Librairie indépendante au Québec, “l'ambiance est pas mal plus optimiste”

Cécile Mazin - 24.09.2016

Edition - Librairies - librairie indépendante Québec - ventes livres libraires - Olivieri Renaud Bray


La vente de la librairie Olivieri, située à Montréal, a suscité une véritable inquiétude auprès du réseau des Librairies indépendantes du Québec. La centaine d’établissements de la coopérative Les Libraires note que ce rachat, par Renaud-Bray « pose ainsi une menace réelle à la diversité culturelle dans le monde du livre ».

 

 

 

Il est vrai qu’un an à peine après le rachat des établissements Archambault, l’annonce a fait forte impression. Alexandre Bergeron, président de la coopérative Les Libraires, assure : « Que Renaud-Bray décide de mettre la main sur une des librairies phares du réseau des indépendants nous préoccupe vivement. La place importante que Renaud-Bray occupe dans le milieu de la vente de livres aura assurément des conséquences néfastes sur l’ensemble des acteurs du milieu du livre. »

 

Les indépendants se portent mieux au Québec

 

Or, la nouvelle de la reprise d’Olivieri intervient dans un contexte où la librairie indépendante se porte mieux, souligne le regroupement. Après une période creuse au début des années 2010, le milieu s’est stabilisé avec l’arrivée d’une relève inspirante et motivée, et l’apparition de nombreuses librairies à la personnalité bien définie. 

 

Les chiffres communiqués par l‘Institut de la statistique Québec indiquent que les librairies indépendantes ont connu un chiffre d’affaires en hausse de 1,3 % en regard de l’année 2014, à 206,79 millions $ CA. Mieux, sur le début de l’année 2016, janvier/juin, c’est une croissance de 7,5 % qui est enregistrée, avec 90 millions $ CA. 

 

« Ce renouveau témoigne de la réaction positive du public face à la librairie indépendante, de plus en plus reconnue et encouragée. Les lecteurs souhaitent faire un choix de cœur quand vient le temps d’acquérir leurs livres », soulignent Les Lilbraires. « Entre 2014 et 2015, le milieu de la librairie indépendante a maintenu le cap avec des ventes stables, alors que les librairies à succursales et les grandes surfaces ont connu des ralentissements marqués, selon les données de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec. »

 

Autrement dit, les chaînes comme Renaud-Bray seraient moins attractives aux yeux des lecteurs. 

 

Mais ce rapprochement d’Olivieri n’empêche en rien de saluer le travail que ses fondateurs ont pu opérer au cours des 31 années d’existence. « Avec cœur et avec énergie, ils ont créé un endroit d’échanges reconnu de nombreux lecteurs. Ce lieu démontrait les valeurs qui tiennent à cœur aux indépendants : une autonomie à toute épreuve, une expertise indéniable et un service hors pair. Nous savons que leur décision ne fut pas prise de gaieté de cœur. »

 

"L'ambiance est pas mal plus optimiste"

 

Katherine Fafard, directrice de l’Association des libraires du Québec, souligne pour sa part que la librairie est un domaine vivant et réactif. « Le tiers de nos membres ont été repris par de jeunes propriétaires au cours des trois dernières années. Puis, le numérique n’a finalement pas été [aussi dommageable que nous l’avions anticipé]. Ça représente de 2 à 4 % du marché seulement. Ceux qui étaient pessimistes il y a cinq ans ont cessé de l’être », indique-t-elle à La presse.

 

Le mandat de la librairie indépendante s’articule autour de la proximité, de la diversité et du service. Chacune d’elles possède sa propre personnalité. C’est un lieu de conseil où le livre de fond est souvent mis de l’avant. Le libraire indépendant se distingue par sa connaissance et sa passion du métier, son professionnalisme, son service de qualité et son implication dans sa communauté. Les Libraires

 

 

Même son de cloche quand on sollicite le directeur général de l’Association des distributeurs exclusifs de langue française (ADELF), Benoît Prieur : « L’ambiance chez les libraires indépendants est pas mal plus optimiste aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 10 ans. C’est toujours un secteur fragile, parce qu’il s’agit de petits commerces, mais le portrait a changé. Le secteur qui connaît présentement d’importantes difficultés est celui de la grande diffusion, c’est-à-dire essentiellement Walmart et Costco. Eux sont vraiment en recul. »

 

Quant aux fondateurs d’Olivieri, ils soulignent sur Facebook : « L’entente entre Olivieri et Renaud-Bray permettra à Olivieri de continuer son projet ambitieux. L’alternative était sa disparition. Nous sommes encore en vie et nous comptons bien devenir encore plus Olivieri. Plus de livres, plus d’animations culturelles, plus de libraires. Donnez-nous un peu de temps. Nous vous demandons de nous faire confiance. »

 

Et de conclure : « Vous connaissez notre esprit d’indépendance, nous restons les mêmes. »

 

Sur l’ensemble de l’année 2016, le chiffre d’affaires total est de 250 millions $ CA pour le Québec, soit une hausse de 0,3 %. Fragile, mais résistant, assurément.