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Librairies Gibert : “Nous ne quittons pas le quartier Saint-Michel”

Nicolas Gary - 12.11.2020

Edition - Librairies - librairies Gibert Joseph - librairies Gibert Jeune - quartier Saint Michel


En cette période, le moindre mouvement a des répercussions — l’effet papillon, dira-t-on. Il en va de même pour les librairies Gibert, dont la réunification de Joseph et Jeune en novembre 2017 a mis fin à un ancien conflit familial. Mais le coronavirus, entre autres, joue un rôle de catalyseur pour cette entreprise.

Gibert Joseph Clermont-Ferrand
 

Historiquement, le boulevard Saint-Michel inaugura le premier établissement fondé par Jospeh Gibert, en 1886. Par la suite, la marque a fini par se confondre avec le quartier, où s’installaient les deux branches — Gibert Jeune découlant des premiers établissements, quand Gibert Joseph fut alors le volet “dissident”. Mais dissocier Saint-Michel, plus encore après leurs retrouvailles, des enseignes Gibert revient à provoquer un séisme.
 

Interroger les lieux de vente


Au cœur des préoccupations dont les salariés ont fait part à ActuaLitté, des jeux de chaises musicales qui concernent strictement le volet Gibert Jeune. « Il n’y a pas de sujet avec Gibert Joseph », nous garantit Marc Bittore, président du groupe. « Aucun plan de cessation d’activité ni de DCP [Déclaration de Cessation de paiement, NDLR], au contraire. »

Au cours des mois de septembre et octobre, les directeurs des différents sites de France ont été rencontrés, « pour faire un point, travailler sur un budget prévisionnel à 3 ans et évoquer la réorganisation de certains sites en regard de la surface », reprend-il. Car la Covid a permis d’ouvrir les yeux sur des problèmes organisationnels réels : la logistique, les loyers, les surfaces… « Certains magasins sont trop grands par rapport aux besoins et aux attentes », observe Marc Bittore.

Rodolphe Bazin de Caix, responsable marketing de Gibert, abonde : « Nous menons une réflexion sur la place Saint-Michel : ce lieu de destination a souffert de la première vague et souffre encore, même après la sortie du confinement. Cette phase d’élaboration et de recherche doit résoudre les difficultés de trafic que l’espace connait. »

Mais d’assurer qu’aucune nouvelle fermeture n’est à l’ordre du jour… Alors quid ?
 

Trop de surfaces de vente 


De fait, l’enseigne Jeune accapare toute l’attention. La surface de commercialisation tant sur la place que sur le boulevard Saint-Michel devient problématique dans le contexte. « L’activité sur Jeune, à quelques centaines de mètres de Joseph, n’a rien de comparable », souligne Marc Bittore. Et les deux espaces occupés divergent eux-mêmes.

Le premier, celui du 5 place Saint-Mich' a été vendu durant le premier confinement, « sans que nous soyons informés », assure le président de Gibert. Avec l’arrivée d’un nouveau bailleur, l’enseigne doit composer, d’autant que l’identité de l’acquéreur n’est pas publique. 

« Dans une note interne, Olivier Campredon, le directeur des ressources humaines et des affaires juridiques, a tout de même posé le décor », nous assure une source. « Les accords conclus précédemment autour du loyer tomberaient. De la sorte, il faudrait augmenter le chiffre d’affaires, ce qui impliquerait des investissements que le groupe n’a pas l’intention de faire. La perspective serait donc de plier boutique, et éventuellement de faire jouer des indemnités d’éviction, qui pourraient servir à verser des indemnités aux salariés. » Un point encore non tranché toutefois.

Mais résoudre le cas du 5 est actuellement un noeud gordien. « Nous sommes tenus par le bail », reprend Marc Bittore, « d’un immeuble qui ne nous appartient pas. Quelles seront les nouvelles dispositions du propriétaire, voilà toute la question » ? Pour ne pas se trouver court, le groupe projette donc de travailler à un nouveau positionnement, déjà expérimenté.
 
Gibert Joseph

 

Une future constellation de corners ?


En effet, le Printemps de Nation à Paris, dispose aujourd’hui d’un corner qu’anime Gibert : précédemment opéré par la librairie indépendante Le Merle moqueur, l’espace a permis de mettre en œuvre un modèle d’affaires différent. « C’est un schéma qui fonctionne et que nous souhaiterions dupliquer », estime Marc Bittore. D’ailleurs, pas simplement dans les arrondissements parisiens : la perspective de s’installer dans la petite couronne est sur la table. Et rappelons que, sous enseigne Gibert, un autre corner avait vu le jour à Villeneuve-la-Garenne (au nord de Paris) en décembre 2019.

