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Librairie : Taxer les ventes internet... et à quand une remise équitable ?

Clément Solym - 21.03.2012

Edition - Librairies - librairie indépendante - Frédéric Mitterrand - ventes en ligne


Information ActuaLitté : Taxer. L'idée ne date pas d'hier, mais une fois encore, l'idée d'apporter son soutien à la librairie indépendante fait son chemin. Le ministre de la Culture, à l'occasion du Salon du livre, a dévoilé les projets que sa mission avait eus pour assurer une lutte équitable entre marchands en ligne et librairies indépendantes. 

 

Parmi les pistes, celle donc d'une taxe de toute commande de livres, passée ou non sur internet, afin de constituer une cagnotte destinée aux indépendants. Une sorte de fonds de solidarité, qui faisait écho à la demande du Syndicat de la librairie française que de « créer un fonds interprofessionnel destiné à accroître significativement les aides aux librairies indépendantes, au niveau de leur trésorerie et de leur exploitation ». (voir notre actualitté) Défenseur des librairies, Frédéric Mitterrand avait d'ailleurs mis un point d'honneur à ne pas se rendre sur le stand d'Amazon, présent au Salon du livre, avec un délicieux sarcasme à la bouche. 

 

 

 

On se souviendra également que parmi les mesures à mettre en place, Aurélie Filippetti, la dame culture de François Hollande souhaitait instaurer une taxation des vendeurs en ligne. « Nous réfléchissons à la possibilité de mettre à contribution les sociétés comme Amazon qui ne vendent qu'en ligne. Elles ne peuvent avoir le même traitement que des libraires ou des disquaires qui ont un fonds de commerce et supportent des charges beaucoup plus lourdes. » Un projet que le président du Centre National du Livre, Jean-François Colosimo avait poussé plus en avant, en estimant qu'une autre taxe, sur les fournisseurs d'accès à internet, cette fois, pourrait tout à fait jouer dans le sens d'une aide à l'industrie du livre. (voir notre actualitté) 


Des remises équitables, selon les uns et les autres

 

Cependant, avant de taxer - et pourquoi pas - certains s'interrogent. Ainsi, Renny Aupetit, du réseau Librest s'adresserait plus volontiers aux distributeurs. « Il faudrait leur demander, à ceux qui souhaitent instaurer une taxe sur les vendeurs en ligne, pourquoi il ne pratiquent pas une politique commerciale différenciée, entre les vendeurs en ligne et les librairies indépendantes. En opérant un traitement différent sur les remises accordées aux uns et aux autres, on aurait déjà une initiative intéressante. »

 

Guillaume Husson, secrétaire général du SLF, sollicité par ActuaLitté, considère cette hypothèse comme l'une des solutions possibles. « Bien sûr, il existe un travail qualitatif réalisé par les libraires indépendants qui est très distinct de ce que proposent les vendeurs en ligne. Ce n'est pas le même travail, ce ne sont pas non plus les mêmes charges, évidemment. » Mais on ne peut s'arrêter à ce simple, quoiqu'évident, constat.

 

« La librairie a aujourd'hui besoin de moyens supplémentaires. Le travail de la mission sur l'avenir de la librairie a été de réfléchir à la façon de doter un fonds de soutien. Plusieurs manières d'aborder ce projet ont été avancées, mais l'objectif est bien de dire qu'il faut de nouveaux moyens au service de la librairie. Pour l'instant, les modalités ne sont pas fixées, mais je pense que le principe avance bien que de doter un fonds pour aider les librairies indépendantes. »

 

Hachette, Mitterrand, les frais de port, etc.

 

Notons que dans cette histoire, le groupe Hachette avait pour sa part mis en place une politique tarifaire réellement différenciée. Les conditions et remises accordées aux vendeurs en ligne, par rapport à celles offertes aux libraires indépendants, n'étaient pas au désavantage de ces derniers, contrairement à ce que l'on pouvait voir chez d'autres maisons, et distributeurs.

 

Pour sa part, le ministre avait également pointé une autre possibilité : « La mission s'interroge également sur l'effectivité de la loi de 1981 sur le prix du livre. Elle propose à cet égard d'interdire aux acteurs de la vente en ligne d'intégrer le montant des frais de port dans le prix public de vente des livres. Cela constitue actuellement une source de distorsion de concurrence importante pour les réseaux de vente physique des livres, et ne me semble pas totalement conforme aux principes inscrits dans la loi du 10 août 1981. » Les libraires ayant été contraints de s'aligner sur l'offre commerciale des vendeurs du net (Fnac y comprise, pour la petite histoire), le prix unique du livre est évidemment mis en péril. (voir notre actualitté