Librairie ouverte, bibliothèque fermée ? Des imbéciles et des livres...

Auteur invité - 20.04.2020

Edition - Bibliothèques - bibliothèque service public - public coronavirus santé - personnels livre prêt


Rouvrir les librairies n’est pas une question : seul le comment, dans le respect des mesures sanitaires, importe — et quelques considérations économiques : comment payer les charges, faire revenir les salariés, accueillir les clients ? En marge d’une tribune signée par Jeanne Marchiset, libraire à Dorlisheim (Bas-Rhin), une ancienne responsable de médiathèque intervient.


La mission de service public de ces dernières, que n’a pas la librairie, n’a pas vocation à prendre tous les risques. Si la fermeture des établissements de prêt est actée jusqu’au 11 mai, qu’en sera-t-il par la suite. Sandrine Maliver-Perrin a connu la librairie et la médiathèque : elle pose ici quelques réflexions essentielles ici, qui accompagnent celles de Jeanne Marchiset.
 
Mais sa consoeur fait écho à une crainte que l’on résumerait ainsi : « Nous avons la fâcheuse impression que sous couvert de défendre le livre et l’accès à la lecture, il s’agit seulement pour notre gouvernement de relancer l’économie quitte à nous mettre en danger. »

Bibliothèque Robert Desnos Montreuil
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo d'illustration)
 
 

Des imbéciles et des livres


À l’heure où les débats concernant la réouverture des librairies font rage, la libraire et responsable de médiathèque que j’ai été s’interroge. Depuis des semaines déjà, les Français — anonymes, sociologues, journalistes, politiques, professeurs d’IUT métiers du livre — semblent soudain ne pouvoir concevoir leur vie sans lecture. Mazette, cinq semaines à peine loin des rayons d’une librairie et voilà notre pays devenu une nation de lecteurs compulsifs, ne pouvant supporter d’être privés quelques semaines de lectures quotidiennes ! 

Chacun y va ainsi de son message aux libraires, leur demandant d’être plus militants que jamais en ces temps difficiles, brandissant l’étendard de la lecture vecteur de culture, d’éducation, d’évasion, de réconfort, que sais-je encore. Et la professionnelle que je suis depuis 25 ans est intimement convaincue qu’un livre est tout cela à la fois. 

Mais QUID du rôle des médiathèques et des bibliothécaires dans ce débat ? Comment se fait-il que, parmi toutes les voix qui s’élèvent, dont celle de nos gouvernants et de notre ministre de la Culture, aucune n’ait ne serait-ce qu’évoqué le rôle essentiel des bibliothèques dans cette période de crise ? Ces mêmes bibliothèques dont la mission principale est pourtant le fameux service public et dont on vous demande de connaître par cœur les dizaines de missions quand vous passez les concours… 

Rappelons que la France possède environ 16.000 bibliothèques publiques, dont certaines sont remarquablement équipées : les abonnés ont la chance de pouvoir y trouver les dernières nouveautés, des collections riches et diversifiées pour tous les publics, des automates de prêt, des boites de retours, un personnel qualifié pour les guider et conseiller. Par ailleurs les livres, recouverts de papier collant, sont régulièrement nettoyés et désinfectés, ce qui n’est guère possible en librairie. 

Je m’interroge donc, disais-je, sur ce paradoxe et tant d’absurdité. 

Pourquoi donc personne ne pense-t-il à ce que pourraient apporter nos bibliothèques, ni ne se dresse pour exiger leur réouverture, alors qu’on imagine celle des librairies possible et qu’on la présente comme indispensable ? Est-ce à dire que les libraires sont plus utiles que les bibliothécaires ? Je n’en crois rien, pour avoir été les deux avec la même passion. Mais les libraires, eux, rapportent, quand une carte d’abonné est souvent gratuite ou quasi. C’est là toute la différence… 

En clair, je ne suis pour la réouverture ni des librairies ni des médiathèques, bien évidemment, car il me paraît bien dangereux d’imposer aux professionnels du livre de faire face aux lecteurs et aux livres sans un minimum de précautions.

Mais cessez donc de prendre les gens du livre pour des imbéciles, Messieurs les politiques, et grands penseurs.
 


Commentaires
Fallait-il laisser ouvertes les librairies ? C'est la question que se posent un grand nombre d'acteurs de la chaîne du Livre, en présentant la librairie comme un commerce indispensable en ces temps de confinement.



Involontairement ou subtilement pour ne pas froisser les acteurs du Livre, Christian Thorel, un des plus grands libraires de France, donne sa réponse dans le journal Libération de ce samedi 2 mai, à travers un billet titré "Ranger sa bibliothèque, c'est une forme d'oxygenation"
D'une part, le virus peut persister jusqu'à neuf jours sur le plastique (voir les couvertures des livres de bibliothèque). Le public des bibliothéques n'est pas comparable à celui des musées : beaucoup d'enfants, y compris des tout-petits, de personnes qui s'y retrouvent pour discuter, de personnes âgées ou à la santé fragile... Des solutions comme le drive permettent d'attenuer ces risques.