« Nous sommes accompagnés par la Semaest [Société d'économie mixte d'animation économique au service des territoires sur Paris, NDLR] et des agences immobilières pour dénicher ces nouveaux emplacements », reprend Rodolphe Bazin de Caix. Combien ? « Cinq, peut-être six, mais il n’est pas certain que cela suffise à réorganiser la totalité de la librairie du 5 », nuance Marc Bittore.
 
Ces spots constitueraient alors un réseau de corners, entre 100 et 150 m2, établi suivant une cartographe des librairies existantes — qu’elles soient Gibert ou non. Le tout pour faire en sorte que Gibert Jeune devienne un ensemble de petits magasins. « Cette recomposition provoque des inquiétudes, nous l’entendons, mais Gibert ne quitte pas le quartier Saint-Michel. Simplement, nous envisageons des établissements plus petits avec une offre différenciante. »

Différenciante ? « Notre marque est portée par cette association à la vente de livres d’occasion, c’est sa spécificité. Demain, nous disposerions de nouvelles entités afin que rayonne la marque de façon plus diffuse », estime le directeur marketing.

Et le président de poursuivre : « Le commerce de proximité a gagné une bataille : s’y rendre, pour les clients, a de plus en plus de sens. Nous nous dirigeons vers cette notion, avec certainement une offre qui se limitera à des livres neufs. Sur de telles superficies, préserver l’occasion serait compliqué. »
 

Un modèle économique à réviser


Quant aux autres adresses, les 23/27 boulevard Saint-Michel, « il n’y a pas de sujet pour nous, parce que les établissements sont rentables », indique Rodolphe Bazin de Caix. Avec des spécialisations comme l’ésotérisme ou les sciences humaines, cela s’entend. « Sur le 27, quelque chose pourrait cependant intervenir. » En effet, en relation avec Paris Habitat pour la cession du local de Barbès, le groupe s’attend à ce que la mairie de Paris puisse intervenir auprès du bailleur externe qui possède les lieux. À suivre.

« Il reste que Gibert incarne l’entreprise familiale, sans investisseur, et que ses difficultés, tant celles liées à la Covid qu’au métier même de libraire, poussent à réagir. Nous observons que des librairies réussissent parfaitement avec un modèle économique très distinct du nôtre, peut-être doit-on s’en inspirer », résume Marc Bittore.

Or, si une réorganisation du 5 compte parmi les stratégies réfléchies, la CGT n’entend pas passer à côté de l’opportunité. « L’annonce informelle par la direction de la cessation d’activité de Gibert Jeune au 31 mars 2021 confirme l’importance de cette question », affirme le syndicat dans un communiqué.

Ce dernier a déclenché une procédure de reconnaissance d’Unité économique et sociale (UES), qui, si elle aboutit, contraindrait le groupe à mettre en place une représentation du personnel à l’échelle de toute l’entreprise. « Aujourd’hui, on ne travaille pas sur l’ensemble du périmètre du groupe, scindé en plusieurs entités. Dans le cas d’un PSE, ce qui se profile pour le cas de Gibert Jeune, une UES impliquerait des négociations qui ne sont à ce jour pas possibles », nous indique un représentant syndical. Contrairement à ce qui s'était passé pour trois librairies du groupe durant le mois de juin, en somme.

Le président de Gibert nuance : « Nous avons des librairies avec une unité juridique propre à chaque établissement. Nous ne fonctionnons pas comme le Furet : certes, nous sommes une enseigne, mais avec un réseau de magasins indépendants, présentant des disparités d’un site à l’autre. C’est une autre spécificité… et une complexité. »


Dossier :  Liquidation, prudence, salariés : les librairies Gibert Joseph en question

crédit photos : ActuaLitté, CC BY SA 2.0 - illustration principale, Librairie Gibert Joseph à Clermont-Ferrand


Commentaires
Si le magasin principal de la place ferme, Gibert Jeune est mort 😢

Dommage, parce qu'il avait été agréablement rénové... Et qu'on y trouvait vraiment tout.
La magasin "langues", on ne peut s'en passer Quid ?
Whas ist das : CORNER ???
Vous aussi ça vous à fait tiquer?

Est-ce que ça un rapport avec le football?
mais au 23 et 27 bd saint-michel, il n'y a pas de gibert ???
C'est le 23 et 27 QUAI ST MICHEL smile
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