Librairie : les tarifs postaux, frein au développement de la vente en ligne

Nicolas Gary - 22.05.2015

Edition - Les maisons - librairie internet - vente distance - frais postaux


Au 1er janvier 2015, La Poste a appliqué de nouvelles conditions tarifaires, qui ont impacté directement le milieu du livre. Or, la question des frais postaux, présentée par le Syndicat de l'édition à ses membres n'est pas un enjeu propre aux maisons. Le Syndicat de la librairie française, sollicité par ActuaLitté, explique comment ces réflexions concernent tout autant le métier de libraire.

 

Citroën Berlingo de La Poste

Jean-Pierre, CC BY SA 2.0

 

 

Jusqu'à lors, les maisons profitaient d'une tolérance de la part de La Poste, et faisaient parvenir les ouvrages à la presse en appliquant le tarif Lettre. « Les libraires étaient déjà passés au tarif Colisimo, désormais en vigueur quand on doit envoyer des livres, bien avant les changements tarifaires opérés en janvier », nous précise Guillaume Husson, délégué général du SLF. 

 

Des tarifs, comme nous avions pu l'observer, qui passent du simple au double, selon le tarif Lettre ou Colisimo. Le changement ne concerne cependant pas tous les livres, systématiquement : juste les plis dont l'épaisseur dépasse 3 cm. Dès lors, un ouvrage grand format traditionnel devra se voir appliquer un prix plus élevé.

 

Le SNE est entré en négociations avec La Poste, mais a besoin de déterminer ce que peut représenter le volume de livres expédiés tant par voie postale, et qu'avec d'autres moyens de transport, pour disposer d'éléments à mettre dans la balance. On le comprend : si les ouvrages expédiés en service de presse, ainsi que ceux envoyés aux particuliers, dans le cas de vente à distance ne représentent qu'une part minoritaire, La Poste aura moins de problèmes à accepter une tarification réduite.

 

Pourtant, si le problème rencontré est le même, pour les éditeurs et les libraires, Guillaume Husson note que les répercussions diffèrent. « Tout d'abord, seuls les libraires les plus importants parviennent à négocier des tarifs sur le prix des Colissimo. Même avec ces négociations, les tarifs restent prohibitifs. Soit les libraires répercutent ces frais de port et ils ne sont pas compétitifs par rapport à Amazon, soit ils rognent sur leurs marges et se retrouvent vite déficitaires… D'où l'importance d'un tarif postal adapté à l'envoi de livres par les professionnels. »

 

Le coût des frais de port sera en effet tel, qu'à moins d'avoir un panier de plusieurs dizaines d'euros, il sera impossible de ne pas perdre sa marge – et donc de vendre à perte. « Si les éditeurs parviennent à obtenir un tarif spécifique pour leurs services de presse, il n'y a aucune raison pour que les libraires n'en profitent pas », note le délégué général. 

 

On le comprend bien : un éditeur qui réalise de la vente à distance devient libraire, d'une certaine manière. Et dans ce cas de figure, profiter de tarifs spécifiques, auxquels la librairie n'aurait pas accès représenterait une concurrence pas franchement appréciable.

 

Avec des frais de port trop importants, il est difficile pour les libraires de se développer sur le commerce en ligne, et la vente à distance. « S'ils doivent perdre de l'argent, il est difficilement envisageable de développer cette activité de vente en ligne alors qu'elle est celle qui croît le plus fortement actuellement. Et la Poste aurait intérêt à ce que les libraires la développent et fassent du coup davantage appel à ses services. » La rentabilité du métier de libraire, particulièrement faible, implique de pouvoir disposer de solutions vertueuses. « Même sur des paniers importants, l'équilibre n'est pas évident. » 

 

Pour l'heure, les discussions se poursuivent, nous indique le SLF, et le ministère de la Culture est également au plus proche du dossier.