Les boîtes à livres partent d'une bonne intention mais attention à la contamination : quand vous y prenez un livre, vous ne savez pas si une personne, une heure avant vous, ne l'a pas manipulé avant de choisir le sien, ou si ce n'est pas un livre que quelqu'un vient de rapporter de chez lui. Aucun contrôle puisque c'est en libre service.
Je remarque que lorsque je lis des discussions à la fin d'articles ou dans les forums, qu'importe les sujets, les gens qui réagissent sont d'une extrême agressivité les uns envers les autres. Il y a de l'arrogance, du mépris, le besoin de se justifier c'est vraiment dommage.



A titre personnel j'ai été très heureuse d'aller en librairie cette semaine et de contribuer à ma petite échelle à l'économie locale, et le fait d'acheter des livres n'est pas un gros mot. J'ai un vrai soucis de soutenir les TPE de ma ville de province car ce que les entrepreneurs proposent notamment les libraires c'est aussi avec leurs cœurs, ce n'est pas seulement une question d'argent c'est la possibilité de donner du sens à leur travail avec le risque de se retrouver sur la paille. Toute mon enfance je me suis nourris des lectures de la bibliothèque municipale et dès j'ai pu avoir la possibilité de m'offrir des livres neufs ou de seconde main je l'ai fait.



Mes propos n'ont rien à voir avec le covid 19 autour de la manipulation des livres ou des gestes barrières. Je trouve juste que c'est usant de lire des propos moralisateurs de part et d'autres alors que cet espace pourrait être un lieu d'échange même s'il y a des désaccords. L'ambiance que dégage cette discussion depuis mon dernier message reflète vraiment ce que j'aperçois des réseaux sociaux en général. Sur n'importe quels sujets les gens trouvent le moyen de se fustiger et de décrédibiliser des propos qui sont contraires à leurs propres idées.
MERCI Sigalith (message du 16 mai) de dénoncer cette agressivité excessive et fatigante qui d'ailleurs est une constante sur le web !

Y compris sur nos espaces de discussion offerts par ActuaLitté,qui souvent attirent tout de même des contributions informatives donc intéressantes.

On n'est pas d'accord sur tout,c'est normal.

On a le droit d'exprimer son point de vue mais de manière courtoise ou simplement assertive et compréhensible.

Le venin et le vitriol sont à bannir autant que possible,comme la mauvaise foi (des denrées avariées qui envahissent trop les étals de nos propos en ligne).

Et cela quelle que soit notre opinion sur quelque sujet que ce soit.

J'adhère sans réserve à votre contribution !

CHRISTIAN NAUWELAERS
DANS les petites bibliothèques de quartier,il n'y pas 36 000 personnes qui lisent les livres. Il faut s'organiser autrement. Plus de livres,et de journaux à emprunter chez soi, moins de monde dans la salle de lecture, regulariser le nombre de personnes dans les couloirs et l'espace, et ouvrir les bibliothèques plus d'heures, afin que le nombre de lecteurs diminue chaque heure.



Comment travailler chez soi sans avoir la possibilité de s'en servir de la bibliothèque nationale, ou des archives nationales ? Depuis janvier 2020, d'abord avec les grèves, et ensuite avec le virus, il est impossible de venir régulièrement dans ces lieux.

La Bibliothèque nationale peut être ouverte plus tard comme c'est le cas dans nombreux pays : Etats-Unis, Canada, Allemagne, Suisse etc

Les lecteurs sont espacés sur les grandes tables et dans les salles de lectures et il ne doit pas y avoir de problèmes. Il n'y pas des milliers de lecteurs dans ces lieux.

Pour les archives nationales, c'est la ligne de metro 13, qui plus problématique que le batiment. A l'intérieur des archives, encore une fois il y pas beaucoup de monde, les gens sont espacés pour le contrôle de vols de documents, alors il faut juste que les archives ne ferment pas à 16H30 mais à 20H30 , et cela sera bien pour tout le monde.

Dans les bibliothèques universitaires, le problème c'est qu'il ya plus d'étudiants, alors là aussi permettre plus d'emprunter des ouvrages, ouvrir la bibliothèque plus d'heures , tardivement jusqu'à 22H par exemple, alors tout le monde aura le temps de venir, et il y aura moins de foule.



On ne pas tout lire sur Internet, et beaucoup de documents d'époque de 1940-1944, sont consultables seulement dans les archives, ainsi que les ouvrages de référence concernant cette époque. Il est illusoire que l'on peut avoir tout sur Internet.

Sans parler du fait que si on veut imprimer, on manque actuellement de cartouche HP pour les imprimante et du papier.



