Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Librairie : l'ensemble des sociétés Sauramps en redressement judiciaire

Nicolas Gary - 13.03.2017

Edition - Librairies - librairies Sauramps Montpellier - Montchalin SLF président - Sevestre librairies Sauramps


« Nous sommes officiellement en redressement judiciaire », indique un témoin, présent lors de l’audience. Maintenant que la responsabilité de Matthieu de Montchalin est admise par chacun, les librairies Sauramps doivent rebondir. Et faute d’un repreneur avec un dossier sérieux, c’est le redressement judiciaire qui s’est imposé.

 

Sans titre

Thomas Woodtli, CC BY 2.0

 

 

Personne, dans le Landerneau, n’a manqué les feuilletons de cette série aux improbables rebondissements. D’un côté, le comportement qualifié « sérieusement irresponsable » de Jean-Marie Sevestre, le PDG du groupe Sauramps. De l’autre, la vaine et récente tentative de l’actuel président du SLF pour se disculper dans l’échec de la vente dudit groupe.

 

Suite à son entretien dans Livres Hebdo, Matthieu de Montchalin – qui n’a jamais répondu aux sollicitations de ActuaLitté – assurait qu’il lui avait manqué un million € pour la reprise. « Mais où sont les 3,6 millions € dont il parle ? Il n’a pas répondu aux questions que les représentants du personnel lui avaient posé », s’insurge un libraire.

 

D'ailleurs, parmi les interrogations posées, celle-ci, lourde de sens :

 

Pouvez-vous nous fournir des écrits confirmant que les partenaires du repreneur (ADELC, banques, CNL, etc.) sont informés des changements de stratégie annoncés en réunion (conservation d’Alès, maintien d’Odyssée dans le périmètre du groupe, report des travaux du Triangle, conservation de l’ensemble des 140 salariés) ? Pouvez-vous nous préciser sur quelles bases ils se sont engagés, et peut-on voir leur accord de financement ?

 

 

Qui ne dit mot consent... à reconnaître n'avoir rien à dire ? « Les propos étonnants de Matthieu de Montchalin sont de toute manière démentis par avance par la lettre du 1er mars », assure un autre, proche du dossier. Dans cette dernière, les actionnaires assuraient que de Montchalin « n’avait rien, et que 2,5 M€ “suffisaient” puisqu’ils appelaient alors Benoît Bougerol au secours pour ce montant, validé par tous ceux qui connaissent le dossier ».

 

Dans ce courrier, consulté par ActuaLitté, les actionnaires faisaient en effet une tentative de rapprochement, in extremis, soulignant que « Monsieur Matthieu de Montchalin n’a pas apporté les justifications de sa capacité à pouvoir assurer tant le financement de son projet de reprise que la réalité formelle des cessions de titres envisagés avec une partie des actionnaires du groupe Mosaique ». En somme, les moyens manquaient cruellement : le temps ne semblait pas faire grand-chose à l'affaire.

 

« Personne n’a vu les lettres de l’Adelc à Montchalin, alors que celles qui soutenaient Bougerol, y compris pour les banques, ont été présentées. Et 150 salariés sont en danger par sa faute et celle de Sevestre. Livres Hebdo aurait dû publier la lettre du 1er mars où il démentait les propos de Montchalin... 10 jours avant. »

 

D’autres ne supportent toujours pas que le Syndicat de la librairie française, par la voix de son Directoire, ait pris ouvertement position. « Pourquoi le SLF s’engage-t-il en tant que syndicat dans la défense des intérêts privés de son président ? » Ou encore : « Un membre du Directoire du SLF est également salarié de Sauramps : peut-on être de la sorte juge et partie, sans que cela n'interroge ? »

 

« J’espère que le SLF saura se ressaisir sous d’autres gouvernances » (Christian Thorel) 

 

Jusqu'au bout... et de toute manière...

 

« Toutes les sociétés du groupe Sauramps sont sous le coup d’une cessation de paiement. Il n’y aura finalement pas d’exception, avec la perspective d’un plan de sauvegarde comme cela avait pu être envisagé. » Et avec les sociétés, les 140 employés qui allaient depuis quelques semaines de Charybde en Scylla.

 

Désormais c’est la promulgation de l’appel d’offres qu’il faudra attendre. Le tribunal doit en effet valoriser l’entreprise – avec un inventaire des stocks et une évaluation globale. Cette période devrait s’achever entre fin mars et début avril, avec la promulgation de l’appel d’offres. Ce qui n'empêche en rien les établissements de rester ouverts durant toute la période à venir : horaire et accueil seront assurés.

 

À Montpellier, c’est une autre sidération qui a pu frapper les personnels. « Jean-Marie Sevestre s’est vu demander par le président du tribunal d’expliquer la situation de Sauramps. Il n’a pas vraiment fanfaronné », nous indique-t-on.

 

Quand on lui pointe la situation commerciale de la librairie Odyssée, faussement accusée de tous les maux, il n’en dit pas plus. Examinant les bilans, le président du tribunal a pointé que Le Triangle perdait en effet de l’argent depuis plusieurs années – alors qu’Odyssée dégageait, hors dettes d’emprunt liées à l'ouverture, un résultat non négligeable.

 

Tout cela était connu, et, puisque la mise en redressement judiciaire devait se faire dans les délais les plus brefs, la rencontre de ce matin était cruciale. « Que Sevestre arrive en retard au tribunal, et ne se présente pas à la délibération, c’est la cerise sur le gâteau. Quelle implication de sa part ! »