Librairie du Louvre : le déménagement soulève des inquiétudes

Antoine Oury - 26.06.2013

Edition - Les maisons - Réunion des musées nationaux - librairie du Louvre - éditeurs de livres d'art


En mars dernier, les éditeurs de livres d'art se retrouvaient autour d'une pétition pour protester contre la restructuration de la librairie du Louvre, un des lieux les plus vendeurs pour le genre en France, voire même dans le monde. La semaine dernière, une réunion entre la Réunion des Musées Nationaux (RMN) et les éditeurs a tenté de mettre les choses au clair. Tenté.

 

 

 

 

 

La réunion a eu lieu jeudi dernier, en présence de représentants du SNE, dont Vincent Montagne, le Président, et Christine de Mazières, déléguée générale du syndicat. Ils rencontraient Jean-Paul Cluzel, président de la Réunion des Musées Nationaux (RMN) et Henri Bovet, directeur des éditions RMN. Pour répondre aux attentes des éditeurs, le directeur de la RMN, responsable de la gestion de la librairie du Louvre, a tenu à rappeler quelques chiffres.

 

D'abord, le chiffre d'affaires de la librairie du Louvre, premier point de vente en France, et en Europe pour le livre d'art : 7 millions € en 2012, soit 44 % du CA. Un chiffre en léger recul, puisqu'il atteignait les 9 millions en 2009 (livre 49 % CA). Pour évaluer les raisons de cette baisse, la RMN a fait appel au Boston Consulting Group, qui a rendu les conclusions de son évaluation lors de la réunion : 18.000 références disponibles, mais trop de bruit, pas assez d'espace entre les tables, ou un éclairage insuffisant nuiraient aux résultats de l'ensemble...

D'où la décision de la RMN d'investir, de monter la librairie au 1er étage, d'y installer une sorte de club de lecture... Nonobstant la logique qui veut que les boutiques directement à la sortie des musées soient plus vendeuses, la RMN rehausserait les livres d'art au 1er étage, puisque l'achat d'impulsion ne fonctionnerait pas sur cette catégorie d'ouvrage. La grande crainte des éditeurs serait alors que le rayon soit réduit de moitié dans quelques mois, en cas de nouvelles baisses des ventes, sans oublier les ouvrages à faible rotation qui seront déportés dans les réserves.

 

 

La plus grande vitrine pour le livre d'art



« Le chiffre d'affaires du livre d'art a baissé de 22 % en 2011, de façon globale. Le genre est en première ligne pour les difficultés de l'édition, et il a besoin de la vitrine que représente le Louvre pour survivre », poursuit-elle. Le déménagement de la librairie étant acté pour septembre, les éditeurs de livres d'art demandent que « la représentation des ouvrages et des éditeurs soit conservée, que les 18.000 références soient conservées, et que des opérations soient mises en place avec les éditeurs ». Pour la première fois depuis 10 ans, le taux de retour des éditeurs d'art a atteint les 20 %, depuis trois mois.


Rappelons que la RMN est soumise à un contrat de performance vis-à-vis du ministère de la Culture, en tant qu'établissement public, et qu'elle reçoit à ce titre environ 14 % de son budget d'aides publiques, alloué à la recherche scientifique, et non aux catalogues d'expositions et autres ouvrages qu'elle édite. La concession de la librairie du Louvre arrivera par ailleurs à échéance à la fin de l'année 2014, et un nouvel appel d'offres sera publié courant 2014...

 

Et ce renouvellement sera l'occasion d'un nouveau débat par rapport à l'opérateur public : ce dernier dispose en effet de comptoirs de vente spécifiques à la sortie des expositions, présentant uniquement des ouvrages RMN. Cette entrave à la concurrence et à la diversité éditoriale semble totalement contradictoire aux missions de la RMN, pour les éditeurs de livres d'art... Du côté de l'établissement public, on réplique que les expositions organisées permettent à chaque éditeur de mettre en avant ses propres publications sur le sujet, avec une lumière médiatique sans précédent.