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Librairie : des reports d'échéances, certes, mais les frais fixes demeurent

Nicolas Gary - 08.04.2020

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« [M]a conviction est que les acheteurs qui n’avaient pas recours aux plateformes avant la crise seront d’autant plus solidaires après, ayant à cœur de retourner chez leur libraire. » Ce commentaire du PDG des éditions Grasset ramène à Marguerite Yourcenar : « Ces hautes affirmations éclairent sans réchauffer, comme la lumière des étoiles. » Car il faudrait encore que la librairie passe le cap…

La maison du livre (Rodez)
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Interrogé par Paris Match, Olivier Nora se garde bien d’exprimer un avis sur la réouverture ou non des librairies. « Les libraires sont-ils majoritairement demandeurs de prendre le risque sanitaire d’une mise en contact directe ? Le très faible chiffre d’affaires prévisible permettrait-il d’amortir les frais de structure d’une librairie ouverte dans des centres-villes désertés ? » 

Et de rappeler que les éditeurs ont apporté une série d’assurances pour aider les commerces de détail — « faciliter les reports d’échéances pour les librairies en difficulté sans facturation de frais, les prochains ouvrages livrés à l’office étant destinés à se vendre sur un temps plus long », indiquait le Syndicat de la librairie.

Benoît Bougerol, président de La maison du livre à Rodez et de Privat à Toulouse, porte en effet un regard plus nuancé. « Sur le fond les reports d’échéance, les facilités de trésorerie, le crédit rapide des retours (qui en fait sont bloqués dans les librairies fermées comme Prisme), ne peut pas suffire », explique-t-il à ActuaLitté. 
 

Des frais fixes qui persistent


La réalité est simple : une librairie fermée avec son personnel au chômage aura tout de même l’équivalent de 15 % du CA en charges fixes à payer, estime-t-il. Cela implique différentes dépenses comme loyer, abonnement EDF, informatique, amortissements, et rémunération des dirigeants mandataires sociaux, sans chômage, etc.

Bien entendu, pour la question des loyers, des solutions d’aménagement sont possibles, mais il s’agit là de suspension : les sommes seront malgré tout à payer, plus tard.

Dès lors, le calcul est simple : « 15 % (de perte par rapport à un CA théorique normal) sur 2 mois c’est un trou de plus de 2 points dans le résultat alors qu’il est en moyenne de 0,6 %. Nous passons tous en perte, sans réserve… », poursuit le libraire.

En outre, « la reprise sera difficile avec des équipes présentes et payées, et des clients peu présents. Donc des pertes plus fortes en reprise pendant 1, ou 2, ou 3 (?) mois ».

La solution se dessine simplement : « Donc soit les grands fournisseurs éditeurs lâchent 2 ou 3 points de leurs résultats nets qui sont (d’après leurs bilans) entre 6 et 12 %, soit ce sera l’hécatombe. »

Alors ? Eh bien Giuseppe Tomasi di Lampedusa revient à l’esprit : « Que tout change pour que rien ne change. » Autrement dit, « le partage de valeurs dans la chaîne du livre change, pour que cette chaîne du livre tienne et que l’édition ne se retrouve pas en chien de faïence devant la grande distribution et les sites internet de la mondialisation… »

Avec un autre risque, celui de perdre la clientèle, qui sera de plus en plus multicanale. Et plus nécessairement avec les libraires indépendants, quand, ils basculeront, post-confinement, sur internet.

Et Benoit Bougerol de conclure : « Je rejoins donc de vœu d’Olivier Nora : que cette crise permette de refonder nos relations sous l’ombrelle protectrice du prix unique du livre… »


Commentaires
D'accord pour lâcher du lest...

Pour les auteurs aussi. Beaucoup d'auteurs sont entre entre 4% et 8%... En jeunesse, les tarifs à 4% sont courants.

Tout le monde a 10% minimum, 20% serait honnête (20% pour les cinq acteurs...)

Ou alors personne.
20% pour tout les acteurs c'est illusoire et c'est méconnaître la chaine du livre...
Cher Poil à gratter, votre pragmatisme fait honneur à la raison. Je vous trouve toutefois un peu chichiteux : 100% pour tout le monde serait beaucoup plus réaliste, et plus juste bien entendu.

Et autant prévenir tout de suite les esprits chagrins qui constateraient que, bien souvent, les ventes des nombreux titres ne payent même pas la facture de papier (sans parler du reste), je dis que ce n'est pas une raison. Na !

