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Librairie Filigranes à Bruxelles : un “appel à la solidarité” de Marc Filipson

Nicolas Gary - 26.10.2020

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Ici ou là, la crise économique que traine dans son sillage la Covid s’ancre plus fortement encore. Les commerces, quelle qu’en soit la taille, souffrent : si la librairie, en France, semble avoir enregistré un regain de vitalité depuis le déconfinement, outre-Quiévrain, il n’en va pas de même. Le dirigeant de la librairie Filigranes, à Bruxelles, en fait ouvertement état.

Librairie Filigranes
 

Dans un post sur Facebook, Marc Filipson, à la tête du plus important établissement de Belgique, ne mâche pas ses mots. Si l’impact de la crise coronavirus pour l’économie est « catastrophique », ce que l’on ignore tient en quelques mots : « [L]es aides gouvernementales annoncées ne sont pas distribuées uniformément aux victimes. »
 

Des clients qui disparaissent


Ainsi, Filigranes, située dans le quartier européen de Bruxelles, ne remplit pas les critères impératifs pour bénéficier des soutiens financiers, de par son statut même. Avec plus de 50 salariés, l’entreprise ne peut prétendre « à la prime accordée aux entreprises qui ont été dans l’obligation de fermer leur porte durant le confinement ».

La fermeture administrative imposée par le confinement avait pourtant conduit l’établissement à monter un service de vente par internet, « une librairie de garde » indiquait alors Marc Filipson. Le tout pour garantir un accès aux livres, plus que pour faire de l’argent. « On n’en gagne pas dans cette démarche : au contraire, cela coûte une fortune », assurait-il en mars dernier. Pourtant, les clients ont pris le pli : une fidélité s’est développée autour du site de vente, mais les circonstances rendent le travail plus difficile.

En effet, la Commission européenne, relève le gérant, est à 95 % en télétravail : le quartier est donc déserté. Contacté par ActuaLitté, le dirigeant détaille : « La Commission, ce sont 60.000 personnes, pour mieux saisir. Comme si j’avais ouvert une boutique à La Défense, en somme, avec tous les bureaux fermés. Or, le télétravail leur est imposé jusqu’en février 2021, et pour les entreprises américaines, juin 2021 — ce qui laisse craindre que la Commission s’aligne. »

En outre, la librairie subit « les conséquences d’un plan d’aménagement de la voirie absurde et inabouti ».  Voilà des mois que la signalisation ad hoc est attendue — et son absence pénalise aujourd’hui lourdement l’entreprise. 

« Aujourd’hui je lance un appel à la solidarité. Nous avons subi un manque à gagner mémorable et l’avenir de notre belle librairie dépend de tout ce qui pourra être fait avant la fin de cette année. On entend que certaines librairies se portent bien, ce n’est pas le cas de Filigranes pour les raisons évoquées ci-dessus », reprend-il.

Et d’inviter les internautes à recourir au site de vente, à en partager le lien amplement, pour préserver le commerce, qui aura toujours, selon les mots de son créateur, eu « de cesse d’améliorer et d’étendre l’accessibilité à tous, pour un partage du savoir et de la culture indispensables en ces temps où tout seul on n’est rien ». 
 

Confinement : 3 millions € évanouis


Marc Filipson ajoute que le danger économique est réel : « Je suis dans le rouge, alors que la plupart des libraires ont remonté la pente. Cela se comprend : le livre est une valeur sûre. » Le panier moyen a augmenté, mais la clientèle, elle diminue, constate-t-il. En temps normaux, près de 15.000 clients entrent durant le week-end. « Actuellement, ils sont 3000 à 4000. Et je nuance : clients, pas acheteurs ! »

Sur la période du confinement, Filigranes a enregistré un manque de près de 3 millions €. Quant au site internet, il représente aujourd’hui 2500 € de ventes quotidiennes — à peine de quoi couvrir les frais. « D’autant que, alors que nous parlons, il est victime de son succès, avec une forte fréquentation. Alors, permettez-moi : si Filigranes.be est un peu lent, prenez patience, et n’allez pas sur un site américain, un peu plus rapide. » 

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Ce message, édité en fin de semaine passée, découle surtout d’un sentiment d’abandon : « Les réactions qui ont suivi apportent un bol d’air : depuis le début de la crise, nous n’avons pas même reçu un message de notre ministre de la Culture. L’unique action entreprise consiste en une somme de 1,7 million € — qui aurait été de toute manière libérée. »
 

Aides publiques hors sol


Mais avec des conditions qui font enrager le libraire. « Il faut être membre de l’association AMLI et proposer des remises de 15 %. Alors, et alors seulement, on peut bénéficier de ces fonds publics par lesquels les bibliothèques, écoles et autres sont tenues d’acheter des livres en librairie. » Des conditions que Filigranes refuse : « Même 1 %, je ne veux pas en entendre parler : cet argent découle de fonds bruxellois, c’est de l’argent public. Et que mes confrères n’oublient pas : au-delà de 12 % de remise, couvrir nos frais devient impossible. »

Fort heureusement, les acteurs français de la distribution — Interforum Benelux, Delibel (Hachette) ou encore Sodis, ont joué le jeu des reports à 60 et 90 jours. « Tout le monde a fait un effort et nous de notre côté : j’ai fait en sorte que les petits éditeurs soient payés sans délai, parce qu’ils sont, passez-moi l’expression, plus dans la gadoue que nous encore. »

Pour l’heure, trois salariés de l’entreprise sont en chômage partiel, ceux qui travaillaient au bar de la librairie, toujours fermé. « Selon l’évolution, je prévois de mettre 10 % du personnel jusqu’en fin décembre en chômage partiel. Sachant cela, ne pourrait-on pas attendre un geste de notre ministre ? Au moins un pied d’égalité pour les aides ? »


photo d'illustration : Librairie Filigranes ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Je soutiens avec plaisir et fierté cette librairie qui est un des joyaux de notre ville. C'est toujours un plaisir de flâner dans les rayons de ce lieu si agréable, dont le personnel est toujours si accueillant. Pour ceux d'entre nous qui peuvent se le permettre (plus nombreux qu'on ne veut bien l'admettre), il est encore plus important en cette période catastrophique pour les commerçants de leur montrer notre solidarité plutôt que de faire la course au produit le moins cher, et tant pis si cela prend parfois un peu plus de temps, j'ai toujours une petite collection de livres de réserve.



Cela étant: je comprends l'attrait de sites plus ou moins chers mais surtout plus rapides quand les délais sont serrés, par exemple pour des anniversaires. J'aimerais aussi vraiment que Filigranes améliore son système de vente en ligne, il y a là à mon avis un manque à gagner conséquent car seule une partie du catalogue est accessible en ligne, alors que si vous allez sur place le personnel vous donnera accès à un catalogue bien plus conséquent. Ce qui peut expliquer que certains acheteurs (et pas clients, pour reprendre la tournure de phrase de l'article) puissent se décourager. En d'autres termes: aidez-nous à vous aider!



Courage à tout le personnel ainsi qu'aux autres commerçants en cette période sombre (qui aurait pu être évitée, mais c'est un autre débat).
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