Marché public, diffusion européenne : vers l'avenir des libraires

Cécile Mazin - 22.06.2015

Edition - Librairies - Fleur Pellerin - RNL - librairies


La présence de la ministre de la Culture, aux Rencontres nationales de la librairie a fait ressortir trois points marquants. Alors que Fleur Pellerin avait remis en question les résultats du Plan librairie instauré par Aurélie Filippetti, cette manifestation donnait l’occasion répondre à quelques interrogations. Depuis Bordeaux, en 2013, voici donc deux années de bilan.

 

Fleur Pellerin - rencontres nationales de la librairie 2015

Fleur Pellerin - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Si l’on passe outre les clichés sur « le parfum familier de l’encre » et « l’odeur du papier », érigés au rang de « signature » de la librairie, le discours de la ministre fut bien moins provocateur que ses propos, rapportés alors par le Canard enchaîné. Constatant que la part de marché des librairies indépendantes est en augmentation, en regard des années passées, la fragile tendance donne l’occasion de réjouissances pondérées.

 

Soucieuse, autant que les précédents ministres qui occupèrent le poste, de « faire en sorte que la concurrence soit équilibrée », Fleur Pellerin souligne que de nouveaux dossiers viendront sur le bureau de la médiatrice du Livre. Laurence Engel sera en effet amenée à se prononcer sur la question des marketplaces – autrement dit, de livres vendus comme neufs, mais avec des prix d’occasion. 

 

Mais réjouissances, donc, alors que « 11 millions € ont été mobilisés » : « Grace à cet appui, 29 opérations de reprise ont pu être financés et pas moins de 41 des 57 librairies du réseau Chapitre sauvées. 650 emplois ont ainsi été sauvegardés. Comment ne pas s’en réjouir ? » 

 

Sylvie Marcé, directrice générale des éditions Belin et représentante du Syndicat National de l'Édition aux Rencontres, est venue rappeler le soutien de l'édition à la librairie. Et ce, malgré une promesse de don de 7 millions € jamais vraiment avérée, suite à l'abandon d'une baisse de la TVA à 5 % sur le livre. « Nous avons assisté à une forte mobilisation des éditeurs, sous la forme de dons volontaires à l'ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création) », promet-elle malgré tout. Et le prochain objectif est de « doubler le montant annuel que les éditeurs donnent à l'ADELC ». Sans chiffres précis, hélas.

 

Un changement radical de discours, alors que fin avril, Fleur Pellerin balançait : « Filippetti a conçu un “plan librairies indépendantes” qu’on va évaluer, car il y a beaucoup de libraires qui me disent ne pas en avoir vu les effets. » Manifestement, l'évaluation aura été prompte, et rapide.

 

Penser à l'avenir, très fort

 

Toutefois, le fonds d’aide à la transmission sera repensé, avec un remboursement prévu sur une période maximale de cinq ans, désormais. De quoi aider les sociétés sur du plus long terme à « restructurer leur fonds de roulement et se moderniser ». 

 

Pour cet avenir, que la ministre voir comme « florissant », les services de la rue de Valois se retrouveront à l’automne pour des Assises autour du métier. Avec deux pistes majeures : « La redéfinition et la consolidation de la formation initiale, et l’élaboration d’une stratégie partagée pour la formation continue. »   

 

Avenir toujours, il sera important que les professionnels puissent disposer d’un « champion européen de la distribution du livre numérique ». La perspective de Tolino, l’offre allemande, encore très chère, mais très séduisante, se profile. Nous y reviendrons dans un prochain article. Pourvu, surtout, que l’on ne voit pas fleurir de nouveau une aberration comme 1001Libraires, véritable fiasco mort-né.

 

Dans le même temps, la question des marchés publics est également évoquée. « Il nous faut y travailler avec les collectivités qui ont la responsabilité des bibliothèques et font face aujourd’hui à des défis importants. Ouvrir les bibliothèques le dimanche, c’est offrir à tous l’accès au livre et à la lecture. Et chemin faisant, c’est donner à chacun l’envie et la possibilité de franchir, à leur tour, plus souvent qu’à leur habitude, le seuil d’une librairie. »

 

Fleur Pellerin n’aura pas manqué de balayer la question de l’ouverture dominicale, soutenue par Fnac, avec son amendement idoine. « C’est un faux débat. Courir derrière les horaires d’ouverture des sites internet est voué à l’échec. » Probablement comme de vider la mer avec une petite cuillère.