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Librairie : l'enjeu, “prévenir de l’arrêt de la lecture chez les adolescents”

Nicolas Gary - 26.04.2018

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#salondulivregeneve – Au rendez-vous des Assises de l’édition suisse et francophone, une table ronde de haut niveau : Pascal Vandenberghe, PDG des librairies suisses Payot et Pierre Coursières, PDG du Furet du nord. Des enseignes, certes, qui vendent des livres : des librairies comme les autres en somme ? 

 
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Pascal Vandenberghe, Pierre Coursières - ActuaLitté, CC BY SA 2.0 

 

 

Sur un marché français de 3,9 milliards €, Le Furet pèse 2 %, quand le marché suisse romand représente 200 millions CHF et 35 % pour Payot. Avec la différence que 80 % des livres vendus chez ce dernier viennent de France, et que Payot a choisi une stratégie 100 % tournée vers le livre ; le Furet, lui, opte pour 45 % de son offre tournée vers le multimédia et des produits autres que le livre. 

 

« Notre décision est de produire une offre pour créer un trafic dans les établissements, touchant des clients qui ne viennent pas pour le livre en premier lieu », indique Pierre Coursières. Or, si disque, vidéo et jeux vidéo diminuent dans leurs parts de marché, « on observe une forte résilience du livre au moins depuis les 15 années que je suis à la tête. Il faut le rappeler : en France ou hors France, nous avons des métiers remarquablement résistants ».

 

Le multiproduit, Payot le refuse « par stratégie : toute diversification se fait hors murs. Et même quand on implante Nature et découverte dans nos boutiques, c’est à travers une autre marque. Notre métier, c’est le livre ». Et un livre qui coûte cher : 40 à 50 % de plus que le prix indiqué par l’éditeur, en euros, sur les couvertures. Et nécessairement une concurrence forte, qui vient de ce qu’Amazon peut disposer, pour les clients, d’une offre avec un tarif bien plus bas. « Cette concurrence est particulièrement violente en Suisse, bien plus qu’en France », note Pascal Vandenberghe.

 

Pourtant, le territoire suisse romand représente un marché spécifique avec « deux fois plus d’achats de livres par habitant qu’en France. Nous avons un niveau de lectorat très important, ce qui fait de nous la région la plus lectrice du monde, derrière l’Islande ». En face, le Furet campe sur le territoire du Nord de la France, même si plusieurs implantations se sont effectuées dans la région parisienne. La région est possiblement plus complexe, avec une clientèle moins aisée, mais le Furet y représente 50 % de parts de marché.

 

Alors libraires ou enseignes, la question reste de savoir comment négocier avec les vendeurs en ligne. Si en France, 13 % des ventes sont opérées sur internet « ce chiffre n’évolue plus beaucoup, et si Amazon reste une sorte de référence, les usages évoluent, et l’on assiste au développement du clic and collect, une logique de réservation en ligne et de retrait en magasin qui représente 5 à 10 % des ventes du Furet ». 

 

Pour le PDG de Payot, cette pratique a toujours existé, d’autant que le public est fidèle aux lieux de la librairie. Le développement de la vente en ligne, pour ce qui le concerne, ne présente d’ailleurs pas un véritable intérêt : « Pourquoi acheter ailleurs que chez Amazon, pour les Suisses, puisque le prix de vente y est nettement inférieur ? Notre site est donc plutôt pensé pour faciliter la vie des clients, et offrir un niveau de service qui est celui que l’on apprécie dans nos magasins. » Ainsi, une dédicace d’auteur qui se déroulerait dans une autre ville, où le lecteur ne peut pas se rendre : le client peut acheter le livre, se le faire dédicacer sur place et le recevoir par la suite. 

 

Reste qu’Amazon présente, du fait de l’accord passé avec La Poste suisse, un problème réel : Pascal Vandenberghe avait déjà évoqué dans nos colonnes une distorsion de concurrence. Il évoque de nouveau des questions d’exemplarité de la société, mais plus encore pour les clients. « Quand on trouve un t-shirt fabriqué en Chine sur le marché, on s’indigne. Pourquoi on ne se pose plus la question du fonctionnement de cette industrie ? Moi, je ne vais pas tuer ma boîte en faisant des prix plus bas, pour quelques crétins qui privilégient simplement la question tarifaire. »

 

Pour Pierre Coursières, l’enjeu de demain réside toutefois ailleurs : « Nous avons des ambassadrices fantastiques avec les booktubeuses aujourd’hui, qui nous indiquent qu’un livre papier, c’est une récréation dans leur journée d’écran. Et nous y sommes : le livre n’est pas un produit pour vieux schnoques. Et surtout, nous avons collectivement, auteurs, libraires, éditeurs, ce problème de savoir comment prévenir de l’arrêt de la lecture chez les adolescents. Nous travaillons sur ce sujet, et devons travailler plus encore, tant le sujet est crucial. Imaginez que demain, dans les écoles, le numérique se développe plus fortement : comment des élèves n’ayant pas eu de livres dans les mains pourraient avoir l’envie et le goût d’en acheter par la suite ? »




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