Librairie : la Voix au Chapitre de St Nazaire en cessation de paiement

Clément Solym - 07.09.2012

Edition - Librairies - La Voix du Chapitre - Saint-Nazaire - Gérard Lambert-Ulmann


Depuis 1994, La Voix au Chapitre faisait partie des rares librairies indépendantes du centre-ville de Saint-Nazaire. Elle est aujourd'hui menacée de fermer dans les prochaines semaines. Son fond s'épuise et ses principaux fournisseurs tels que Hachette, la Sodis, Volumen, Interforum et Harmonia Mundi ont été obligés de bloquer les comptes. Gérard Lambert-Ulmann était le seul à gérer la boutique, après avoir été contraint de se séparer de sa dernière employée. Son chiffre d'affaires qui stagne à environ 100 000 euros depuis quelques années est aujourd'hui insuffisant pour renouveler le stock.

 

 

 

 

La librairie avait pourtant son noyau de 300 lecteurs, mais malgré leur fidélité, ils finissent par  s'approvisionner ailleurs : « 300 personnes dans une ville de 70.000 habitants cela ne pèse pas bien lourd » explique-t-il. « Les passionnés sont surtout des petits jeunes qui voudraient bien réinvestir dans la librairie, mais dans une situation de crise, ils finissent toujours par renoncer devant les nombreuses difficultés ». Les finances ont raison de leur passion.

 

« Il existe à Saint-Nazaire une seule autre véritable librairie indépendante, Sac à Papier, spécialisée dans la BD, qui se trouve également en difficulté », mais qui pourrait venir à leur secours ? Il y a deux ans, il espérait pouvoir compter sur le soutien d'un portail des libraires du Pays de la Loire. Mais l'association LIP à l'origine du projet n'existe plus aujourd'hui, et « tout a capoté », précise-t-il à ActuaLitté.

 

18 ans passés sur le fil du rasoir

 

Pour la librairie en cessation de paiement, cette rentrée 2012 n'a rien d'une vrai rentrée littéraire, les rayons sont top peu achalandés. Gérard Lambert-Ulmann refuse pour l'instant l'idée de sa fermeture : « Il faut résister et cela passe par un appel au secours » comme le rapporte ouest-France. La fermeture du magasin « ne sera pas un choix » affirme-t-il. Et vitrine du magasin, Gérard Lambert a affiché un extrait de la pièce Fin de partie, de Samuel Beckett. Âgé de 63 ans, il revient sur son parcours « 18 ans à se demander quand il faudra mettre la clef sous la porte. Et bien, aujourd'hui la réponse semble se préciser ».

 

Mauvais calculs ? « Se perdre en calculs de trésorerie : est-ce que j'ai les moyens de commander ça ? Est-ce que je peux me payer plus qu'un demi-SMIC ? Essayer de faire le tri dans les milliers de titres publiés chaque année, à pester contre les erreurs de commande, les retards de livraison, et les colis perdus. Négocier des reports d'échéances et essayer d'empêcher que le compte soit bloqué, à supplier les chefs comptables des fournisseurs, implorer les banquiers. » Cela devient fatigant à l'usure.

 

18 ans d'incertitudes et pourtant la volonté de se continuer la « bataille au couteau » qui n'allait pas sans une concurrence des grands distributeurs. « À l'heure actuelle, les patrons de Cultura doivent jubiler devant cette nouvelle ». L'ouverture de Cultura et de Forum, en 2002 et 2003, l'avait mis en difficulté, car son chiffre d'affaires avait baissé de 40 %. Depuis La Voix du Chapitre ne s'est jamais remise. Et les problèmes n'arrivent jamais seuls pour le libraire qui affirme avoir connu « une forte baisse de fréquentation, concurrence croissante des ventes “en ligne” et des travaux compliquant l'accès au centre-ville et une augmentation constante des charges ».

 

«Le retour de la TVA à 5,5 % en janvier est dérisoire»

 

« C'est déjà trop tard et cela reposera les mêmes problèmes que par le passé », souligne le libraire. Ironie du sort, tous les problèmes sont finalement réglés : « La librairie n'a plus de difficultés de trésorerie puisqu'il n'y a plus de trésorerie du tout, dans l'impossibilité de payer les fournisseurs, les charges sociales, les impôts, les agios bancaires, le salaire et tous les fournisseurs. [...] Elle ne peut plus commander de livre ».

 

Une librairie « sous perfusion », puisque les amis sont plusieurs fois venus à sa rescousse « Il est vrai qu'à chaque fois, un bon nombre d'amis de la librairie ont sympathiquement versé au pot pour l'aider à ne pas mourir. Ça a fait chaud au cœur et redonné de l'énergie pour continuer. Mais ça n'a servi qu'à faire reculer la menace, pas à résoudre le problème. Je n'ai plus le courage de la tenir à bout de bras au prix d'une usure croissante de mes nerfs et de ma passion». 

 

Des souscriptions avaient par ailleurs été lancées auprès des lecteurs, sous la forme d'avances remboursables permettant de passer les caps difficiles. Ainsi, un dernier espoir subsiste « fort mince » dit-il, pour que « quelqu'un veuille reprendre le flambeau.» Mais le repreneur devra se déclarer très vite.