Librairie indépendante : François Fillon "n'a pas le con d'être aussi droit"

Clément Solym - 08.02.2012

Edition - Librairies - François Fillon - librairies indépendantes - TVA


Il y va fort, notre premier ministre, avec une communication directe sur la librairie indépendante. Après avoir fait passer en force une hausse de la TVA réduite, de 5,5 % à 7 %, François Fillon, dans un exercice de pantin grand-guignolesque, vient se réjouir de l'existence du Label LIR et de ses bienfaits pour la librairie. Cette même librairie qu'avec son projet de rigueur Fillon II, il a mis sur les genoux. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

 

Pour mémoire, le Label LIR permet aux librairies qui l'obtiennent de bénéficier de plusieurs avantages, notamment financiers. En outre, « cette mesure vise à maintenir un réseau de librairies de qualité dense et diversifié dans le centre des grandes villes comme dans les zones rurales, ou encore dans les petites et moyennes communes ». 

 

Depuis le 17 janvier, et après publication officielle, le Label compte désormais 538 établissements, suite aux 24 ajoutés récemment. Et à l'occasion de ses voeux, il avait également assuré que les librairies « ne disparaîtront pas ». Le monde entier en était rassuré, mais l'intervention de François Fillon laisse comme un goût amer dans la bouche des uns et des autres...  

 

Que celui qui a fait ça se dénonce et lève la main !

 

 

Ainsi donc, Matignon se fend d'une communication pour saluer lui aussi les 24 nouvelles librairies incluses dans le Label LIR. Un premier avril, on pourrait croire à la plaisanterie douteuse, mais non, après avoir mis l'édition et la librairie indépendante dans une situation des plus délicate avec cette hausse de TVA, le premier ministre sourit de toutes ses dents et déclare :

Le maintien et le développement de ces entreprises sont une des priorités de la politique du livre. Les librairies de qualité participent par leur engagement à l'aménagement et à l'animation culturelle des territoires. Mis en place en 2009 à l'initiative du ministère de la Culture et de la Communication, le label "Librairie indépendante de référence" (Lir) est accordé pour une durée de trois ans. Il a pour vocation de reconnaître, valoriser et soutenir les choix et le travail qualitatifs des libraires indépendants.

 

Sic. Sic. Deux fois sic, pour une sacrée douche froide...

 

C'est que le premier ministre a probablement oublié, ou peut-être n'a-t-il jamais été mis au courant, de toute la difficulté actuelle des librairies ? Louer le Label LIR d'un côté, et de l'autre augmenter la TVA ? Le raisonnement paraît un brin torturé. 

 

« Résumons-nous : les éditeurs imposent aux libraires des conditions commerciales insuffisantes à leur survie ; les loyers des centres-villes deviennent peu à peu inaccessibles au commerce de livres, trop faiblement rentable ; les grandes enseignes culturelles se multiplient et continuent d'exercer une forte attraction ; une partie des lecteurs se met à préférer la relation virtuelle à l'échange «charnel», intellectuel ou de simple bon voisinage ; les «tablettes» menacent d'envahir la planète Gutenberg… Et voilà que l'État profite de ce moment critique pour imposer, sans la moindre négociation, une augmentation de la TVA sur le livre de 5,5 à 7 % ! », clamait Patrick Bousquet, de la librairie Nordest. (voir notre actualitté

 

Ou peut-être même a-t-il filtré les multiples pétitions qui ont été lancées pour que le gouvernement revienne sur cette décision ? Faut-il alors lui rappeler les propos de Vincent Monadé, président du MOTif ? « Nous sommes dans une situation politique de deux poids, deux mesures. D'un côté, le gouvernement qui passe la TVA sur le livre à 7 %, en augmentant donc de 1,5 % le prix que payeront les clients de librairies. Et en face, c'est la Région qui décide d'une action concrète pour aider les libraires, en votant 250.000  € d'aides pour ces derniers. »

 

Et ce, alors que la Région Île-de-France votait un budget culture en hausse ! 

 

La mémoire courte de nos politiques...

 

Faut-il lui rappeler que le Syndicat national de l'édition s'est également lancé dans cette bataille pour réclamer, en novembre 2011, que l'on fasse machine arrière ? Et de souligner que « les modalités d'application de cette mesure doivent être rapidement arrêtées par l'interprofession, en concertation avec les pouvoirs publics. Il faut rappeler que cette mesure concerne 600.000 titres disponibles, soit des centaines de millions de volumes en librairie et dans les entrepôts des éditeurs ».

 

Le bureau de presse de Matignon se rend-il vraiment compte de la démarche éhontée et cynique du premier ministre ? 

Une étude réalisée en 2011 pour le compte du Syndicat de la librairie française (SLF) et du ministère de la Culture soulignait les menaces qui pèsent sur cette activité. On y lit notamment que « le chiffre d'affaires des librairies indépendantes a reculé de 5,4 % entre 2003 et 2010 avec un net décrochage au cours des deux derniers exercices (-2,5 % en 2009 et -3 % en 2010) », pointe-t-il dans son communiqué.

 

Ajoutant :

L'étude remarque également que « dans les plus petites structures, c'est la rémunération des dirigeants qui fait fréquemment figure de variable d'ajustement pour équilibrer les comptes ».

 

Mais enfin, monsieur le premier sinistre, n'est-ce pas un brin scatophile que de se mettre le nez dans les excréments que l'on disperse soi-même ? 

 

 

Crédit photo Flickr UMP