sont dans le même bateau" (Tim Walker)

Antoine Oury - 10.04.2014

Edition - Librairies - Tim Walker - Booksellers Association - librairie indépendante


Président nommé, président interviewé. Le stand de la Booksellers Association occupe un large espace dans la Foire du Livre de Francfort, et le nouveau président du rassemblement des libraires britanniques était présent. Il a détaillé pour ActuaLitté les défis des libraires britanniques, ainsi que les différentes pistes à leur disposition pour améliorer leurs conditions.

 (de notre envoyé à Londres)

 

 

Tim Walker (Bookseller's Association) - London Book Fair 2014

Tim Walker (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Outre l'imposant stand, qui dispense sacs et autres gadgets imprimés aux couleurs de la campagne « Books are my bag », Tim Walker se félicite de la forte présence des libraires indépendants au sein de la Foire londonienne : « À l'étage, il y a une salle de conférence où la Booksellers Association (BA) organise des présentations d'éditeurs et des conférences destinées aux libraires indépendants. Je crois que plus de 150 libraires ont été au rendez-vous », se félicite-t-il.

 

Un chiffre bien meilleur qu'il ne le paraît au premier abord : outre de mauvais chiffres révélés pour l'année 2013, avec 67 fermetures de librairies indépendantes pour seulement 26 ouvertures, le nombre de librairies indépendantes a basculé, pour la première fois, sous le nombre du millier de magasins. Néanmoins, le libraire indépendant, qui exerce depuis 28 ans, est loin de céder au défaitisme.

 

« En tant que libraire indépendant, j'ai vu les habitudes des gens changer, avec une forte tendance à l'achat en ligne, mais également la résurgence des supermarchés, qui vendaient plus de livres, ou encore la baisse du prix des livres », détaille Tim Walker. Ce dernier point l'interpelle particulièrement : « Il faut que les profits soient redirigés vers le monde du livre. L'entrée de Google, Apple et Amazon sur le marché a fait chuter le prix des livres. Temporairement, c'est une bonne chose pour le consommateur, mais cela m'inquiète pour l'avenir du secteur, qui ne peut plus investir. »

 

Le secteur britannique du livre, justement, semble particulièrement solidaire : à la Foire du Livre de Londres, impossible de ne pas croiser un quidam avec le sac « Books are my bag », large campagne d'information et de promotion du livre et de la librairie. « La campagne, lancée l'année dernière, s'est révélée très fructueuse. Ce qui fait sa beauté, c'est qu'elle a été largement financée par les éditeurs, avec les fonds de la BA en complément », explique Walker.

 

 

London Book Fair 2014

L'acteur Damian Lewis s'est prêté au jeu de la campagne (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

« Il y a une prise de conscience de plus en plus forte, de la part des éditeurs, que les librairies créent leur propre marché pour le livre. Nous sommes dans le même bateau : ce qui menace les libraires menace aussi les éditeurs », souligne Tim Walker. Son mandat de deux ans sera ainsi largement consacré à amplifier et renforcer les collaborations entre les deux métiers.

 

Le nouveau président se montre particulièrement optimiste pour l'avenir : « Depuis quelques années, il y a un changement en faveur des librairies : les gens cherchent une expérience qui n'existe pas dans les supermarchés. Les ventes des libraires indépendants sont d'ailleurs restées constantes, et ont même pu augmenter. Cela montre bien que les clients restent fidèles à ce mode d'achat. »

 

Les menaces ne semblent donc plus tellement se trouver du côté des concurrents : la Booksellers Association fournit d'ailleurs aux libraires une plateforme clé en main pour vendre des livres numériques. Mais plutôt dans le maintien des commerces existants : « Les taxes commerciales sont un véritable problème pour les libraires indépendants. Le système utilisé par le gouvernement pour taxer les propriétés commerciales est obsolète, et doit être modifié. Le consortium des commerces et la BA concentrent leur lobbying sur ce point particulier. »

 

Au rayon de la législation, le président de la BA ne place pas ses espoirs dans un prix unique du livre : « Je crois que les dernières négociations sur le sujet ont eu lieue en 1998, et nous avons probablement manqué cette occasion, il n'y a eu aucune fixation de prix au Royaume-Uni depuis. Beaucoup de libraires aimeraient un prix fixe comme dans certains pays européens, mais je ne crois pas que cela arrivera dans le contexte économique actuel, il faut être réaliste. » Le taux de TVA explique-t-il, pour « le bien de la lecture et de l'alphabétisation au Royaume-Uni », doit rester ou être baissé à 0 % sur le livre et l'ebook.