Librairie cambriolée à Paris : aucun livre volé, juste des dégradations “absurdes”

Camille Cado - 22.10.2019

Edition - Librairies - librairie cambriolage - libraire colère dégradation - Libraires associés Paris


Dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 octobre, la librairie Les Libraires associés s'est fait cambrioler. Si les dégâts ne sont « pas énormescette forme d’agression dans ce qu’elle a de symbolique a été très dure à vivre ». Installé depuis 12 ans dans le XVIIIe arrondissement de Paris, Jacques Desse gérant du magasin, contacté par ActuaLitté, revient sur cet événement, encore bouleversé. 

Photo de la librairie, via leur blog

 
Des ouvrages de tous les styles et de toutes les époques, un penchant pour les petites maisons, un ravissant sous-sol aussi composé de poutres, de pierres, de briques et décoré suivant le modèle industriel qui accueille un espace d'exposition. La librairie Les Libraires associés fait partie de ces endroits chaleureux, de ces librairies insolites qui ont tant à offrir.

Le charmant magasin situé dans le quartier de la Goutte d'Or, ainsi que l'appartement du gérant, Jacques Desse, s'est fait cambrioler dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 octobre. « Un cambriolage normal qui n’a pas ciblé les livres » nous confie-t-il, la voix encore tremblante. 

« La librairie n’était pas visée en tant que telle. Ils ont dégradé des choses notamment en déversant de l’eau dans les bureaux. » Un geste que le gérant n'arrive pas à s'expliquer : « C'est une action absurde. C'est peut-être pour les empreintes ou du vandalisme gratuit ». 

Et d'ajouter : « Comme vous le savez, on est à la Goutte d’Or, un quartier un peu difficile : on essaie de faire vivre un beau lieu de culture dans une ancienne galerie, mais dans des conditions on ne peut plus compliquées. Cette forme d’agression dans ce qu’elle a de symbolique a été très dure à vivre ».
  Aucun livre n'a été volé, alors même que la librairie abrite des livres anciens et de collections : « Ils n'imaginent pas que les livres peuvent être précieux, ils les ont dégradés, ils ont même marché dessus, ils s'en fichent. » La librairie n'avait jusque-là jamais eu de soucis. « Mais tous les habitants de la Goutte d’Or ont des problèmes un jour ou l'autre » affirme Jacques Desse, avant de nous raconter l'histoire de Samir Lebcher, l'âme de Barbès, qui a fermé son kiosque en mai dernier.

« C'est difficile d'être commerçant, et puis en tant que libraire et lieu culturel indépendant, c'est pour tout le monde compliqué, il faut faire des efforts, mais si en plus on doit lutter contre des problèmes extérieurs, des problèmes de sécurité... Il y a quelques mois, le grand kiosquier de Barbès a fermé. Il était très célèbre dans le quartier. C'en était une des âmes : son père était déjà kiosquier. Et puis, il a décidé de partir pour ces raisons de violence – il en subissait tous les jours et un soir il s'est fait agresser. C'était la goutte d'eau.»

« Alors, oui on n'est pas dans le Bronx non plus » plaisante-t-il. « On peut se promener à Barbès sans être en danger ». 
 

Soutenir les librairies, agir au quotidien


« C'est un cambriolage comme il y en a tellement à Paris » insiste Jacques Desse. ​​​​​​​« Mais le fait que ce soit une librairie et en plus à la Goutte d'Or, cela soulève une grande émotion. Nous recevons des dizaines et des dizaines de messages de soutien, et de toutes sortes de gens : des voisins à des élus de tous bords politiques. À certains moments, ça me met les larmes aux yeux. C'est vraiment très réconfortant. On a réalisé du coup, et beaucoup mieux, à quel point notre présence était importante pour les gens ici : on ne s'en rendait pas compte. »

La librairie a rouvert ses portes dès le début de la semaine. Et si les dégâts ne sont que matériels, à la question d'un soutien financier, le gérant à un avis bien arrêté : ​​​​​​​« Plein de gens nous proposent leur aide matérielle, ou alors nous disent de mettre en place une sorte de collecte. On n'a pas besoin de ça. Ce que je dis aux gens c'est que si vous voulez que les librairies existent, allez-y ! Il faut y aller, il faut participer à leurs événements, c'est le seul soutien que vous pouvez donner. Il n'y a pas que nous, des tas de gens se battent chaque jour pour faire vivre quelque chose de qualitatif. »

​​​​​​​« Ce n'est pas quand les gens sont morts qu'il faut les regretter », mais faire quelque chose quand il en est encore temps et ainsi « soutenir moralement, ces commerces, ces lieux ». 


Commentaires
Il faut absolument fréquenter les librairies, ce sont non seulement des lieux de culture, mais également des lieux de vie où il fait bon échanger sur nos impressions de lecture. Ne commandons sur Amazon que lorsque l'ouvrage souhaité est épuisé
Non, ne commandons JAMAIS sur Amachose, il y a TOUJOURS d'autres moyens de retrouver un ouvrage.
suis triste pour vous, c'est sans doute plus dur encore que de se faire voler le fond - à moins que ce ne soit qu'une pure plaisanterie de mauvais gout qui aurait mal tournée (parfois une bêtise de gamins tout simplement, espérons pour ceux là qu'ils puissent regretter leur geste) - continuer bien, je ne vous connais pas mais je comprend votre tristesse et vous souhaite bon courage , le temps sait adoucir les blessures, énergies pour vous chers libraires
Courage. Tenez bon. C'est tellement agréable d'avoir une librairie dans le quartier !
Je vous ai entendu parler ce matin à la radio : votre seule bataille continuer a vivre heureux dans un quartier abandonné par la collectivité territoriale et l'état !!!!

votre volonté et votre optimiste doit montrer le chemin à tous et toutes parce que vivre ensemble est possible parce que vivre ensemble est une nécéssité



BON COURAGE!!! NE LACHEZ RIEN



Véronique de Toulouse
zipperJe ne peux comprendre un tel geste et je suis indignée. J'aime lire, j'aime mes livres et je comprends le désarroi de ce libraire. Un geste odieux et gratuit, mais que l'on ne peut admettre.
Je suis de tout cœur avec vous! Je ne ferais plus appel à Amazon!
Monsieur,

J'habite très loin de la Goutte d'or, dans un hameau de Haute-Savoie où il y a plus de vaches que d'habitants, mais ce qui vous est arrivé me bouleverse, parce que les livres et les libraires ont été la colonne vertébrale de mon éducation. Grâce à eux, j'ai pu découvrir que le monde ne se limitait pas à mon horizon social.

Entrer dans une librairie, prendre un livre en mains, lire la quatrième de couverture ou la biographie express de l'auteur, rêver, humer, discuter avec le libraire, faire confiance à ses coups de coeur, échanger, être humain en somme.

J'ai mis longtemps à écrire, et à peu près au moment de votre désastre il m'est arrivé quelque chose de merveilleux dans une librairie à Genève. J'aimerais vous en faire part pour toutes les fois où cela a dû vous arriver, ces moments précieux où l'on sait pourquoi on s'entête dans ce métier.

http://nicole-giroud.fr/rencontre-improbable-avec-mano-le-balinais-5787

Avec toute ma sympathie,

Nicole Giroud
Cher confrère. Toute ma sympathie active pour cet incident. Il est vrai que le quartier est difficile. J'ai une fille ainé qui continue à résider rue Philippe de Girard depuis 25 ans...... J'admire votre courage et votre détermination à rester présent.
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