Librairie : la circulation du livre "crée une appétence pour la lecture"

Antoine Oury - 16.10.2015

Edition - Librairies - eibf libraires - Jean-Luc Treutenaere - Foire de Francfort


À la Foire de Francfort, l'EIBF, fédération internationale et européenne des libraires, a de nouveau évoqué un de ses principaux combats, l'interopérabilité des livres numériques. Une avancée technologique qui permettrait notamment de priver Amazon de son système propriétaire Kindle, un de ses plus redoutables atouts commerciaux. Jean-Luc Treutenaere, directeur des relations extérieures de Cultura et membre du triumvirat à la tête de l'EIBF, a évoqué avec nous deux autres aspects de l'avenir des librairies. 

 

Jean-Luc Treutenaere (EIBF) - Frankfurt Buchmesse 2015

Jean-Luc Treutenaere, à la Foire de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Outre l’interopérabilité, regardée avec envie depuis plusieurs années déjà, un autre nouvel espoir avait vu le jour outre-Rhin pour réconcilier librairie et livres numériques : la solution Tolino, qui rassemble plusieurs acteurs « traditionnels » du monde du livre allemand et des opérateurs téléphoniques. « Tolino est une très bonne solution, une belle réussite : outre le fait qu’elle dépasse largement les frontières de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Suisse, son premier marché, pour aller en Italie ou en Hollande, leur positionnement semble durer face à Amazon », reconnaît Jean-Luc Treutenaere.

 

« Mais Tolino fait figure de quasi-exception : aujourd’hui, il n’y a pas vraiment d’alternatives crédibles à l’environnement Kindle, suivi par Kobo », poursuit Jean-Luc Treutenaere. Dans cette perspective, l’adoption de la plateforme au niveau européen est-elle envisageable ? « Cela aurait certainement du sens d’avoir une plateforme européenne, étant donnés les investissements nécessaires pour créer et animer une plateforme numérique. » 

 

Mais « je ne sais pas si la solution d’un système très intégré, qui est une vraie réussite aujourd’hui, sera un système pérenne demain », explique Jean-Luc Treutenaere. « Je pense personnellement que la lecture numérique va glisser de la consommation dans un écosystème fermé avec une liseuse dédiée à une consommation plus variée, sur smartphones et sur tablettes, avec un recours aux applications. » L’interopérabilité reste donc la panacée, pour que la librairie puisse réellement s’emparer du numérique. 

 

Par ailleurs, l’adoption de la solution Tolino en France avait été évoquée, puisque la solution MO3T, portée par Orange en France, ne donne plus vraiment de signes de vie. Mais les conditions d’accès à Tolino n’étaient pas vraiment abordables par les libraires français, nous expliquait Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la Librairie française.

 

Outre les plateformes qui dominent la vente de livres, d’autres acteurs issus du numérique font leur apparition, et agissent de manière « disruptives » sur la chaîne du livre traditionnelle : Tom Kabinet propose la revente d’ebooks aux Pays-Bas, Booxup met en relation, via une application, des lecteurs pour qu’ils partagent leurs livres. « Les consommateurs sont parfois eux-mêmes surpris par ces propositions qu’on leur fait, mais l’application Booxup est intéressante, car elle éclaire sur les attentes des consommateurs, et je pense que les libraires doivent être très attentifs à ces attentes. »

 

« Par exemple, l’abonnement est un sujet, et les libraires ont tout intérêt à s’en préoccuper, non pas pour bloquer les initiatives, mais pour trouver la meilleure façon d’être impliqués. Car le pire serait que le libraire ne soit plus du tout dans cette notion de médiation entre un livre qui arrive d’une filière édition-imprimerie jusqu’au consommateur », souligne Jean-Luc Treutenaere.

 

La création de circuits parallèles à la sphère marchande peut même bénéficier aux commerçants : « Nous savons bien qu’un livre circule : lorsqu’il plaît, on le prête, et cela crée de l’appétence pour la lecture. Le libraire n’est pas contre le prêt, ou les bibliothèques : il cherche le moyen pour répondre le mieux possible aux aspirations des consommateurs. »