Ah mais j'y pense, puisque les auteur.e.s veulent être considéré.e.s comme des acteur.ice.s économiques à part entière (et pourquoi pas, en effet), pourquoi ne pas les rémunérer strictement sur la plus-value qu'iels apportent ? Chiche ?
Chiche Matthieu (qui devez être éditeur).

Mais comme tout travail mérite salaire (c'est la loi, que les éditeurs violent allègrement...), alors vous payez le travail initial à sa valeur (le coût du temps d'écriture du manuscrit) puis les auteurs seront payés au pourcentage sur les ventes dès la première vente (comme vous le suggérez et comme le réclament... les auteurs !).

Je pense qu'on va alors se bousculer tous chez vous, cher éditeur..
Si, comme vous le supposez, Matthieu est éditeur, alors je me permets de lui suggérer d'évaluer d'abord ce que peut rapporter un manuscrit (en particulier un manuscrit non sollicité) avant de signer quelque contrat que ce soit.

Après, mais après seulement, se posera la question de ce que vaut le travail produit et du niveau auquel il faut le rémunérer en regard des attentes commerciales : vous comprendrez bien que Matthieu ne va pas vous rémunérer 100€ si vous lui fournissez un produit qui lui rapporte 50€, n'est-ce pas ?

Incidemment, la loi ne dispose pas que tout travail mérite salaire : elle prévoit que tout travail doit être rémunéré. Par exemple, les avocats ou les médecins ne touchent pas de salaires (mais des honoraires), les militaires ne touchent pas de salaire (mais une solde)... et les auteur.e.s ne touchent pas de salaires (mais des droits d'auteur).

Au passage, je ne doute pas que vous serez d'accord pour supprimer le funeste système des à-valoir (un à-valoir est une avance sur les droits d'auteur, pas le paiement du travail effectué) qui, bien souvent, rémunère l'auteur.e au-delà de ses ventes effectives. C'est d'ailleurs l'à-valoir qui rémunère l'auteur.e pour les premiers exemplaires vendus jusqu'à concurrence du montant dudit à-valoir.

Entre les auteur.e.s dont le manuscrit sera tout simplement refusé parce que les espérances sont trop faibles et celleux dont vous allez sucrer les à-valoir, vous allez vous faire des ami.e.s dans la profession, c'est sûr.
Tout le monde est d'accord pour supprimer l'à-valoir.

Si les auteurs sont payés pour le manuscrit (pardon, rémunérés pour leur prestation) et qu'ils touchent leurs droits dès la première vente, personne ne râlera.

Évidemment, on peut parler du montant des droits et de les toucher immédiatement...
Pas plus la crise que d'habitude = https://blogs.mediapart.fr/benoit-virot/blog/060420/pas-plus-la-crise-que-dhabitude



Comme lecteur je vois quand même une certaine bousculade dans les Mangas, pour les sorties hypothétiques de Mai avec des titres de Mars-Avril-Mai sur un seul mois, impossible de suivre (idem pour les sorties vidéo).
Admettons... mais votre raisonnement ne fonctionne que dans le cas des manuscrits (ou les travaux) commandés.

Pour les autres (Machin qui est convaincu d'avoir écrit le chef-d'oeuvre du siècle ou Machine qui juge que ses nouvelles devraient être lues par d'autres que sa famille), il s'agit d'artisans qui ont fabriqué un produit qui trouvera (ou pas) preneur.

Le temps qu'a passé l'artisan sur son produit devient alors une donnée très secondaire : il s'agit surtout de déterminer si une maison d'édition mettra ses ressources techniques et commerciales au service d'un produit dont rien ne lui assure a priori un revenu suffisant pour financer ces ressources.

Et dans ce cas, si vous ajoutez à ces incertitudes l'obligation de payer cher le produit fourni par l'artisan, vous baissez ipso facto ses chances d'être commercialisé puisque vous augmentez le coût de revient de la marchandise.

Si vous ou moi avons passé trois ans sur un recueil de poésie lyrique dont vous ou moi sommes persuadé.e.s (peut-être à raison d'ailleurs) qu'il va bouleverser l'histoire mondiale de la poésie et que la maison d'édition (qui ne nous a rien demandé) pense qu'elle n'en vendra, malgré toutes ses qualités, que 2 à 300 la première année, alors je vous souhaite bien du plaisir pour faire rémunérer les trois ans de travail qu'aura représenté ce recueil.

C'est le très vieux problème de la formation du prix, qui doit être suffisant pour assurer un revenu mais suffisamment bas pour trouver un marché.
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