Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Librairies Chapitre : "Actissia doit trouver de l'argent pour le PSE"

Antoine Oury - 26.02.2014

Edition - Librairies - librairies Chapitre - Actissia - Jorg Hagen


Lundi dernier, la situation des 444 employés des librairies Chapitre licenciés par Actissia se corsait un peu plus, alors que Jorg Hagen, représentant l'actionnaire Actissia, leur assurait qu'il était strictement impossible de revaloriser le PSE. Deux comités d'entreprise ont été annulés et les élus des salariés n'ont pas rendu d'avis sur le PSE, tandis que l'action en référé est prévue pour le 7 mars prochain.

 

 

Siège Actissia (France Loisirs, ex-Chapitre)

Le siège d'Actissia, à Paris (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Ce lundi 24 février devait se tenir à quelques mètres du siège d'Actissia, dans le local du comité des élus, l'ultime comité d'entreprise de Chapitre, au cours duquel ils devaient faire part de leur avis sur le Plan de Sauvegarde de l'Emploi proposé par la chaîne de librairies liquidée. Depuis plusieurs semaines, les salariés font pression sur l'actionnaire, Actissia, en réclamant sa participation plus importante au PSE, notamment avec des occupations de magasins, 8 à ce jour.

 

« Deux séances devaient avoir lieu, à 11 heures et 14 heures, et les élus ne se sont pas présentés, ou ont demandé à être reçus avec l'ensemble des salariés présents ce jour-là, soit trente personnes », nous explique-t-on du côté d'Actissia. Chez les élus, on souligne avoir essuyé « porte close » au moment de remettre les cartes de fidélité à Jorg Hagen, rendues par les clients Chapitre.

 

Ce vendredi, une nouvelle rencontre est organisée, mais elle concerne cette fois les licenciements des élus des salariés, une procédure normale. Pour l'avis des élus sur le PSE, si David Lucchetti, élu Chapitre, nous confirme qu'il sera bien entendu « négatif », il ne sera visiblement pas pris en compte par les Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) qui émettra un avis sur ce PSE.

 

À 19 heures ce lundi, une délégation a tout de même été reçue par Jorg Hagen, qui a encore une fois expliqué qu'il était impossible de revaloriser les indemnités : seul le minimum légal sera versé. Un discours qui agace particulièrement les 444 salariés licenciés. « M. Hagen nous demande de trouver de l'argent. Nous avons pu rentrer dans le garage du siège d'Actissia, et les modèles de voiture apprennent que le train de vie a peut-être été un peu élevé. Les librairies ont abondé les comptes d'Actissia pendant des mois, il serait juste qu'il y ait un retour, à présent », souligne David Lucchetti.

 

La participation d'Actissia, grande inconnue de l'équation Chapitre

 

L'après-midi, entre-temps, les élus ont été reçus au ministère du Travail, où ils ont reçu des garanties que « le processus ne serait pas bloqué ». Les deux ministères, travail et culture, ont visiblement bien accompagné les salariés, et s'inquiéteraient même de la situation générale chez Actissia, au vu des résistances pour revaloriser le PSE.

 

Sollicité par ActuaLitté, Vincent Monadé, président du CNL, relaie la même position que celle du Ministère de la Culture, qui n'était concerné que dans la limite des reprises de librairies : « Le CNL n'a pas à interférer dans les négociations sociales entre un employeur, qui licencie dans le cadre d'un plan social, et des salariés.  Cela pourrait nuire aux négociations en cours, en outre Aurélie Filippetti a rappelé qu'elle suivrait celles-ci de près. À titre personnel, les salariés savent bien de quel côté je suis. Le CNL reste tout entier mobilisé pour aider d éventuelles reprises en librairies indépendantes. » 

 

Au moment de sa prise en fonction, le président du CNL avait déclaré devant le Sénat : « Sans vouloir être désagréable avec l'actionnaire américain de Chapitre, je pense que l'on nous force un peu la main en nous poussant à reprendre des magasins, sans étudier réellement les dossiers, de façon à éviter un plan social global qui lui coûterait très cher. »

 

En attendant, les élus resteront mobilisés, assure David Lucchetti, même au-delà du 3 mars, date de licenciement des salariés. En l'absence d'aides supralégales, les occupations pourraient se prolonger. « Le ton monte. Nous avons le stock des librairies entre les mains », souligne David Lucchetti. Jorg Hagen doit faire une nouvelle proposition aux élus ce vendredi, sans garantie réelle. Visiblement, le contact est coupé entre Actissia et le ministère du Travail lui-même.

 

L'élu du personnel s'inquiète d'ailleurs de la situation d'Actissia, étant donnée la présence d'Éric Foucault, de la société Prosphère, chargée du redressement des entreprises, lors de la réunion de lundi. D'après lui, la mission du mandataire s'est arrêtée le 2 décembre dernier, avec la liquidation de la chaîne de librairie. Chez Actissia, on précise toutefois que sa présence est requise jusqu'aux licenciements des salariés, puisqu'il détient les mandats sociaux.

 

Le 7 mars prochain, le cas Chapitre sera étudié par le Tribunal de Grande Instance de Paris, afin de savoir si Actissia peut être considéré comme un coemployeur aux côtés de Chapitre. Dans ce cas, sa participation au PSE pourrait être revue à la hausse.