Librairie : Mme Filippetti 'nous espérions plus d'armes contre Amazon'

Nicolas Gary - 07.10.2013

Edition - Librairies - Aurélie Filippetti - librairies - gratuité des frais de port


Jean-Philippe Delvaux et Yves Grannonio sont libraires, respectivement à Provins (Librairie Delvaux) et Brie-Comte-Robert (La librairie du Château), tous deux situés en Seine-et-Marne. Suite au vote, à l'Assemblée nationale, de la loi concernant l'interdiction du cumul de la gratuité des frais de port et de la remise de 5 % sur la vente de livres par internet, ils se sont décidés à écrire à la ministre. Juste comme ça.

 

 


Aurélie Filippetti à l'Assemblée nationale

 

 

Jean-Philippe Delvaux, contacté par ActuaLitté déplore que « l'intervention de la Majorité a rendu la loi plus complexe. Mme Filippetti a voulu proposer mieux que la Proposition de loi portée par MM. Christian Jacob et Guy Geoffroy. Mais le mieux est dans certains cas l'ennemi du bien ». En l'état, le texte présenté doit encore être relu par le Sénat, et n'est pas encore arrivé à sa version définitive.

 

« Maintenant notre espoir réside dans le Sénat qui pourrait à son tour proposer un amendement du type : "le coût des frais de port offerts ne pourra dans tous les cas dépasser 5% de la valeur du livre vendu" afin que la loi puisse retrouver son objet initial qui était d'empêcher la vente à perte de livres et le contournement de la loi Lang en offrant les frais de port », précise le libraire.

 

Car de toute manière, la concurrence se joue sur d'autres terrains : « A Provins, où 75 % de la population vit à la campagne, il est plus intéressant de commander sur Internet et de recevoir ses ouvrages directement dans la boîte à lettres. Ce n'est pas pour rien que les principaux défenseurs d'Amazon habitent en campagne : c'est une question de commodité. »

 

Précisons qu'au cours du vote de la loi, le 3 octobre, l'UMP s'est abstenu sur l'amendement du gouvernement, qui modifiait complètement le texte, et n'a finalement voté que la loi, dans son ensemble, ne pouvant s'abstenir sur un texte proposé par leurs soins, dans le cadre de la niche parlementaire.

Nous reproduisons ici la lettre ouverte à la ministre de la Culture :

 

Madame la Ministre,


Le projet de loi proposé par nos députés Christian Jacob et Guy Geoffroy visant à interdire de pratiquer la gratuité des frais de port pour la vente en ligne de livres avait allumé chez les libraires de France un immense espoir. En effet, la pratique de dumping pratiquée par Amazon qui consiste à vendre à perte en offrant les frais de port pour détruire la concurrence des librairies indépendantes fait que, incapable de faire face à une concurrence aussi déloyale, la librairie indépendante est menacée à court terme de faillite.


Une telle loi aurait, à n'en pas douter, enrayé l'hémorragie dont est victime la profession. Il suffisait à la majorité de créer l'union sacrée autour des libraires en la votant ou en l'améliorant.


Au lieu de cela, vous avez fait passer une loi à minima qui, si elle est un moindre mal, ne résout pas le problème.


Cette loi « fromage ou dessert » consiste à laisser au vendeur de livres sur internet le choix d'offrir soit les 5 % de remise légale, soit les frais de port gratuits. Nul doute que le géant américain va opter pour la mesure la plus populaire et la plus avantageuse pour le consommateur, la gratuité des frais de port.

 

Non seulement cette loi ne va faire revenir aucun internaute dans les librairies, mais en plus elle va faire perdre du pouvoir d'achat à l'acheteur tout en augmentant mécaniquement de 5 % les bénéfices d'Amazon. C'est du perdant-perdant : vous n'aidez pas les libraires, vous appauvrissez le lecteur et enrichissez une entreprise qui pratique l'évasion fiscale et détruit en France plus d'emplois qu'elle n'en crée. Nous espérions que vous nous donneriez la possibilité de nous battre à armes égales avec ce Goliath de la vente en ligne. Cette égalité des chances, vous nous la refusez pour un motif qui nous échappe : politique politicienne, influence des lobbys, méconnaissance du dossier ? Qu'importe ! Qu'elle soit de gauche ou de droite, quand une idée est bonne, quand l'intérêt général est en jeu, le devoir du politicien est d'y souscrire.


Gageons que nos sénateurs s'en souviendront.