Librairies : “Les inquiétudes du confinement semblent se confirmer”

Nicolas Gary - 08.06.2020

Edition - Economie - librairies crise sanitaire - argent aide Etat - librairies éditeurs salariés


Passés deux mois de fermeture, quelle est la situation de la librairie ? Encore complexe à mesurer, mais l’avenir « ne s’annonce pas forcément radieux », estime Sud Culture Solidaires. Le syndicat souligne que la crise met « le monde des libraires face à des choix cruciaux ». 

librairie distanciation

 
Le rythme de croisière est encore loin : depuis le 11 mai et la réouverture officielle, le fonctionnement des établissements de même que les conditions de travail restent profondément modifiées. Or, indique le syndicat, les inquiétudes du confinement se confirmeraient. Les instances représentatives (SLF, SNE, CPE, etc.) « ont demandé à l’État et aux collectivités des aides sous diverses formes ». 
 

Quelles aides, pour qui ?


L’édition avait en effet, dans une lettre ouverte relativement bien suivie, sollicité auprès du chef de l’État la somme de 500 millions €, considérant que « le livre est en danger ». Depuis le 23 mai, aucune nouvelle ni d’Emmanuel Macron sur le sujet, ni des ministres de l’Économie ou de la Culture, Bruno le Maire et Franck Riester.

Cependant, ces aides ne suffiraient pas pour de nombreuses et petites structures, « à la trésorerie limitée ». La crainte se profile d’en voir plusieurs fermer au cours des prochains mois. Il en va de même pour les librairies coopératives (type SCOP) ou militantes, qui n’en bénéficieront pas, et devront compter sur leurs seuls clients. 

« Sans parler des grosses structures qui vont en profiter pour faire payer aux salariés le poids de la crise financière et sociale qui succède à la crise sanitaire : non-renouvellement des CDD, augmentation du temps de travail, politique salariale réduite au minimum légal, etc. », prophétise Sud Culture Solidaires. Mais qui écoutait Cassandre ?
 
Les catalogues ont été repensés et les parutions revues à la baisse, certes. Cependant, et on le constate, les titres de janvier et mars sont rapidement repartis des librairies. Quant aux nouveautés qui ne sont pas des best-sellers, elles risquent de ne pas sortir « des cartons, ce qui va contribuer à la fragilité des petits éditeurs, des auteurs ». 

« Certains gérants de librairies se sont changés en tiroir-caisse : la logique de la trésorerie, de l’argent rapide, des échéances et des surremises a fini par primer », nous indiquait une responsable de diffusion. « Heureusement que les surremises ont été accordées, et l’on comprend la logique de faire rentrer de l’argent. Mais quand on entend que les éditeurs “devront assumer leur catalogue”, c’est douloureux. »

Enfin, l’enjeu d’internet et l’accroissement de la vente à distance auraient également pour conséquence une raréfaction des clients en librairie. Avec une habitude qu’il deviendrait difficile de combattre. 
 

Le devenir des salariés


Enfin, les enseignes : ActuaLitté avait déjà enquêté sur la situation de Gibert Joseph, et plus encore de Fnac, où les commandes étaient réduites à peau de chagrin, et la priorité donnée par la centrale aux grosses pointures. Des libraires qui redoutaient alors de devenir simples magasiniers nous faisaient part de leur désarroi.

« Et pourtant ce sont ces enseignes ainsi qu’Amazon qui ont les plus grosses ristournes. Mais cette centralisation commerciale ne s’accompagne pas de la même chose au niveau social ! La tendance est toujours plus à l’individualisation, à la concurrence entre salariés, entre établissements », commente Sud.

Et de réclamer différentes mesures, incitant les salariés à se regrouper pour obtenir : 
 
– Aucun licenciement dans les librairies.
– Contrôle des aides publiques, pas de cadeaux pour les employeurs qui suppriment des postes ou ne respectent pas le Code du travail. 
– Maintien de tous les droits sociaux.
– Stabilisation de toutes et tous les précaires, passage en CDI des travailleurs/ses en CDD, refus de toute externalisation.
– Renforcement des formations, des compétences professionnelles, des métiers.
– Augmentation des bas salaires.
– Garantie de toutes les protections sanitaires nécessaires et de bonnes conditions de travail. 

« Cela doit s’accompagner d’une vraie solidarité entre toutes et tous les travailleurs de la chaîne du livre, aux côtés du personnel du secteur de l’édition et de la diffusion/distribution, autour de revendications communes », conclut le syndicat. Et ce, alors que « [l]es plus grosses, qui appartiennent à des actionnaires ou des fonds de pensions, comptent bien profiter de la crise pour continuer le schéma concentration/ surproduction/ précarisation ».


photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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