Librairies indé : un rayon surgelé, pour du marketing pas frileux

Clément Solym - 31.10.2012

Edition - Librairies - librairie Obliques - Auxerre - rayon surgelés


Oeil pour oeil, mais surtout dent pour dent : Grégoire Courtois, gérant de la librairie Obliques d'Auxerre, envisage de se reconvertir dans l'agro-alimentaire, aux côtés des sorties littéraires présentées dans ses rayonnages. C'est du moins ce qu'il laisse entendre dans une vidéo, postée pour attirer l'attention publique sur la situation des libraires en centre-ville.

 

 

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La vidéo a déjà fait son bout de chemin sur le Web, en passant notamment par BibliObs. Grégoire Courtois a donc plutôt bien réussi son coup, d'autant plus que ce dernier « part d'une boutade d'un ami, puis je me suis lancé une sorte de défi en l'évoquant auprès de la presse locale. On y a pensé le jeudi, le vendredi soir elle était en ligne », nous explique modestement le libraire.

 

La vidéo a probablement fait rire une bonne partie des 2700 visionneurs (pour l'instant) : l'attention est attirée sur la situation des indépendants, pourtant bien connue. Loyers élevés et places de stationnement réduites à peau de chagrin ? Courtois nous détrompe, « Nous ne sommes pas sur la grande artère d'Auxerre, donc le loyer épargne notre trésorerie », et insiste : « Je ne me fais vraiment pas de souci pour mes clients Auxerrois, ils savent où nous trouver. »

 

L'inquiétude du libraire se concentre plus volontiers sur la diversité culturelle, absente des espaces que les grandes surfaces proposent, comme le centre Leclerc qui a fait construire une extension à cet effet. « L'offre commerciale se résume à une dizaine de bouquins, et on sait tous lesquels » explique Grégoire Courtois, sans avoir honte de se déclarer « Plus mauvais vendeur de Fifty Shades en France ».

 

En reprenant la librairie Obliques il y a un an, Grégoire Courtois, sorti d'une dizaine d'années dans le théâtre où il a pu juger de l'efficacité des rencontres spectateurs-auteurs, s'est attaché à la base : « Faire venir les gens dans la librairie, c'était déjà une révolution. » Pour 10.000 € d'investissement, « un peu de peinture » et une certaine maestria dans l'agencement des vitrines, le libraire et son équipe se débrouillent si bien que « le chiffre d'affaires a explosé ».

 

Ses 35 confrères membres du réseau de libraires indépendants Initiales étaient « les premiers destinataires » de la vidéo : ensemble, ils s'engagent « pas seulement pour une réflexion de commerçants, mais aussi pour un enjeu de diversité du monde de l'édition », souligne Gérard Courtois. 

 

« La librairie est en train de changer, d'être transmise à une nouvelle génération » assure le libraire, qui s'est lui-même formé auprès des commerçants membres du réseau Initiales. « Et je ne suis pas inquiet : les indépendants représentent 17 % du marché du livre. Même si 80 % des points de vente ferment, nous serons les derniers : ceux qui pensent le livre en termes de rentabilité s'arrêteront avant nous. »

 

Du nouveau chez Obliques ! (HD) from Obliques on Vimeo.