YOYO rolleyes
Cher monsieur Rondo, pour information, les salles de lecture de la Bibliothèque nationale de France (la Bibliothèque nationale n'existe plus depuis plus de 20 ans), sont ouvertes jusqu'à 20h. Puisque vous souhaitez co de nos collègues à l'étranger, la plupart des salles de lecture de la Library or Congress ferment à 17h
1)Plusieurs bu ferment deja a 22h. 2)Avec quel pognon comptez vous elargir les horaires d'ouverture alors que toutes les bu sont en coupes budgetaires severes depuis 2 ans? 3)ouvrir plus n'etale pas les visites, ca fait juste que les etudiants restent travailler sur place plus longtemps.

La question de l'impression est un faux pb, il n'y a pas de penurie d'encre et de papier. On pourrait imaginer de faire des numerisations a la demande pour les chercheurs qui en ont besoin.
Comme dans les librairies et dans tous les commerces, nous pouvons tout à fait mettre en place en bibliothèque un système de retrait des livres suite à une commande en ligne ou par téléphone de nos lecteurs, en respectant les règles sanitaires bien sûr.

Concernant les retours, nous réfléchissons à un circuit spécifique et à une quarantaine des livres pendant 7 jours avant que nous nous en occupions et qu'ils réintègrent leur rayon.

Il nous faut nous adapter en bonne intelligence, mais pour cela nous attendons l'autorisation de notre ministre de la Culture.

Un bibliothécaire des Côtes d'Armor
"Concernant les retours, nous réfléchissons à un circuit spécifique et à une quarantaine des livres pendant 7 jours avant que nous nous en occupions et qu'ils réintègrent leur rayon."(pour les bibliothèques)

Pour les les librairies à une moindre mesure selon sa taille le problème se pose aussi pour la réouverture. Les clients manipulent plusieurs livres, les feuillettent, butinent... et pour autant n'achètent pas tous les livres qu'ils ont touchés. Comment faire, les suivre pas à pas et désinfecter derrière? Moins évident que pour des retours bibliothèque)

Le debat et la problématique sont complexes et je rejoint cet article. Pourquoi tant de débat et polémique sur les librairies et pas sur les bibliothèques?
Et quid des bibliothèques municipales des villages généralement gérées Uniquement par des BÉNÉVOLES ?
Qui plus est des bénévoles souvent âgés de plus de 65 ans... ce qui est mon cas Sans masques, gel hydroalcolique...etc comment envisager de retourner travailler ? Pourtant ça me manque...
Tout a faut d'accord. Pour celles-ci le service même s'il se résume a 1 étagère, est très important, le prêt surtout! Il existe des zones blanches dans les petits villages qui meme si ils peuvent y avoir accès a toute l'offre d'accès à la lecture et la connaissance, mais par leur abonnement au réseau, ne peuvent pas et le bon vieux prêt du livre papier reste important.
Bravo Mme Maliver pour cette tribune que je partage entièrement ! En lisant les commentaires je m'aperçois qu'elle est mal comprise, et c'est dommage ! En effet, l'empressement de tous à vouloir la réouverture des librairies est bien-entendu uniquement économique et non pas par nécessité impérieuse de lecture...
Incroyable !

Cette personne appelle donc de ses voeux un pays sans librairies ni bibliothèques (fermées donc comme absentes) sur le site ActuaLitté ?

Mais QUID de tous les commerces et activités professionnelles où les professionnels et professionnelles sont en contact avec des usagers ?

Fleuristes, opticiens, cordonniers, coiffeurs, pâtissiers, fromagers,magasins de vêtements, de chaussures,de téléphonie, d'articles de sport, ateliers de couture et réparations, quincailleries, garagistes etc. etc. ?

Marchands ambulants ou non sur des marchés ?

Et...les médecins généralistes et spécialistes ainsi que les dentistes,ophtalmos,gynécologues,psychiatres etc. qui doivent retrouver des patients atteints d'autres maux que le coronavirus ?

Tout le monde va raisonner comme cette contributrice:on ferme tout, on arrête tout par terreur du coronavirus et on coule à pic ?

Cette chronique est aberrante selon moi.

J'attends avec une immense impatience la réouverture des librairies et bibliothèques à Bruxelles,dont je suis un grand usager au quotidien.

Et cela me manque très fort,n'en déplaise à cette autrice invitée !

Il faut respecter les précautions d'usage à commencer par la distanciation...

Autant que possible.

Mais que la vie reprenne enfin dans cette ville morte,y compris pour les cafés,tavernes et restaurants...

Si on veut vivre avec zéro risque, on reste confiné chez soi jusqu'au confinement éternel !

Là je pense qu'il est temps de passer à l'étape suivante,enfin...!
Bonsoir,

Je pense que cet article met en exergue le fait que le problème de confinement ait problématique pour les librairies à cause de l'économie du circuit du livre et du risque de fermeture définitive de petites librairies indépendantes à l'issue de la pandémie. Les médiathèques et bibliothèque propose le même contenu presque gratuitement mais ne sont pas des entreprises qui risquent de péricliter dans les mois à venir.

Cordialement.
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